Une IA résout un problème de maths vieux de 100 ans et met les chercheurs en émoi

Un modèle d’intelligence artificielle d’OpenAI a-t-il résolu en moins de quatre jours un problème qui résiste aux mathématiciens depuis plus d’un siècle ? L’entreprise affirme que son IA est parvenue en 88 heures à une démonstration concernant les équations de Navier-Stokes, qui décrivent l’écoulement des fluides, liquides comme gaz.
OpenAI dit avoir mobilisé 10.000 agents IA pour résoudre le problème posé par l’équation de Navier-Stokes
Ces équations sont notamment utilisées pour modéliser l’atmosphère ou l’écoulement de l’air autour d’une aile d’avion. Mais une question fondamentale demeure irrésolue : ces équations donnent-elles toujours des solutions bien définies, ou peuvent-elles, dans certaines conditions, « partir à l’infini » ? Le problème est si difficile que le Clay Mathematics Institute l’a classé en 2000 parmi ses sept « problèmes du millénaire », avec un million de dollars de récompense à la clé.
Pour s’y attaquer, OpenAI dit avoir mobilisé plus de 10.000 agents IA travaillant de concert et produit 130 milliards de « tokens », pour un coût de calcul de plusieurs millions de dollars. La démonstration doit encore être vérifiée et validée par la communauté mathématique.
Une prouesse de l’IA… et une accusation qui sème le doute
Deux mathématiciens, Tristan Buckmaster et Levent Alpöge, accusent toutefois OpenAI d’avoir pu bénéficier de leurs travaux. Ils avaient exploré une piste originale pour résoudre le problème et Buckmaster avait utilisé Codex, l’IA d’OpenAI, dans le cadre de ses recherches. Or le modèle aurait suivi une approche similaire. OpenAI assure ne pas avoir directement utilisé les requêtes ou résultats du binôme, tout en reconnaissant ne pas pouvoir exclure que certaines données anonymisées aient contribué à améliorer ses modèles.
Au-delà de cette controverse, l’annonce interroge sur la place qui restera aux humains dans la recherche mathématique. "J’avoue être un peu effondrée de voir que cette belle question sur laquelle plein de collègues, dont moi-même, avons consacré des années à discuter autour d’un tableau aurait été résolue en quelques jours par des dizaines de milliers d'agents et des milliards de tokens", confie à La Recherche Isabelle Gallagher, professeure à l’université Paris-Cité et présidente de la Société mathématique de France.
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