Rapport de Safeguard Defenders | Au moins 18 postes de police chinois au Canada

La Chine accroît son réseau de postes de police à l’étranger de manière fulgurante et son influence frappe de plein fouet le Canada. On compte au moins 18 de ces postes au pays, soit 13 de plus qu’en 2022.
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C’est du moins ce que dévoile un récent rapport de l’organisation internationale de défense des droits de l’homme Safeguard Defenders.
En installant ces postes au Canada, la Chine tenterait de limiter la liberté d’expression des Ouïghours, croit la professeure à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa Margaret McCuaig-Johnston.
« Ils perçoivent les initiatives des Ouïghours comme des menaces à l’unité ethnique de la Chine ; ils cherchent donc à les faire taire », explique-t-elle.
En plus de ces postes, 575 organisations canadiennes seraient liées au Département du travail du Front uni (UFWD), un important du Parti communiste chinois (PCC), dévoilent dans le rapport des recherches complémentaires menées par Jamestown, un groupe de réflexion américain.
« Étendre ses tentacules »
À l’échelle internationale, Safeguard Defenders recense près de 1250 associations chinoises qui serviraient de façade à des postes de police, dans 91 pays différents.
Il s’agit d’une augmentation énorme, puisque seulement 100 postes chinois illégaux avaient été découverts en 2022, dans 50 pays différents.
Ces associations sont dirigées par des agents du PCC, sous la direction de l’UFWD, que le président Xi Jinping a déjà qualifié d’« arme magique » pour surveiller et contrôler ses citoyens, peu importe leur lieu de résidence.
Safeguard Defenders s’attend à ce que l’influence chinoise continue de croître à travers le globe. La portée grandissante de son réseau à l’international s’expliquerait par un changement législatif récemment entré en vigueur en Chine, détaille Mme McCuaig-Johnston.
« Cette loi donne à la Chine une autorité extraterritoriale, qui lui permet d’aller dans les autres pays, et d’agir contre les individus et les organisations qui menaceraient leur unité ethnique », note-t-elle.
Selon Safeguard Defenders, l’objectif des opérations policières chinoises serait d’exporter son système intérieur de surveillance dans les communautés où se trouvent des diasporas chinoises.
« Le système et les fonctions […] violent la souveraineté d’autres pays, portent gravement atteinte aux droits et libertés de communautés entières et constituent une menace permanente pour la sécurité nationale », écrit-on dans le rapport.
Modus operandi
Selon Safeguard Defenders, le réseau international élaboré par la Chine s’appuierait sur les mêmes assises que son modèle de surveillance intérieur.
Le PCC contrôlerait sa population au moyen d’un quadrillage, dans lequel chaque ville est découpée en mailles de centaines de foyers, chacun doté d’un gestionnaire. Celui-ci collecte des informations, puis rend des comptes à une centrale de coercition, explique Safeguard Defenders.
« L’objectif est de repérer et de traiter tout problème – d’une querelle de voisinage au mécontentement envers le gouvernement – avant qu’il ne devienne quelque chose que le Parti ne peut plus contrôler », explique-t-on dans le rapport.
Au Canada, la Chine s’associerait à des associations culturelles locales, ou à des comités chinois, qui leur fournirait un bureau à partir duquel établir leurs activités, détaille Margaret McCuaig-Johnston.
Surveillance constante
Des « communautés entières vivent dans la peur », devant la montée en force des postes chinois, déplore Safeguard Defenders.
« Ils essaient d’intimider leur peuple, de les réduire au silence », dénonce Mme McCuaig-Johnston. Elle a elle-même été sanctionnée par la Chine, puisqu’elle siège sur le Projet de défense canadien des droits des Ouïghours.
La professeure croit que le gouvernement canadien doit agir pour cesser les activités des organismes gérés par l’UFWD, en leur rappelant qu’ils pourraient recevoir des sanctions.
En août, un registre canadien des influences étrangères est entré en vigueur. Selon la loi, le non-enregistrement d’organisations étrangères peut entraîner des amendes allant de 250 000 à 1 million de dollars.
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