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Wednesday, October 21, 2026

De 17 % à 23 % : Mark Carney fait plus de place au français qu’avant

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À l'émission de fin d’année du magazine humoristique Infoman, l’an dernier, Mark Carney s’était fait remettre une tasse à café qui se voulait un clin d'œil à la faible place qu’il accordait au français dans ses discours.

On y lisait 17 % café / 83 % coffee – une référence satirique à la proportion prononcée en français et en anglais dans les allocutions officielles du premier ministre, telle que calculée par Radio-Canada.

Mark Carney avait alors signé un décret humoristique dans lequel il formulait le vœu de parler plus de 17 % de français dans [ses] discours en 2026.

Une nouvelle compilation exhaustive de Radio-Canada révèle que Mark Carney a bel et bien ajusté le tir.

Armé d’un chronomètre, Radio-Canada a analysé 172 discours et déclarations précédant les points de presse du premier ministre au cours de la dernière année, du 16 septembre 2025 au 8 octobre 2026.

Pour ces allocutions, Mark Carney a parlé 448 minutes en français et 1488 minutes en anglais, soit 23 % du temps dans la langue de Molière.

Il s’agit d’une augmentation de 6 points de pourcentage par rapport aux premiers mois de son mandat. Radio-Canada avait calculé qu’entre le 29 avril 2025 et le 14 septembre 2025, le premier ministre n’avait utilisé le français que 17 % du temps dans ses allocutions.

En coulisses, on admet que la parution des premières données a mis en lumière la nécessité d'accorder une plus grande place au français dans les discours du premier ministre du Canada.

On s’est dit, oui, on va augmenter la portion de français, signale une source dans l’entourage de Mark Carney.

La sortie de l’article a donné des munitions à ceux qui, dans son entourage, disaient qu’il faut en faire plus pour le français, note une deuxième source.

Variation selon le lieu du discours

Selon nos informations, le bureau du premier ministre se fixe désormais une cible en français qu’il tente d'atteindre, en fonction de l’endroit où il se trouve au pays ou à l’étranger.

Selon la nouvelle compilation de Radio-Canada, dans ses allocutions au Québec au cours des 12 derniers mois, Mark Carney a parlé en français près de 55 % du temps.

Il s’agit d’une moyenne. Par exemple, lors du fameux discours du chef libéral à la Citadelle de Québec, le 22 janvier dernier, dans lequel il avait présenté la bataille des plaines d’Abraham comme le point de départ historique vers le partenariat plutôt que l’assimilation, il a parlé 48 % du temps en français.

Au Nouveau-Brunswick – seule province officiellement bilingue au Canada –, le pourcentage de français passe à 38 %.

En Alberta et en Colombie-Britannique, il tombe à 14 %.

À l’étranger, la proportion des allocutions de Mark Carney en français demeure modeste : elle est passée de 13 % l’an dernier pour s’établir à 14,5 % cette année. Son discours de Davos portant sur les puissances moyennes, salué par la communauté internationale, a été prononcé à près de 93 % en anglais, ne laissant que 7 % à la langue de Molière.

Comme c’était le cas pour la première compilation, Radio-Canada a exclu du calcul le temps passé à répondre aux questions des journalistes lors des conférences de presse, puisque la quantité de français dépend du nombre de reporters francophones à l’événement, plutôt que strictement du bon vouloir de M. Carney.

Tendre vers 50 %

Du moment qu’on constate une amélioration, c’est un progrès indéniable, estime François Larocque, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques.

À savoir si la proportion devrait être plus élevée, je crois certainement que ce serait souhaitable, tranche le professeur de l’Université d’Ottawa.

François Larocque, professeur à l'Université d'Ottawa, en entrevue.

François Larocque, professeur à l'Université d'Ottawa, est titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques.

Photo : Radio-Canada / David Richard

Selon cet expert, l’idéal serait de viser une parité, pour envoyer le message qu’il n’y a pas une langue officielle qui est plus importante que l’autre. Et que même si une plus grosse partie de la population parle l'anglais, le français aussi [...] est la langue de l'État.

Rien dans la Loi sur les langues officielles n’oblige le premier ministre à consacrer une portion précise de ses communications à l’anglais ou au français, puisque ce sont les institutions, et non les individus, qui sont visées par la loi.

François Larocque croit néanmoins qu’à titre de premier ministre, Mark Carney devrait donner l’exemple, puisque quand il prononce des discours, il ne le fait pas à titre de citoyen, mais en tant que premier ministre du Canada qui véhicule le message officiel du gouvernement.

Critiqué par le passé

Depuis son arrivée à Ottawa, Mark Carney a dû essuyer d’autres critiques quant à la place qu’il accorde au français dans ses communications.

En mars 2026, Radio-Canada révélait que, contrairement à ses prédécesseurs, Mark Carney ne comptait sur aucun rédacteur de discours francophone – une situation qui a été corrigée par la suite.

Un lutrin devant des drapeaux canadiens.

À la suite de la parution de la première compilation de Radio-Canada, le Comité permanent des langues officielles s’était penché sur l’usage du français dans les discours et les allocutions du premier ministre. Son rapport doit être déposé dans les prochaines semaines. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Ashley Burke

Le Journal de Montréal a par ailleurs publié un article en novembre 2025 dans lequel on signalait que le chef libéral avait interrompu ses cours de français pendant trois mois en raison du départ de sa professeure. Les leçons ont toutefois repris et, selon son bureau, il suit ses cours de façon active et constante.

Le premier ministre apporte un soin particulier à la préparation de ses propres discours, sous toutes leurs formes, peut-on lire dans un message transmis à Radio-Canada par le bureau de Mark Carney. Cela comprend notamment un engagement envers la communication dans les deux langues officielles, qui comprend des cours de français.

On ajoute qu’il s’est entouré d’un groupe de conseillers québécois et francophones au sein de son cabinet, une équipe solide et bilingue, qui compte notamment des francophones aux postes de direction et dans son équipe de communication.

Comparaisons historiques

Par le passé, Justin Trudeau s’était fixé un seuil plancher de 30 % de français pour les allocutions prononcées dans les régions anglophones au pays, et de 80 % lorsqu’il se trouvait au Québec, selon une source au sein de son gouvernement à l’époque.

Montage photo de Stephen Harper et Justin Trudeau.

Stephen Harper et Justin Trudeau avaient des pratiques différentes de celles de Mark Carney pour ce qui est de la place du français dans leurs discours. (Photos d'archives)

Photo : La Presse canadienne

L’ancien chef conservateur Stephen Harper prononçait généralement ses discours entièrement en français, avant de les répéter en anglais, même lorsqu’il se trouvait à l’étranger.

Au moment de la publication de la première compilation en octobre 2025, le ministre responsable des Langues officielles d’alors, Steven Guilbeault, avait prédit que Mark Carney tenterait de relever la barre.

Je soupçonne qu’on va voir, au cours des prochains mois, une amélioration. Je pense qu’il veut faire mieux sur cette question-là, avait-il anticipé en entrevue l’an dernier.

À la suite de la parution de la première compilation de Radio-Canada, le Comité permanent des langues officielles s’était penché sur l’usage du français dans les discours et les allocutions du premier ministre. Les membres du comité doivent finaliser cette semaine leur rapport sur la question. Il devrait être déposé en Chambre dans les prochaines semaines.

Méthodologie

Radio-Canada a compilé le nombre de minutes parlées en anglais et en français par Mark Carney lors de ses allocutions publiques et de ses discours préparés à l’occasion de conférences de presse, du 16 septembre 2025 au 8 octobre 2026. Les réponses aux questions des journalistes n’ont pas été incluses.

Le temps de parole français-anglais a été calculé en utilisant exactement la même méthode que le décompte pour les premiers mois de son mandat. L’intelligence artificielle n’a pas été utilisée dans la comptabilisation des données.

Avec la collaboration d’Andréanne Apablaza, d’Étienne Lagueux-Bathe et de Frédéric Pepin

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