Crise de la faim en Afghanistan: «Des enfants trop fragiles pour supporter une opération»

Cinq ans après le retour au pouvoir des Talibans, l’Afghanistan traverse l'une des crises de la faim les plus sévères au monde. Pédiatres et autres soignants font face à une dure réalité à Kaboul : certains sont contraints de refuser des soins à des enfants car leurs corps sont trop émaciés.
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« J'ai été obligé de récuser des enfants uniquement parce qu’ils ne me semblaient pas à même de pouvoir supporter une anesthésie de 6 heures et les gestes que je pouvais faire », raconte à RFI le docteur Jean‑Luc Jouve, chirurgien orthopédique et pédiatrique. Ces dernières années, il a effectué trois missions à l'Institut médical français pour la mère et l'enfant à Kaboul avec l'ONG Chaîne de l'espoir.
Sur place, son constat est brutal : entre 20 % et 30 % des enfants ne peuvent pas être opérés. Ils sont trop fragilisés par des formes sévères de malnutrition. Certains de ses patients ont pourtant besoin d’opérations lourdes de la colonne vertébrale. Il reçoit des enfants venus de provinces éloignées, à des stades avancés de scoliose ou de tuberculose vertébrale, avec des déformations osseuses importantes.
Sans opération, une tuberculose peut s’étendre aux poumons et entraîner la mort, ou évoluer vers une paralysie des membres. « D'ailleurs, on voit souvent des enfants arriver parce qu'ils commencent à avoir une faiblesse dans les jambes et ne plus pouvoir marcher, détaille le chirurgien. On dit à la famille que s'il grossit, s'il prend plusieurs kilos, on pourrait éventuellement faire quelque chose, alors qu'on sait pertinemment que l'avenir est sombre. »
« C’est une façon de laisser une lueur d'espoir à la famille et, d'autre part, de masquer notre incapacité à pouvoir gérer la question de manière efficace », poursuit le médecin. L’Unicef alertait déjà en août dernier : 3,7 millions d’enfants afghans souffrent de malnutrition aiguë, un amaigrissement extrême. Un quart d’entre eux présente une forme sévère. Le risque est doublement mortel pour les enfants inopérables.
« C'est une forme grave, qui met la vie de l'enfant en danger. Il n'a pas un poids adapté à sa taille ni à son âge », explique Ahmad Nasir Rasteen, en charge à Kaboul du programme de renutrition à l’hôpital français de La Chaîne de l’espoir.
Accumulation de crises
« C'est dû à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire dans le pays. Mais il y a d'autres causes, comme le manque de vaccination ou les mauvaises conditions d’hygiène, qui provoquent certaines maladies comme la diarrhée ou la rougeole et donc la malnutrition de l’enfant. »
Une accumulation de crises a placé l’Afghanistan à ce niveau d’urgence. Le pays a subi des sécheresses et des crues, avec un phénomène El Niño particulièrement intense en 2026. Ces dernières années aussi, il a connu le retour forcé de six millions de réfugiés afghans. La guerre avec le Pakistan et la fermeture de la frontière ont provoqué une hausse des prix des produits alimentaires.
Les petites filles sont plus touchées que les garçons, en proportion. « La culture afghane accorde plus d’importance aux garçons qu’aux filles. Et, à cause des violences domestiques, certaines mères finissent par préparer de meilleurs repas pour les garçons que pour les filles », souligne Ahmad Nasir Rasteen.
L’ONU rappelle aussi que les femmes ont été exclues de la force de travail. Elles n’ont pratiquement plus le droit d’exercer la médecine. Selon une source onusienne anonyme, le régime taliban a conscience de la gravité de la crise, liée en partie au retrait de l’aide internationale cinq ans après leur retour au pouvoir. Cette aide pourrait être de nouveau dirigée vers l’Afghanistan si les autorités acceptaient d'assouplir les restrictions imposées.
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