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Tuesday, October 6, 2026

Comment le 7-Octobre a modifié la carte de la Palestine

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En trois ans, plus de 74 000 Palestiniens ont été tués durant la guerre sans merci menée par Israël dès le lendemain du 7-Octobre. Le territoire palestinien s’est aussi considérablement amoindri.

« Ce qui se déroule à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ne sont pas des incidents isolés, mais bien un projet colonial malveillant visant à rendre la vie des Palestiniens plus difficile dans leur patrie et à les contraindre à la quitter », a clamé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la tribune de l’ONU le 24 septembre dernier.  

À la différence des autres pays du globe, la carte de la Palestine ne cesse de se transformer. Dans les livres d’histoire, la Palestine est le plus souvent représentée par quatre cartes. La Palestine sous mandat britannique en 1946, la Palestine en 1947 après le plan de partage des Nations unies, la Palestine entre 1949 et 1967 puis la Palestine actuelle, qui ne cesse d’être modifiée.  

Au fil des ans, bien avant le 7-Octobre donc, la couleur verte de la Palestine - État reconnu officiellement par 158 États membres de l'ONU sur 193 - se réduit comme peau de chagrin tandis que la couleur blanche, qui symbolise le territoire israélien, devient de plus en plus volumineuse. Les territoires palestiniens regroupent trois réalités différentes : la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. Juridiquement, il ne s’agit pas de trois territoires palestiniens distincts. La Cour internationale de justice considère le territoire palestinien occupé comme une « unité territoriale unique » dont l’unité, la contiguïté et l’intégrité doivent être préservées. Une continuité qui aujourd'hui, de facto, n'existe pas. 

À l’issue de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, les Israéliens conquièrent 6 000 km 2 de territoire palestinien supplémentaires par rapport à la superficie de l’État attribué aux Juifs lors du plan de partage, qui s’élevait à 14 000 km2. Aujourd’hui, la carte de la Palestine n’est plus qu’un tableau de taches vertes éparpillées.   

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas montre différentes cartes de la Palestine: le plan de partition de l'ONU de 1947, les frontières de 1948-67 et une carte sans les zones annexées par Israël, au Caire, le 1er février 2020.
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas montre différentes cartes de la Palestine: le plan de partition de l'ONU de 1947, les frontières de 1948-67 et une carte sans les zones annexées par Israël, au Caire, le 1er février 2020. Khaled Desouki/AFP

Depuis le début de l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, par Israël en juin 1967, les politiques de confiscation de terres, de colonisation illégale et d’expropriation menées par Israël se sont multipliées, agrandissant de fait le territoire israélien. « Si Israël est considéré comme un État démocratique et libéral, on va estimer que par des négociations on peut parvenir à une paix globale. C'est un paradigme qui a existé pendant beaucoup de temps. Si à l'inverse, on considère un autre paradigme qui est celui qu'Israël est d'abord le fruit d'une colonisation, qu’il demeure un État colonial, aucune forme de négociation ne peut aboutir à la paix », affirme Thomas Vescovi, chercheur en histoire contemporaine, spécialiste d’Israël et de la Palestine, rattaché à l’EHESS et à l’Université libre de Bruxelles, membre du comité de rédaction de Yaani.fr.  

Depuis le 7-Octobre, la Palestine semble de plus en plus devenir l’ombre d’elle-même et sa continuité territoriale est de plus en plus attaquée. « Notre peuple fait face à l’une des phases les plus dangereuses de son histoire, a insisté Mahmoud Abbas aux Nations unies, après de longues décennies d’injustice historique, de déracinement, d’exil et d’occupation, et alors qu’il est privé de son droit naturel à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance. »  

L’assaut israélien dans la bande de Gaza se poursuit  

En trois ans de guerre, près de 5% de la population de la bande de Gaza a été tuée. Détruite à près de 90%, l'enclave s’est aussi vu amputer d’une grande partie de son territoire de 365km2. Israël a officiellement évacué ses colons de la zone en 2005. Pourtant, Tel Aviv contrôlera militairement toujours le territoire depuis l’extérieur, la bande de Gaza restant un territoire occupé dès lors que les entrées et sorties restent sous le contrôle des Israéliens, que ce soit en termes de voies terrestres, maritimes ou aériennes.

Aujourd’hui, Israël contrôle ainsi 60% de l’enclave et entend accroître son expansion. « Pendant 20 ans, nous avons parlé de cela comme d'un vœu pieux ; aujourd'hui, c'est aussi un plan d'action réaliste (...) Nous n'avons pas payé ce prix pour transférer la bande de Gaza d'un Arabe à un autre. Gaza est une partie indissociable de la Terre d'Israël », déclarait à l’été 2025 le ministre des Finances, Bezalel Smotrich.  

La bande de Gaza était de fait restée une sorte de territoire enfermé, parqué, que seuls les plus extrémistes ou messianiques en Israël continuaient à revendiquer, « avec l'espoir pour Netanyahu ou d'autres qu'un jour peut-être l'Égypte se chargerait de faire évacuer les Palestiniens. L'enjeu central était la Cisjordanie. Après le 7-Octobre, l'armée entre dans la bande de Gaza et on voit renaître un champ qui était marginal dans cette partie de la Palestine : celui du retour des Israéliens à Gaza via la colonisation », analyse Thomas Vescovi. Aujourd'hui, un tiers des Israéliens se dit en faveur d'un retour de la colonisation dans l'enclave palestinienne. 

Des militants israéliens de droite appartenant au mouvement de colons Nahala dans un champ situé à proximité du kibboutz Nir-Am, près de la frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 27 septembre 2026.
Des militants israéliens de droite appartenant au mouvement de colons Nahala dans un champ situé à proximité du kibboutz Nir-Am, près de la frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 27 septembre 2026. AFP - ILIA YEFIMOVICH

Fin mai, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu affirmait avoir ordonné à son armée de ne pas respecter les termes du « cessez-le-feu », entré en vigueur en octobre 2025, et de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza. « Nous contrôlons maintenant 60% du territoire de la bande. Vous savez, nous étions à 50, nous sommes passés à 60, ma directive est de passer à 70 », avait-il déclaré lors d’une conférence. Avant cette énième guerre, la bande de Gaza était considérée comme l’un des territoires ayant l’une des plus fortes densités de population au monde. Aujourd’hui les Gazaouis sont concentrés sur un tiers de leur territoire originel. 

Pour Thomas Vescovi, entrer dans Gaza après le 7-Octobre a été « la porte ouverte à tous les crimes qu'on a vu être perpétrés, avec par la suite la réalité qui est que Netanyahu, aujourd'hui, est dans une considération claire : “Nous ne partirons pas de Gaza”. Dès lors qu'on entend parler de plan de paix, etc., ça n'a aucun sens dans un cadre de négociation avec Netanyahu. Son objectif est évident : demeurer à Gaza ».   

Le 16 septembre dernier, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, disait que l'armée était prête à « terminer le travail » à Gaza pour ensuite vider le territoire palestinien de ses deux millions d'habitants. Pour le ministre, l'accord de cessez-le-feu conclu sous l'égide des États-Unis a une « valeur précieuse pour tous les Israéliens » car il a permis le retour des derniers otages détenus à Gaza, et marqué « l'engagement » de Washington à désarmer le mouvement islamiste contrôlant le territoire palestinien. Mais « nous avons tous compris que cela n'allait pas arriver, et l'armée est prête, quand l'ordre viendra, à éliminer le Hamas, à finir le travail, pour qu'on puisse aussi mettre en œuvre le plan de migration », a insisté Israël Katz dans un communiqué. L'avenir de la bande de Gaza est ainsi des plus incertains. Il en va de même pour celui de la Cisjordanie occupée.   

Cortège funèbre dans le quartier d'al-Yarmouk à Gaza, le 1er octobre 2026, après la récupération de 105 corps sous les décombres de l'immeuble résidentiel al-Taj, détruit par des frappes israéliennes.
Cortège funèbre dans le quartier d'al-Yarmouk à Gaza, le 1er octobre 2026, après la récupération de 105 corps sous les décombres de l'immeuble résidentiel al-Taj, détruit par des frappes israéliennes. AFP - OMAR AL-QATTAA

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La Cisjordanie occupée toujours plus annexée et morcelée  

Depuis maintenant trois ans, la colonisation de la Cisjordanie occupée n’a jamais été aussi rapide et violente, les raids et les attaques israéliens contre des villages palestiniens se multipliant. Le phénomène n’est alors pas récent, mais il s’accélère de manière sans précédent en 2023. Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a mis en garde contre un « nettoyage ethnique » dans les territoires palestiniens occupés en début d’année. Dans ce contexte, le 8 septembre 2026, la France et onze autres pays ont annoncé leur intention de restreindre le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. 

« Pour comprendre cette situation, il faut prendre en compte l'épisode de 2021 », explique Thomas Vescovi. Cette année-là des émeutes se produisent dans plusieurs villes israéliennes et des Arabes israéliens manifestent aux côtés des Palestiniens suite aux épisodes qui ont eu lieu sur l'Esplanade des mosquées. « Face à un soulèvement général des colonisés, Netanyahu va réimposer l'ordre par la force. Et c'est vraiment ce qui se passe en 2023, mais essentiellement sur la Cisjordanie. On le voit entre autres par le déploiement des forces armées israéliennes dans les semaines, même les mois qui précèdent le 7-Octobre. »  

Selon un décompte de l’AFP publié fin juin 2026, au moins 1 085 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons israéliens. Plus de 40 000 Palestiniens ont été déplacés de force. La croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée a atteint en 2025 un niveau record depuis le début du suivi de l’ONU en 2017. L’organisation israélienne La Paix maintenant rapporte que 146 colonies illégales en Cisjordanie occupée et 15 à Jérusalem-Est occupée ont été mises en place au cours des deux dernières années, abritant aujourd'hui quelque 750 000 Israéliens – environ 10% de la population juive du pays – ainsi que près de 400 avant-postes. 

Images de vidéosurveillance montrant des colons juifs jetant des pierres sur la route à Qusra, en Cisjordanie occupée par Israël, le 12 août 2026.
Images de vidéosurveillance montrant des colons juifs jetant des pierres sur la route à Qusra, en Cisjordanie occupée par Israël, le 12 août 2026. via REUTERS - Video obtained by Reuters

En juillet 2026, en seulement un mois, l’armée israélienne a signé au moins 15 ordres de confiscation de terres dans les zones A et C du gouvernorat de Jénine, au nord de la Cisjordanie occupée. Les terres situées dans la zone A sont pourtant sous le contrôle des autorités palestiniennes depuis les Accords d’Oslo (la responsabilité civile incombe aux Palestiniens et la sécurité aux Israéliens en zone B et la zone C est contrôlée exclusivement par ces derniers). « Avec un tel projet, Israël morcelle délibérément le territoire, déchire les communautés palestiniennes et entrave leur liberté de circulation » alertait alors Amnesty International. Pour le mouvement La paix maintenant, ces pratiques conduisent Israël vers « une annexion non déclarée des territoires palestiniens ». La colonisation n’étant pas simplement des constructions de territoires mais aussi l'accaparement de ressources naturelles ainsi que des processus économiques profitant aux colons aux dépens du colonisé.   

La Cisjordanie n'est pas mentionnée dans le plan Trump. « Comme si, au fond, la colonisation qui y est établie pourrait se poursuivre. Donc, les plus déterminés parmi les colons violents ont en quelque sorte un espace assez libre pour agir comme ils le souhaitent. Ils savent qu'ils ont le soutien du gouvernement et de l'armée », analysait Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des Universités, président d’honneur de l’IREMMO, l’an dernier sur RFI. Le gouvernement israélien qui a aussi décidé de lancer le projet E1, une colonisation située entre Ma'aleh Adumim et Jérusalem et qui aboutirait à couper en deux la Cisjordanie, rendant de fait impossible la création d’un État palestinien. Ce projet est pourtant désigné comme une « ligne rouge » par la communauté internationale.  

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Un point de non-retour ?  

À Jérusalem-Est justement, occupé depuis 1967 et annexé par la force en 1980, la colonisation s’amplifie aussi depuis le 7-Octobre alors que les Palestiniens veulent faire de cette partie de la ville trois fois sainte la capitale du futur État auquel ils aspirent. « Les autorités israéliennes intensifient leur politique illégale de longue date visant à évincer les habitants palestiniens des quartiers autour de la Vieille ville de Jérusalem, afin de les remplacer par des colons israéliens », selon un communiqué de Human Rights Watch de juin dernier. « Ces mesures israéliennes visant à modifier la démographie de Jérusalem constituent des crimes de guerre, rendus possibles par l’impunité accordée par les proches alliés d’Israël. »  

Dans un avis consultatif rendu en juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a estimé que les politiques et pratiques israéliennes, dont les colonies israéliennes, les expulsions forcées et les démolitions massives de maisons, bafouaient l’interdiction du transfert forcé d’une population protégée en vertu de l’article 49 de la 4e Convention de Genève. En vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, le fait pour une puissance occupante de déporter ou de transférer tout ou partie de la population à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire occupé constitue un crime de guerre.

« Cette volonté de fragmenter, de séparer, est véritablement une stratégie qui a toujours existé côté israélien, mais qui s'est vraiment nourrie, alimentée, renforcée depuis au moins une vingtaine d'années, et encore plus depuis le 7-Octobre », pointe Thomas Vescovi. Pour le spécialiste du conflit israélo-palestinien, Netanyahu est « quelqu'un qui est tout à fait conscient du tort qu'il fait actuellement aux Palestiniens. Il sait qu’on va lui mettre la pression et le condamner. Mais dans l'histoire d'Israël, on le remerciera d'avoir réglé un problème que personne n'avait réglé avant. En Israël, on idolâtre les pionniers de 1948 qui ont fondé l'État, sans prendre en considération les 800 000 Palestiniens qui ont été chassés de chez eux. Peut-être que si Netanyahu parvient à remporter son pari, on le célébrera dans le futur comme celui qui a réglé le problème de Gaza et de la Cisjordanie. Il y a une forme de continuité ».   

Dans une maison de Silwan, que des Palestiniens sont en train de démolir eux-mêmes, à Jérusalem-Est, annexée par Israël, le 16 avril 2026.
Dans une maison de Silwan, que des Palestiniens sont en train de démolir eux-mêmes, à Jérusalem-Est, annexée par Israël, le 16 avril 2026. AFP - MARCO LONGARI

Lors de la proclamation de la création de l'État d'Israël le 14 mai 1948, ses frontières ne sont pas annoncées. « La colonisation sioniste, même la plus limitée, doit soit cesser, soit s’accomplir au mépris de la volonté de la population locale. C’est pourquoi cette colonisation ne peut se poursuivre et se développer que sous la protection d’une grande puissance indépendante de cette population, derrière un mur d’acier infranchissable. (…) Un accord avec les Palestiniens sur une base volontaire est impossible », écrivait en 1923 Vladimir Jabotinsky, inspirateur de la milice Irgoun fondée en 1931 (milice qui fondera le parti Herout en 1948, matrice du Likoud actuel). 

« On a atteint un point de non-retour aujourd'hui et qui fait que plus tôt on s'en rendra compte et plus tôt on arrivera à être pragmatique dans les solutions politiques qu'on envisage pour cette région et, surtout, les actions politiques à mener pour y parvenir. C'est ça en fait l’enjeu central, conclut Thomas Vescovi. Si on veut véritablement un État palestinien, cela nécessite d'imposer par la force, par la sanction, etc. un poids important sur Israël qu'aujourd'hui aucun allié occidental ne semble prêt à faire peser. » 

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