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Friday, October 23, 2026

Clément Beaune : «Couper le robinet de l’aide à l’Ukraine, c’est défendre Poutine»

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Cette semaine, nous recevons Clément Beaune, ancien conseiller spécial du président Emmanuel Macron, puis secrétaire d’État aux affaires européennes, ancien ministre des Transports et désormais Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan. Il vient de diriger l’ouvrage Comment vivrons-nous en France demain ? paru le 8 octobre aux Éditions Taillandier. Il évoque notamment avec nous le rôle de l’Union européenne dans le soutien à l’Ukraine, la concurrence économique chinoise ou encore les mouvements sociaux qui agitent le continent.

« La Chine pose une question de vie ou de mort à l’industrie européenne »

L’Union européenne a récemment conclu un accord avec Pékin, plafonnant les importations de véhicules hybrides à 350 000 par an. Cette décision, qui vise à réduire l’énorme déficit commercial entre la Chine et l’UE, est saluée par Clément Beaune qui alerte sur l’urgence de telles mesures : « La Chine, c'est un sujet qui préoccupe. Et je vais aller plus loin, c'est une question de vie ou de mort pour l'industrie européenne. »  Il rappelle ainsi qu’en Allemagne, « première puissance industrielle européenne, ce sont aujourd'hui 15 000 emplois industriels qui sont détruits chaque mois ». Pour lui, il est impératif de combiner des mesures de protection et un effort renouvelé sur l’innovation, et ce dans tous les secteurs : « Il y a huit fois plus de subventions à l’industrie en Chine que dans les pays de l’OCDE (...) quand à qualité égale, vous avez 30 à 40% d’écart de coûts avec les productions chinoises, on ne peut pas lutter simplement avec les règles normales du marché. »

« Couper le soutien à l’Ukraine, c’est défendre l’intérêt de M. Poutine » 

Alors que Donald Trump a stoppé toute sanction contre la Russie à qui il achète du diesel, l’Europe doit, plus que jamais, maintenir son soutien à l’Ukraine d’après l’ancien ministre : « Les Européens doivent être le premier allié fiable de l’Ukraine, à la fois dans le soutien financier et dans les autres formes de soutien, comme le renseignement militaire ». Tandis qu’en France, le Rassemblement National suggère de « couper le robinet » de l’aide financière à l’Ukraine, Clément Beaune répond : « Faire cela, ce n'est pas défendre l'intérêt des Français, c'est défendre l'intérêt de monsieur Poutine et de la Russie. » Il explique : « Évidemment, ça paraît coûteux. Mais d’abord, je rappelle que ce sont essentiellement des prêts que nous faisons à l’Ukraine (...) C’est une aide qui est remboursée à l’Europe. »

Pour le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, ces aides font partie d’une vision globale : « Ça ne sert à rien de renforcer notre défense à travers la loi de programmation militaire, si on ne renforce pas ce qu'est la première ligne de notre sécurité européenne. Le soutien à l'Ukraine, c'est notre sécurité. Tous ceux qui aujourd'hui jouent avec ça mettent en danger très concrètement le prix de l'énergie, le prix des carburants, mais aussi la sécurité fondamentale de la France et des Français. »

« Je suis pour le droit de vote à 16 ans aux élections locales »

En dehors de la politique étrangère, les affaires intérieures ne sont pas en reste en ce moment en Europe. France, Italie, Belgique ou encore Espagne, des mouvements sociaux d’ampleur, souvent conduits par la jeunesse, secouent le continent. L’ancien ministre appuie : « C’est important de rappeler que ce phénomène n’est pas seulement français. Ni les manifestations légitimes des jeunes qui expriment des revendications, ni, et c’est très différent, les violences, la casse et le pillage. » Il pointe « la difficulté à rétablir l’ordre républicain organisé de l’État de droit » et la nécessité de « prendre des mesures fortes tout en restant dans le cadre démocratique », alors que l’Union européenne vient d’appeler la France à « protéger » le droit de manifester. Clément Beaune appelle aussi à faire le distinguo entre « l’extrême gauche, comme la France insoumise ou d'autres qui sont dans le jeu démocratique » et « l’ultragauche », « les casseurs et les pilleurs » qui tentent de « tout péter ». 

Un autre facteur de ces mouvements est, selon lui, le choc démographique induit par le vieillissement de la population et la part de plus en plus faible des jeunes dans la population. Pour Clément Beaune, « quand il y a moins de jeunes dans une société, il faut qu'ils aient une place. » Il défend ainsi le vote à 16 ans aux élections locales : « J'appelle ça un sas d'entrée dans la citoyenneté. Je pense que ce serait un geste de confiance, de rééquilibrage aussi parce qu'il y a moins de jeunes, donc on leur donnerait une place plus importante dans notre démocratie et ce serait peut-être un apprentissage civique qui serait intéressant. »

« Les extrêmes représentent un danger pour le portefeuille des Français »

Le « spread », c'est-à-dire l’écart entre les taux d’emprunt à dix ans de l’Allemagne et de la France, a atteint le chiffre record de 5%. Afin de réduire cet écart, Clément Beaune martèle : « La première chose à faire, c’est d’avoir un budget sérieux. C'est aussi un appel à la responsabilité collective. Ça veut dire que rapidement, on doit montrer en France qu'on est capable d'avoir un budget qui, même s'il faudra aller plus loin, nous met sur une trajectoire raisonnable de réduction du déficit. » Cet écart est avant tout un signe de perte de confiance des marchés, que l’ancien ministre macroniste interprète comme un signe politique, pointant un « manque de sérieux perçu », notamment dans les programmes du Rassemblement National et de la France Insoumise. « J'appartiens politiquement au bloc central (...) Il faut qu'on se mobilise pour proposer quelque chose d'attractif aux élections présidentielles et législatives qui viennent. Et ça veut dire aussi que le danger des extrêmes est un danger très concret pour le portefeuille des Français. »

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