Crimes contre les journalistes: «La menace évolue et les crimes persistent», alerte l'Unesco

Le 2 novembre est la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Une date choisie en mémoire de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les deux journalistes de RFI assassinés au Mali le 2 novembre 2013. Treize ans plus tard, le constat demeure : dans le monde comme sur le continent africain, les meurtres, agressions, menaces et harcèlements visant la presse restent massivement sans suites judiciaires.
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Selon l’Unesco, plus de 1 600 journalistes ont été assassinés dans le monde au cours des vingt dernières années, soit une moyenne d’un meurtre tous les quatre jours. Encore aujourd'hui, près de neuf crimes contre les journalistes sur dix restent impunis. Cette année, Reporters sans frontières (RSF) recense deux journalistes tués sur le continent africain : l’un en Ouganda, l’autre en Somalie.
En Ouganda, Joe Nam, ancien collaborateur du quotidien public New Vision et auteur d’un ouvrage consacré au président Yoweri Museveni, est tué le 19 avril. Le journaliste a été assassiné par balles par un individu masqué, en pleine nuit, près de son domicile à Kampala. Le meurtrier, non identifié, a fui avec le téléphone portable du journaliste, en laissant ses ordinateurs dans son sac.
En Somalie, Bashir Mohamed Abdullahi, journaliste du réseau Alraadi Media Network, est mort le 7 septembre. Âgé de 23 ans, il a été grièvement blessé par balles quatre jours plus tôt à Baidoa, dans le sud-ouest du pays, alors qu’il se rendait à sa rédaction. La Somalie demeure l’un des pays africains les plus dangereux pour les professionnels des médias. À ce jour, aucun de ces deux meurtres n’a donné lieu à une arrestation, à des poursuites ou à un jugement.
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Au Sahel, la pression sur les médias s’intensifie
Au Burkina Faso, RSF pointe du doigt l’action du Bataillon d’intervention rapide de la communication (BIR-C), une structure liée à la junte au pouvoir. Selon l’organisation, cette « milice numérique » mène des campagnes de propagande, de désinformation et de harcèlement en ligne contre les journalistes et les critiques du régime.
Le BIR-C illustre une évolution préoccupante : la répression ne passe plus seulement par les arrestations ou la censure administrative. Elle s’exerce aussi sur les réseaux sociaux, par des vagues d’attaques coordonnées destinées à discréditer les journalistes et à les exposer à la haine publique.
« Au Sahel, des journalistes sont emmenés au front, soi-disant pour combattre les terroristes. D’autres sont accusés d’être eux-mêmes des terroristes. En 2026, le Burkina Faso recule à la 110e place, le Mali à la 121e et le Niger à la 120e, après avoir chuté de 37 places », affirme Yao Noël, président de l’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA).
86 % des meurtres sans justice
Sur les plus de 1 600 journalistes assassinés dans le monde en vingt ans, 86 % des crimes restent sans suites judiciaires. Dans son dernier rapport publié à l’occasion du 2 novembre, l’Unesco alerte sur la persistance d’une impunité massive.
Bien que le nombre de crimes impunis ait diminué au fil des années, il demeure très élevé. Surtout, les meurtres sont en hausse : l’Unesco relève une augmentation de 20 % des assassinats de journalistes dans le monde au cours des trois dernières années. Neuf victimes sur dix sont des journalistes locaux.
Conflits armés et nouvelles menaces
Cette hausse est étroitement liée aux conflits armés. Avec la guerre à Gaza, la Palestine est le territoire où l’on décompte le plus de crimes contre les journalistes. L’Ukraine, la Somalie et le Soudan figurent également parmi les zones les plus meurtrières ces trois dernières années. Le Moyen-Orient reste, de loin, la région la plus dangereuse au monde pour la presse : l’Unesco y recense 97 journalistes tués au cours des deux dernières années.
Porter un gilet ou un casque marqué « presse » ne garantit aucune protection lors de reportages en zones en guerre. Les journalistes sont tués sur les lignes de front, en plein exercice, mais aussi dans leurs rédactions et jusque dans leurs lieux de vie. L'organisation des Nations Unies alerte en outre sur une évolution préoccupante : des journalistes sont désormais visés par des drones.
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