« Fabriquer dans l’espace » : ce vieux rêve devient réalité et va produire des matériaux impossibles sur Terre

En octobre 1969, l'URSS est déjà considéré comme le perdant de la course à l'espace, derrière les États-Unis qui ont réussi l'exploit d'envoyer des humains sur la Lune et les faire revenir en bonne santé. Pourtant, leur programme spatial très secret n'est pas encore arrêté et la mission Soyouz 6, avec deux cosmonautes à bord, tente une nouvelle expérience : de l'inginiérie spatiale. En effet, les deux hommes ont tenté de souder certains métaux, ouvrant ainsi la voie de la fabrication de produits dans l'espace.
Aujourd'hui, la mission Soyouz 6 est quasiment oubliée, mais la quête des usines spatiales ne s'est pas ralentie. SpaceX a ainsi annoncé récemment un contrat pour envoyer sa capsule Starfall avec à bord un exemplaire de la « BentoBox » de Space Cargo.
Moins de pollution et plus de précision
Certes, il y a beaucoup de « Space » dans cette phrase, ce qui impose un point de définition. Starfall est un véhicule spatial de SpaceX. En forme de soucoupe volante de 3 mètres de diamètre, il doit permettre de transporter des charges utiles puis de les ramener sur Terre saines et sauves grâce à son bouclier thermique.
Vue d'artiste de la capsule Starfall de SpaceX. © SpaceX
Passons désormais à Space Cargo : une entreprise luxembourgeoise qui développe des plateformes destinées à accueillir des processus de fabrication dans l'espace. Surnommée la BentoBox, le contenant accueille tout un système de fabrication autonome adapté à une utilisation en orbite. En clair : à l'intérieur de la BentoBox, des objets peuvent être fabriqués en microgravité.
Dans un contexte de transition vers l'ère post-ISS, l'orbite basse s'affirme comme un nouveau terrain d'opportunités stratégiques. Les agences spatiales et l'innovation du secteur privé s'unissent pour façonner un avenir où la conquête de l'espace dépasse les simples objectifs gouvernementaux. Sylvain Bataillard, co-fondateur et Chief Strategy Officer chez HyPrSpace, partage son expertise sur les dynamiques émergentes dans ce domaine. À travers sa contribution lors d'une table ronde, il éclaire les perspectives d'une Europe désireuse de s'affirmer dans le secteur du New Space, tout en jonglant avec les défis techniques et politiques.... Lire la suite
Il faut dire que pour ces « usines », l'espace dispose de quelques avantages. Pour commencer, déplacer hors de la Terre des activités polluantes semble être une bonne idée pour préserver notre atmosphère. Mais aussi sur un plan plus pragmatique : l'absence de pesanteur peut permettre de concevoir des objets impossibles à fabriquer sur Terre. Le vide spatial est également un environnement absolument stérile, sans risque de contamination bactérienne, et sans la moindre interférence, ce qui est idéal pour certains composants qui nécessitent une précision au niveau atomique.
Une longue histoire qui s'écrit encore
Ce sont ces arguments qui ont poussé à la construction, dès 1995, de la Wake Shield Facility. Une plateforme en orbite qui profitait du vide spatial pour créer des semi-conducteurs en couches minces, ce qui est difficile à réaliser sur Terre à cause des perturbations gravitationnelles ou des polluants qui peuvent altérer le résultat.
La Wake Shield Facility a été envoyée à trois reprises dans l'espace avec des navettes spatiales. © Nasa
Aujourd'hui encore, ce secteur est très actif, notamment via l'entreprise Space Forge qui espère pouvoir déployer ses usines dans le vide spatial pour construire des matériaux semi-conducteurs plus performants et plus économiques.
En 2024, la Station spatiale internationale a aussi vu la première impression 3D en métal réalisée à son bord. Un projet de l'ESA, l'Agence spatiale européenne, qui n'est pour l'instant qu'un démonstrateur technologique, mais dont le but à plus long terme est de pouvoir mieux utiliser les ressources disponibles en orbite, voire de transformer et de se servir à nouveau de pièces d'anciens satellites hors-service. Car si les usines peuvent aller dans l'espace, alors pourquoi pas les usines de recyclage ?
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