Mali: à Kidal, les soldats sont plus nombreux que les habitants

Trois jours après leur retour à Kidal, les soldats maliens et leurs partenaires russes de l'Africa Corps sécurisent la ville et ses alentours. L'armée mène quotidiennement des frappes aériennes dans la région mais n'a pas encore poursuivi sa progression au sol. Les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim), liés à al-Qaïda, ont été contraints de se retirer avant l'arrivée de l'armée à Kidal. La ville est presque intégralement vidée de ses habitants.
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Sur les images qu'ils diffusent, les soldats maliens et leurs partenaires russes de l'Africa Corps posent fièrement – et séparément – devant le fort de Kidal, où flotte à nouveau le drapeau malien. Redevenus maîtres des lieux, ils sont installés dans le camp militaire, dont le mur d'enceinte a presque intégralement été abattu par les indépendantistes du FLA avant leur repli. C'est ce qu'on confirmé à RFI plusieurs sources sécuritaires et civiles maliennes, ainsi que des cadres du FLA.
Les militaires patrouillent dans la ville et dans ses alentours immédiats mais, à ce stade, n'ont pas encore cherché à pousser plus avant leur action de reconquête. L'heure est d'abord aux opérations de sécurisation, au « nettoyage » et au « déminage », précise l'agence russe African Initiative, liée à l'Africa Corps.
Les frappes aériennes se poursuivent
L'armée malienne n'a pas encore réinvesti le camp de Tessalit, qu'elle avait également déserté en avril dernier, ni la zone de Tinzaouatène, près de la frontière algérienne, où le Jnim et le FLA circulaient librement. Mais elle poursuit chaque jour ses frappes aériennes dans la région : à Takalot, une trentaine de kilomètres au sud de la ville, ou à Talhandak, localité qui jouxte la frontière, pour ne citer que les dernières revendiquées, jeudi 8 octobre par l'armée.
« Le travail ne fait que commencer », a promis jeudi le colonel Karim Traoré, commandant du théâtre est de l’opération Dougoukoloko, en visite à Kidal pour féliciter ses troupes. « Nous les surveillons », menace un chef militaire du FLA joint par RFI, bien conscient qu'« ils vont essayer d'avancer vers le Nord ».
« Trop tôt » pour un retour des habitants
Depuis mardi, les soldats sont plus nombreux à Kidal que les habitants. La ville est presque totalement vide : les civils qui n'avaient pas fui ces dernières années, craignant tour à tour l'arrivée de l'armée et du groupe Wagner en 2023, puis celle du Jnim et du FLA en avril dernier, ont été contraints de partir à cause des bombardements intensifs de l'armée qui ont partiellement détruit la ville ces derniers mois. « Sur 30 000 habitants, il n'y en a plus qu'une centaine », estime un ancien élu municipal. Aujourd'hui, les habitants de Kidal sont majoritairement exilés en Algérie et en Mauritanie, ou déplacés dans la région de Gao.
« Tout le monde regarde vers Kidal mais c'est trop tôt », confie ce Kidalois, dont pas un membre de la famille n'est resté dans la ville. « Tant qu'il n'y aura pas la paix, c'est trop risqué. Les gens rentreront si l'armée se comporte bien – pour le moment, c'est le cas – et si les services reviennent. Même sans électricité et sans eau, on peut se débrouiller, poursuit ce chef de famille, mais pas sans école, pas sans un centre de santé. Et ça va prendre du temps. » Un point de vue partagé par d'autres ressortissants.
Le gouvernement de transition a promis le « retour progressif de l'administration et des services sociaux de base », pour un « retour à une vie normale » – communiqué du 6 octobre, au soir du retour de l'armée à Kidal. À ce jour, le gouverneur de Kidal, le général El Hadj Ag Gamou, ne s'est pas encore réinstallé dans la ville. « Ce serait un bon signal, commente ce Kidalois favorable aux autorités de transition. Le retour de l'administration et du gouverneur, c'est la première chose à faire. »
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