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Friday, October 9, 2026

Trop de réseaux sociaux : et si les parents faisaient équipe avec leurs enfants ?

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"C’est très conflictuel, c’est un sujet de négociation permanent, ça ne s’arrête jamais". Ces mots de Jihen, maman d’une petite fille de 8 ans et qui refuse de lui donner un smartphone si jeune, combien de parents s’y reconnaissent ? La question de l’accès à un téléphone, et aux réseaux sociaux, surgit parfois bien plus tôt que ce qu’on avait imaginé. "Ses copines en ont, elle veut faire comme les autres".

Pour Siham, "prendre son téléphone à un adolescent, c’est impossible"… Elle qui a trois enfants dont deux ados sait bien de quoi elle parle.

Une limite, ils ne savent pas ce que ça veut dire

Jihen et Siham font partie d’un groupe d’une dizaine de parents participant à un atelier organisé par les Maisons de quartier de la ville de Bruxelles (projet Digi-référent), dans le cadre de la Semaine du numérique. Autour de la table, il y a aussi Omar, père de quatre enfants dont un ado, qui nourrit un brin de nostalgie par rapport à l’époque du téléphone fixe et de l’ordinateur familial. "Il y avait un contrôle du temps indirect car l’ordinateur était partagé donc il fallait laisser la place aux autres. Et on était dans un espace partagé donc là aussi il y avait une forme de contrôle par rapport aux contenus".

Pendant les deux heures d’atelier, la formatrice Alice Roux va s’atteler à prendre un peu de recul sur cet outil qui monopolise l’attention. L’idée est d’explorer des pistes concrètes pour (re)trouver une possibilité de dialogue entre les parents et les enfants. Et finalement, on s’aperçoit vite que parler du rapport des enfants aux écrans suppose inévitablement d’interroger notre propre rapport à la question, en tant qu’adultes. Et que s’interroger sur les limites, c’est utile mais ce n’est en réalité pas suffisant.

Fiora Noël est la coordinatrice du projet pour les Maisons de quartier. Elle pointe le jeu du chat et de la souris qui guette rapidement les parents qui ne miseraient que sur les applis de contrôle parental et sur des refus stricts.

"Il y a tellement de nouveautés… Les enfants sont parfois beaucoup plus performants que leurs parents, donc ils trouvent vite des informations pour retirer le temps d’écran, parce qu’ils sont facilement aidés par exemple de l’intelligence artificielle", souligne-t-elle.

Difficile aussi de couper ses enfants de leur époque. "C’est comme si, à l’époque, dans les années 90, on avait interdit MSN à toute une génération, qui a défini son identité avec ça. Chaque génération a évolué avec une technologie, et je pense qu’à l’heure actuelle, c’est très difficile de refuser totalement à un enfant de vivre avec la technologie qui est omniprésente."

"Il crée aussi son identité de jeune à travers ses goûts, ses passions, grâce aux réseaux sociaux", ajoute Alice Roux. Qui pointe aussi la responsabilité des plateformes elles-mêmes, conçues pour happer les utilisateurs.

"Quand on voit que certaines plateformes ont été pensées pour que vous ne quittiez plus le fil de vidéos, on peut dire aussi que l’enfant est victime à ce moment-là de l’outil", poursuit-elle. "Cela signifie ne pas forcément le gronder, le sanctionner alors qu’il y a des choses que l’enfant subit et dont il ne sait pas comment se sortir. Donc donner des règles et juste un cadre, ce n’est pas du tout notre posture."

Dans ce contexte, les parents ne peuvent donc pas tout, mais ils ont leur carte à jouer.

"Ce qu’on souhaite, c’est renouer l’échange parents-enfants pour trouver des astuces et trouver des manières de collaborer, au sein de la famille", explique Fiora Noël.

Le dialogue est toujours à privilégier dans ces moments de conflit : comprendre quels sont les besoins de l’enfant, quelles sont les inquiétudes des parents, et de trouver une sorte d’accord entre les deux

Les parents sont de leur côté bien conscients que leur propre comportement entre parfois en contradiction avec ce qu’ils préconisent. "Nous aussi, on est tout le temps là-dessus", réagit Jihen.

On les interdit à la maison, mais nous-mêmes, on est sur le téléphone

Et l’école, qui subit certains effets du numérique (manque d’attention notamment) n’est pas la dernière à y avoir recours pour envoyer les notes, des devoirs, etc. "Quand il est sur son smartphone, je ne sais pas si mon ado est sur teams pour l’école ou s’il fait autre chose", illustre Omar.

Le premier point sur lequel Alice Roux attire l’attention des participants, c’est sur la diversité de fonctions du smartphone, qui semble aujourd’hui si naturelle.

On tend à oublier qu’il remplace aujourd’hui un nombre incalculable d’outils : téléphone, appareil photo, agenda, télévision, journaux, carte routière/GPS, horaires de bus, etc. Et qu’il répond à des besoins sociaux qui préexistaient. Alice Roux le rappelle : les réseaux sociaux existaient déjà avant l’irruption du numérique. La forme a changé. Echanger, partager, rejoindre… Internet ne l’a pas inventé. Ce qui a changé, c’est la concentration d’un si grand nombre d’activités en un seul appareil.

"Quelles sont les pratiques réelles ?", interroge la formatrice. "Il y a la perception des parents et la durée relative. Il y a peut-être des activités qui sont chouettes, d’autres moins. Pourquoi ils restent ? Ça aussi, c’est une question qu’on peut se poser ensemble. Le temps passé sur une plateforme est à dissocier de l’usage qu’ils en font. Et ça, ce n’est pas facile, parce qu’on ne sait pas."

Ce que l’on sait par contre, c’est que la moitié des plus jeunes passent plus de trois heures sur leur téléphone les jours d’école (un taux qui monte à trois quarts d’entre eux les autres jours) – des chiffres issus d’une enquête récente en Flandre.

Evitons la culpabilisation : vous n’êtes pas seul, il n’y a pas que votre enfant qui est dans cette situation.

Ceci posé, la curiosité peut être un premier bon réflexe. "Il y a beaucoup de parents qui ont tendance à aller à l’encontre de leurs enfants, mais sans vraiment s’intéresser à ce qu’ils font sur leur téléphone", explique Fiora Noël. "Or, s’intéresser à l’activité sur le smartphone des enfants, c’est aussi s’intéresser à leur vie et à leur quotidien. Comprendre pourquoi ils vont sur ces applications, qu’est-ce qu’ils cherchent à faire, sur quoi ils cherchent à s’informer, comment ils développent leur identité, est-ce qu’ils suivent des groupes, par exemple des groupes de cuisine ou de sport, donc vraiment la réalité de l’enfant autour de toutes ces plateformes."

Ensuite vient la discussion : "Dire ok je comprends tes besoins, mais moi je m’inquiète pour telle et telle raison et j’aimerais bien qu’on trouve ensemble des solutions pour pouvoir équilibrer ça." S’accorder sur des moments, par exemple les repas, en expliquant pourquoi. "C’est essayer de trouver des petits compromis sur cet objet qui est quand même important, mais aussi la vie de famille qui est peut-être importante pour d’autres membres de la famille."

"L’idée est de rendre enfants et parents un peu partenaires", dit Alice Roux. "Que les parents et enfants soient une équipe face au numérique".

Quatre grands thèmes sont abordés au sein des ateliers : l’instantanéité, l’esprit critique, les relations sociales et le divertissement.

Pour les participants du jour, c’est la question de l’ennui qui fait d’abord écho. A partir du moment où le smartphone peut combler tous les temps d’attente en permanence, il s’immisce dans tous les aspects du quotidien.

"Ils rentrent, ils mangent, ils font leurs devoirs, mais après, qu’est-ce qu’ils vont faire après ? Ils disent qu’ils s’ennuient", partage Siham

J’ai dit à mon enfant : aujourd’hui, pause, on ne fait pas de téléphone du tout. Il m’a dit, toi aussi, tu vas arrêter le téléphone. Papa, il va arrêter le téléphone. On va tous arrêter le téléphone à la maison. Mais qu’est-ce qu’on va faire ?

Des idées Siham en a : sortir au parc par exemple. Mais "après une demi-heure, c’est bon. Ils en ont assez. Sur le téléphone, ils peuvent rester une heure, deux heures, c’est ça le souci : sur le téléphone, ils ne s’ennuient pas." Et elle n’a pas forcément suffisamment de temps non plus. "Les parents qui travaillent tous les jours, c’est un peu compliqué. Il faut qu’on soit présent. On doit parler avec les enfants, on doit discuter à table, on doit manger tous ensemble. Il y a plein d’habitudes qui ont été changées. Mais on doit terminer le travail à la maison aussi parfois."

Omar voudrait réapprendre à son ado à ne rien faire. "Je lui dis : essaye de ne rien faire. Mets-toi sur le fauteuil et puis tu regardes le plafond. Si tu arrives à faire ça pendant 30 minutes, tu es le meilleur." Une porte ouverte sur l’imaginaire espère-t-il. Parmi ses autres astuces, il suggère de proposer aux enfants de faire quelque chose que le parent lui-même aime faire. "Il y a alors une espèce de transmission. Et le temps de qualité que je vais avoir avec eux, à ce moment-là, ils vont se le rappeler. Et ce n’est pas une activité qui sera contraignante pour moi." Retrouver le sens des rendez-vous familiaux aussi : "Aujourd’hui, tout est disponible tout le temps. Et donc, tout le monde pourrait regarder un film différent en même temps, dans la même pièce sur son téléphone. Mais ça peut être intéressant aussi de fixer des moments ensemble".

Des pistes et des échanges d’expériences encouragés par la formatrice. Qui souligne aussi l’importance de prendre en compte l’impact des notifications. Quand l’enfant reçoit un message, il peut avoir la sensation de devoir y répondre tout de suite. Comme les adultes entre eux finalement. Si au même moment le parent l’appelle pour le repas, il se retrouve entre deux sollicitations à gérer, deux types de pression.

Face à cette situation, ses conseils sont valables pour les adultes aussi : aller dans les réglages pour couper les notifications non essentielles, et puis apprendre à se poser quelques questions avant de se précipiter dans une réponse.

"Est-ce important ? Pour le parent, l’enfant ou les deux ?"

"Que se passe-t-il concrètement si nous attendons ?"

"Faut -il vraiment agir maintenant ou peut-on choisir un autre moment ?"

Bref, joignable ne veut pas dire disponible. Une sollicitation visible n’est pas forcément une urgence. On peut aussi mettre son écran en noir et blanc pour un effet psychologique immédiat en termes de captation d’attention.

Tous les autres thèmes sont abordés de la même façon. On se rend bien compte qu’il est difficile de réguler ses enfants sans d’abord réfléchir à sa propre autorégulation. Les participants repartent avec des fiches outils et beaucoup d’idées.

Dans d’autres ateliers, les enfants sont conviés aux discussions.

Et eux aussi sont invités à se mettre à la place de leurs parents. "Les enfants ne comprennent pas ce que leurs parents ne comprennent pas", commente Alice Roux. "C’est-à-dire que même quand un parent demande à son enfant de l’aider sur une démarche, une manipulation sur son téléphone, la plupart des témoignages des parents, c’est : mon enfant me le prend, en deux secondes, il fait la manip, et puis après, je ne sais pas ce qu’il a fait, je n’ai rien compris."

Le dialogue et la compréhension mutuelle, ça marche idéalement dans les deux sens, quelle que soit la génération concernée. Chacun peut aussi apporter un regard complémentaire, par exemple quand il s’agit de s’informer via les réseaux sociaux. "Un enfant maîtrise peut-être très bien techniquement l’outil. En revanche, tout ce qui va être esprit critique, avoir accès à l’information, trouver des sources, ça, l’enfant ne le saura pas."

Face au numérique et à la vitesse de son évolution, il n’y a pas d’âge pour se former, et pas de honte à tâtonner à la recherche de solutions. C’est aussi l’un des messages du dernier Baromètre de l’inclusion numérique, qui défend notamment l’importance de la formation tout au long de la vie.

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