France: des dauphins équipés quelques heures d'une caméra pour mieux comprendre comment les protéger

Deux déploiements ont jusqu'ici été opérés sur des dauphins communs au large des côtes occidentales françaises, selon l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, l'Ifremer, à l'origine de cette expérience. Les premières images recueillies cette semaine les montrent évoluant parmi les autres espèces, à la surface et sous l'eau.
Cette semaine, des scientifiques français sont partis se balader dans le golfe de Gascogne, à bord du voilier scientifique Morskoul, un catamaran décarboné d'une quinzaine de mètres armé par la coopérative bretonne Skravik. Et lorsque des dauphins se sont approchés du bateau, ils sont parvenus, à l'aide d'une perche, depuis l'étrave, à placer une petite caméra, d'une vingtaine de centimètres, sur le dos de deux d'entre eux.
Le procédé se veut non invasif. Le matériel, conçu spécialement pour cette expérience, se fixe à l'aide de quatre ventouses, puis se détache de manière autonome quelques heures plus tard. La caméra remonte ensuite flotter à la surface et son antenne VHF émet alors sa position, afin que l'équipage puisse la récupérer.
L'opération devrait être renouvelée pour obtenir un échantillon représentatif. Le nom de la mission plus globale est Cetagas. L'un des objectifs ici, au-delà du test technique : mieux évaluer l'état de santé de mammifères marins et notamment de cétacés au large des côtes océaniques françaises, et, par exemple, « permettre de voir quels sont les effets du réchauffement climatique sur le comportement du dauphin et donc sur la viabilité à long terme de la population ».
Il s'agit en particulier d'observer leurs pratiques alimentaires, les poissons dont ils se nourrissent, leur vitesse de chasse, à quelle profondeur ; les écouter aussi, et pourquoi s'en priver puisque ces animaux figurent parmi les plus intelligents de la planète ; peut-être, à terme, tout cela pourra-t-il aider à réduire les risques de captures accidentelles, un fléau.
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Chaque année, au large de l'Atlantique, des milliers de dauphins piégés
L'hiver, des milliers de dauphins communs sont pris dans les filets des pêcheurs le long de l'Atlantique. C'est « une hécatombe qui menace la conservation à long terme de l'animal, mais qui est également illégale », rappelle le quotidien régional Ouest France, le dauphin commun étant une espèce strictement protégée par la loi du pays.
Depuis 2024, une fermeture de la pêche longue d'un mois s'applique d'ailleurs à certains navires chaque année. Début 2027, à nouveau, elle s'appliquera aux bateaux de huit mètres ou plus, utilisant des chaluts pélagiques, des chaluts bœufs de fond, des sennes pélagiques, des filets maillants calés, des trémails ou des trémails et filets maillants combinés, selon l'arrêté.
Le golfe du Morbihan, le bassin d'Arcachon et l'estuaire de la Gironde ne sont pas concernés, mais la mesure n'en est pas moins drastique, coûteuse, amenant même une élue Les Républicains comme Isabelle Le Callennec, à « relativiser » le problème entourant les dauphins, pourtant bien réel.
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De petits films à dos de dauphin en pleine chasse
L'interdit s'applique de la pointe de la Bretagne à la Galice, et il vise à protéger le dauphin spécifiquement. Il aurait permis de réduire de 60% les captures accidentelles pendant la saison 2024/2025, selon l'observatoire Pelagis, rattaché au CNRS et à l'université de La Rochelle. Dans le détail statistique, on parle de 1 900 dauphins communs morts, contre 4 700 en moyenne par hiver entre 2017 et 2023.
Savoir où il va, « quand est-ce qu'il pourrait rencontrer des engins de pêche, va nous permettre de trouver des solutions qui soient mieux ciblées dans le futur », espère Germain Boussarie, chercheur à l'Ifremer, un établissement public sous la tutelle des ministères de la Transition écologique et de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace.
Pour l'heure, l'expérimentateur dispose déjà de vidéos inédites, comme il l'a expliqué lors d'une conférence de presse à Nantes, et dans un petit film réalisé au retour du catamaran. « On a eu la chance de déployer cette caméra sur des dauphins qui étaient dans une zone d'alimentation, et notamment en pleine chasse », souligne M. Boussarie, ce qui a permis de confirmer de manière préliminaire certaines connaissances à leur sujet.
« Ce qui a été incroyable, confie ce spécialiste de l'écologie comportementale de la mégafaune marine, ça a été de voir des dauphins nager côte à côte avec les thons, juste à côté dans la même chasse », confirmant que ledit thon rouge se nourrit « sur les mêmes populations de poissons, sur des sardines, sur des anchois ». Le chercheur évoque des oiseaux, « des Fou de Bassan qui plongent », ou encore du petit rorqual à l'état sauvage.
On a au large de nos côtes bretonnes des zones de vie qui sont vraiment prodigieuses.
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Protéger les dauphins communs, un enjeu réel pour la France
Depuis la prise de conscience, de nombreux pêcheurs se sont équipés ces deniers temps en répulsifs acoustiques (pingers), en balises sur leurs filets et, eux aussi, en caméras embarquées, rapporte l'Agence France-Presse. Mais aucune solution technique parfaite n'émerge encore malgré les nombreuses expérimentations en cours.
Fin juin dernier, rappelle l'AFP, le tribunal administratif de Paris, saisi par des ONG de défense de l'environnement, a exigé de l'État un plan national d'actions d'ici un an, visant à mieux protéger les dauphins dans le golfe de Gascogne. L'initiative contribue à y répondre.
Le Conseil international pour l'exploration de la mer (Ciem), une organisation intergouvernementale fondée en 1902 et qui coordonne la recherche scientifique et la gestion durable des ressources halieutiques dans l'Atlantique Nord-Est, estime à 4 900 morts au maximum par an le niveau soutenable pour l'espèce dans cette unité de gestion.
Ce nombre, rapporté à la situation française, démontre l'urgence, puisque cette zone de l’Atlantique du Nord-Est, bien plus vaste que le golfe de Gascogne et la Manche réunis, abrite aussi, entre autres, la mer du Nord, la Baltique ou encore les eaux entourant l'Islande, le Groenland oriental et les îles Féroé, dans le cercle arctique.
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