Mozambique: Forbidden Stories, enquête sur la mort d'un blogueur

Menaces sur l'information revient ce matin sur une mort en direct, celle de Mano Shottas, fin 2024, au cours d'une manifestation contre la pollution au minerai de chrome. Dans ce volet d'une enquête plus large sur les entraves à la liberté des journalistes au Mozambique, Forbidden Stories, organisation qui poursuit le travail de journalistes assassinés, s'est penchée sur la mort de ce jeune blogueur et a poursuivi son travail.
Des images mouvementées diffusées en direct sur Facebook, dans la rue d'à côté des nuages de gaz lacrymogènes, en face du blogueur les forces de l'ordre... En fonds sonore des tirs d'armes à feu, et puis cet écran noir avant de voir le visage de Mano Shottas, à terre. « On m'a tiré dessus et ils continuent de tirer » commente alors Mano Shottas, Albino Sibia de son vrai nom, mort peu après.
Pour Forbidden Stories, Alexander Abdelilah a essayé de faire la lumière sur sa mort. « J'ai analysé les images qu'on voit dans sa vidéo et j'ai réussi à placer sur une carte la position du blogueur au moment des tirs et la position des policiers. Et ensuite, on a soumis la bande son de cette vidéo à un expert en analyse audio et balistique, qui, lui, nous a aidés à déterminer la zone approximative dont pourrait venir les tirs. Les policiers se trouvent bien dans la zone dont pourraient venir les tirs qui ont visé le blogueur ». À ce jour, malgré un dépôt de plainte contre l'État, aucune enquête n'a été ouverte.
Le blogueur documentait régulièrement les diverses manifestations notamment post-électorales... Ce jour-là, près de la frontière avec l'Afrique du Sud, les citoyens protestaient en particulier contre la pollution laissée par le ballet incessant de camions transportant des minerais de chrome. Alors Alexander Abdelilah a enquêté sur cette pollution. « C'est à la fois des camions qui s'arrêtent sur le bord de la route pour rebâcher. Ils en profitent pour nettoyer les bennes et enlever tout ce qui reste. Parfois c'est des camions qui vont à des stations de lavage, et là, pareil, tous les minerais sont balancés dans les sols, avec l'eau de lavage ».
« J'ai rarement parlé à des gens qui avaient peur à ce point-là »
Le chrome peut être toxique pour l'homme et les végétaux. Mais les conséquences potentielles sont peu ou pas documentées localement. En partie, en raison de l'omerta qui règne. Alexander Abdelilah n'a obtenu presque que des témoignages anonymes. « J'ai rarement parlé à des gens qui avaient peur à ce point-là. Les menaces qu'ils ont reçus, ce sont des menaces vraiment sérieuses. C'est vraiment des gens qui vous appellent, vous disent "je sais où vit ta famille, je sais qui sont tes enfants, arrête de parler de ça" ».
D'où viennent les menaces ? Aucune certitude. Ce qui est sûr c'est que ce commerce génère beaucoup d'argent. « À la frontière, il y a plus de 1000 camions par jour en moyenne qui traversent chargés de minerais d'Afrique du Sud. Le chrome qui vient d'Afrique du Sud, qui quitte le continent via le port de Maputo, ça représente trois quarts du chrome produit dans le monde. Donc c'est vraiment une industrie importante qui vaut plusieurs milliards d'euros ».
Alexander Abdelilah n'a obtenu aucune réaction de la part des autorités mozambicaines. Côté sud-africain, les autorités environnementales assurent continuer à enquêter, mais explique qu'il est difficile de constater les déchargements sauvages qui auraient souvent lieu la nuit.
► L'enquête sur la mort de Mano Shottas est à retrouver sur le site Forbiddenstories.org
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