COP17 Biodiversité à Erevan: pas d'accord à l'horizon au dernier jour de la conférence

La COP17 Biodiversité s'achève ce 30 octobre à Erevan avec les représentants des près de 200 pays du monde. Il y a quatre ans, ils avaient signé un accord pour enrayer, d'ici à 2030, la disparition des espèces et la destruction de la nature. Un texte commun doit être signé à cette COP pour renforcer et accélérer leur action. Mais depuis quelques heures, les choses se compliquent.
Cela présage d’une longue journée encore, voire d’une longue nuit de négociations dans la capitale de l'Arménie. Il y a les sujets financiers, qui fâchent depuis le début. Les économies qui se sont développées ces dernières années, comme la Chine, l’Arabie saoudite et l’Inde, résistent à la volonté des pays occidentaux d’élargir la liste des pays donateurs en faveur de la préservation de la nature, relève notre envoyée spéciale à Erevan, Lucile Gimberg.
Les près de 200 pays présents à la conférence internationale pour la biodiversité d'Erevan, la COP17, vont tenter ce 30 octobre de s'entendre sur des points clés du combat pour cette préservation, au dernier jour d'un sommet où de nombreux désaccords perdurent.
Près de deux semaines après son lancement, la COP17 ne laisse pas encore entrevoir de position commune sur la question des subventions aux activités néfastes, sur la meilleure manière de mieux financer la biodiversité, et sur l'augmentation de la contribution des entreprises à un fonds onusien pour la conservation très peu doté.
« Il faut que ces négociations débouchent sur des priorités concrètes. Mais malheureusement, ce n'est pas encore le cas », a regretté Irène Wabiwa de l'ONG Greenpeace International, lors d'une conférence de presse dans la capitale arménienne.
À la veille de la clôture du sommet, la responsable de la biodiversité à l'ONU, Astrid Schomaker, a affirmé que les pays « devaient faire preuve d'audace et d'innovation pour trouver un terrain d'entente. [...] Nous devons désormais trouver la persévérance nécessaire pour aller jusqu'au bout et mener à bien nos discussions sur tous les sujets cruciaux qui nous occupent », a ajouté la secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique.
Un bilan en suspens
Un « bilan mondial » des progrès accomplis, très attendu, est également en suspens, malgré l'optimisme initial quant à son adoption avant ce 30 octobre.
Il se base sur les progrès réalisés après un accord pour la biodiversité de 2022 baptisé Kunming-Montréal, et considéré comme l'équivalent de l'Accord de Paris sur le climat. Cet accord fixe 23 objectifs à respecter d'ici à 2030, tels que la protection de 30 % des terres et des océans, la lutte contre la pollution et les espèces envahissantes, ainsi que la restauration des écosystèmes dégradés.
Le rythme de disparition des espèces animales et végétales et la dégradation des espaces naturels sont tels qu’il s’agit aujourd’hui d’un enjeu économique essentiel pour nos sociétés, souligne la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut :
La crise que connaît la biodiversité dans le monde est au moins aussi puissante que la crise climatique. D'ailleurs, ces deux crises s'entretiennent. Je rappelle qu'un million d'espèces sont en voie d'extinction. Juste pour dire que cela a de l'importance sur notre vie quotidienne, notre sécurité alimentaire, nos économies. Si vous n'avez plus de biodiversité, si vous n'avez plus d'abeilles pour polliniser, vous n'aurez plus de légumes, vous n'aurez plus de fruits. Si vos océans continuent à se détériorer à la vitesse à laquelle ils se détériorent aujourd'hui, vous n'aurez plus de poissons et donc plus d'économie de la pêche, par exemple. Vous savez quels sont les liens entre la crise de la biodiversité et un certain nombre de virus qui se répandent à des vitesses exponentielles aujourd'hui lorsqu'ils arrivent. Tout cela fait partie d'un même ensemble.
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COP17 Biodiversité: la ministre française de l'Environnement s'alarme
Lucile Gimberg
Ce bilan mondial actualisé doit viser à remettre les États sur les rails, avec des propositions concrètes. Avant le début de cette conférence, une évaluation des Nations unies a souligné que les progrès réalisés étaient insuffisants pour atteindre les objectifs à la fin de la décennie.
« Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion alors que la précieuse biodiversité de notre planète continue d'être mise à mal de toutes parts », a affirmé Catherine Weller, de l'association Fauna & Flora.
Nouvelles sources de financement
L'autre grand point d'achoppement consiste à trouver de nouvelles sources de financement pour soutenir les efforts de préservation de la nature à l'échelle mondiale, un sujet brûlant alors que les finances publiques sont mises à rude épreuve.
L'Union européenne pousse depuis plusieurs jours pour que les riches économies émergentes, à l'instar de la Chine, contribuent davantage financièrement. Mais ces discussions ont peu avancé malgré « une attitude un petit peu plus constructiv » de Pékin par rapport à d'autres États, selon la France.
Sortir des méthodes intensives en agriculture, sylviculture et pêche notamment, est pourtant un levier d’action essentiel. Enfin, les scientifiques s’inquiètent. Leur travail est remis en cause par un groupe de pays : la Russie, l’Arabie saoudite, l’Argentine, et plus inédit, le Brésil.
Les dernières forces sont jetées dans la bataille pour accoucher d’un texte commun. Il y a une obligation de réussir afin d’accélérer l’action en faveur de la nature, comme l'explique Bonaventure Bondo, de Greenpeace Afrique. Mais il faut pour cela associer les peuples autochtones :
Le message que nous apportons, ou que nous voulons lancer aux négociateurs et aux décideurs, c'est que nous ne pouvons pas atteindre les objectifs du Cadre mondial pour la biodiversité, nous ne pouvons pas envisager une protection de la biodiversité sans reconnaître le droit de ceux qui sont sur le terrain en train de se battre. Sans les communautés et les peuples autochtones qui ont protégé ces ressources, qui ont protégé cette biodiversité pour des générations. Nous sommes en train de franchir la dernière ligne. Le bilan global a relevé un manque de progrès significatif, et ce manque de progrès doit nous inquiéter, parce que nous n'avons que quatre ans pour atteindre la cible de 2030. Voilà pourquoi nous sommes ici en train d'observer, en train de pousser pour que nous puissions quitter ici avec des décisions claires sur l'opérationnalisation de l'organe qui a été créé à la COP16 pour représenter les peuples autochtones et leur donner accès au processus de décision. Et ça, c'est vraiment important pour eux, parce qu'on ne peut pas parler de la protection de la biodiversité sans ceux qui protègent la biodiversité à la table des discussions.
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Un accord est indissociable des peuples autochtones, selon Bonaventure Bondo de Greenpeace Afrique
Lucile Gimberg
Retard sur certaines mesures
Les efforts visant à remettre sur les rails le « Fonds Cali », un mécanisme des Nations unies destiné au partage des bénéfices générés par les entreprises qui exploitent les données génétiques issues de plantes et d'autres organismes, se sont également révélés difficiles.
Lors du dernier sommet sur la biodiversité qui s'est tenu en Colombie en 2024, les discussions se sont prolongées et se sont conclues sans qu'un accord ait pu être trouvé sur le financement de la conservation. Les négociations ont repris à Rome début 2025, où un accord a finalement été conclu.
Le sommet de la COP17 devait également décider ce 30 octobre qui, du Panama ou de l'Équateur, accueillera le prochain sommet sur la biodiversité en 2028.
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