Police, procès, dossier vide au ministère : le FSD de Tesla tourne au vaudeville en Corée du Sud
Entre les conducteurs poursuivis par la police pour avoir piraté leur propre voiture, un procès en remboursement balayé par la justice et un imbroglio réglementaire autour des modèles chinois, la situation tourne au vaudeville autour du FSD de Tesla en Corée du Sud.
Il n’y a pas qu’en Europe que le FSD de Tesla, son aide à la conduite supervisée, anime l’actualité. En l’espace de 72 heures, en Corée du Sud, plusieurs affaires ont attiré l’attention des médias locaux sur la technologie FSD de Tesla. Mais pas toujours pour les bonnes raisons.
D’un côté, la police de Séoul a transmis au parquet, ce mardi 27 octobre 2026, les dossiers de 80 automobilistes accusés d’avoir débridé illégalement leur voiture. De l’autre, le tribunal du district central de Séoul a rejeté ce jeudi 29 octobre la demande de remboursement de 88 clients de la marque. Entre les deux, Tesla tente d’obtenir une dérogation du gouvernement pour sauver les meubles.
Deux Tesla identiques, mais une seule a le droit d’utiliser le FSD
Selon les chiffres transmis par Tesla Korea au député Chang Jong-tae et publiés par le Korea JoongAng Daily, sur les 239 000 Tesla immatriculées en Corée du Sud fin septembre, seules 53 000 environ ont légalement le droit d’activer le FSD. Ces quelque 183 000 Tesla fabriquées en Chine (des Model 3 et Model Y), soit plus des trois quarts du parc, ne peuvent pas activer officiellement le FSD, alors même que leurs propriétaires ont parfois payé l’option jusqu’à 9 millions de wons (environ 5 800 dollars, soit près de 5 000 euros). Tout dépend de l’usine d’où sort la voiture.
— Tesla Korea (@tesla_korea) August 7, 2026풀 셀프 드라이빙(감독형) 이용 가이드
FSD(감독형)은 목적지까지의 경로를 따라 차선을 유지하고, 차선을 변경하며, 신호와 교차로를 통과하고, 좌·우회전 및 주차를 수행할 수 있는 운전자 보조 시스템입니다.
운전자는 항상 전방을 주시하고 즉시 개입할 준비가 되어 있어야 하며, 차량의 모든… pic.twitter.com/BefpyyhyAZ
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En Corée du Sud, les modèles Tesla importés des États-Unis (Model S, Model X et les premières Model 3) profitent de l’accord de libre-échange américano-coréen (FTA). Leurs aides à la conduite sont homologuées selon les normes fédérales américaines (FMVSS), ce qui les dispense de l’homologation coréenne et permet à Tesla d’y activer le FSD par simple mise à jour.
Mais depuis que Tesla approvisionne massivement le pays depuis sa Gigafactory de Shanghai, la machine s’est grippée. Les Model 3 et Model Y « made in China » doivent répondre aux standards de sécurité coréens, qui suivent dans les grandes lignes les règlements de l’ONU, sans avoir encore adopté celui qui encadre les aides à la conduite supervisées (UN R171). Les normes coréennes sur les systèmes de direction imposent de garder les mains sur le volant et d’actionner soi-même le clignotant avant de changer de voie. Le FSD change de voie seul, sous la surveillance du conducteur : il est donc interdit sur ces voitures. Une situation que les clients de la marque peinent à comprendre.
Certains conducteurs débrident leur Tesla pour accéder au FSD
Face à ce blocage, certains propriétaires coréens ont décidé de se faire justice eux-mêmes. Un marché parallèle de boîtiers de débridage s’est développé.
Ce mardi 27 octobre, la police métropolitaine de Séoul a annoncé avoir transmis au parquet les dossiers de 80 conducteurs de Tesla et saisi 21 boîtiers non autorisés, achetés en Europe ou en Chine, ou fabriqués par leurs utilisateurs. Ces modules, branchés directement sur le bus CAN du véhicule, trompent les calculateurs pour contourner le blocage géographique et forcer l’activation du FSD.
La police invoque de graves risques d’accidents et de mauvaise interprétation de la route (ou de réactions inadaptées du véhicule). De son côté, Tesla menace depuis avril de faire sauter les garanties et a déjà banni à distance certains utilisateurs indélicats, se retrouvant dans la posture inconfortable de devoir traquer ses propres clients qui essaient juste d’utiliser ce qu’ils lui ont acheté. Une situation qui existe également en Europe et en Chine.
La justice a débouté les clients qui se plaignaient
En 2024, un groupe de 88 clients a attaqué Tesla Korea en justice, réclamant l’annulation pure et simple de leur contrat et le remboursement intégral de l’option FSD. Ils reprochaient à la marque de leur avoir vendu au prix fort, depuis 2017, des fonctions avancées de conduite assistée qu’elle n’a toujours pas pu déployer entièrement en Corée.

Selon Reuters, le tribunal du district central de Séoul a rejeté la plainte en bloc. Selon les juges, Tesla n’a pas commis de rupture de contrat dans la mesure où les acheteurs bénéficient déjà d’une partie des fonctionnalités promises (Autopilot de base et Autopilot Amélioré) et conservent leur droit aux futures mises à jour. Pour le tribunal, les clients « savaient » que le déploiement de telles technologies prendrait du temps et dépendait des évolutions réglementaires. Les juges estiment aussi que l’option FSD ne promettait pas une conduite entièrement autonome, sans intervention humaine.
Tesla Korea a déposé le 22 octobre une demande de dérogation auprès du ministère du Territoire, des Infrastructures et des Transports pour autoriser le FSD sur ses voitures fabriquées en Chine. Mais l’article du règlement invoqué (114-2) n’a jusqu’ici servi qu’à des équipements physiques, comme des systèmes d’éclairage ou des dispositifs qui évitent de se tromper de pédale. Le ministère reconnaît qu’il n’a jamais été appliqué à une mise à jour logicielle. Selon le Korea JoongAng Daily, le dossier de Tesla ne comporterait pas non plus les données techniques nécessaires à l’examen de sécurité, et le ministère prévoit de nouvelles discussions avec la marque.
Les clients coréens de Tesla gardent un œil sur l’Europe. Les Pays-Bas ont autorisé le FSD en avril, une dizaine de pays européens l’acceptent aujourd’hui, et les États membres de l’UE pourraient voter dès décembre sur une autorisation dans toute l’Union. Un responsable du ministère coréen dit suivre ces discussions internationales, même si elles ne le concernent pas directement.
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