En pleine tempête canado-américaine, la question de l'indépendance refait surface au Québec

On vote aujourd'hui pour les élections provinciales au Québec, la province francophone du Canada. Dans un contexte de relations tendues entre le Canada et les États-Unis, et où le Premier ministre Mark Carney incarne la résistance face à Donald Trump, la question de l'organisation d'un nouveau référendum sur l'indépendance a été remise sur la table.
Depuis que Donald Trump est revenu à la Maison Blanche, chaque plaisanterie ou menace de faire du Canada le 51e État américain, chaque moquerie sur le « gouverneur » Justin Trudeau quand il était Premier ministre, chaque attaque contre son successeur Mark Carney, chaque épisode de la guerre tarifaire, chaque match de hockey sur glace entre les deux nations semble avoir davantage fait pour l'unité canadienne que n'importe quel événement depuis la naissance officielle du pays en 1867. C'est même largement grâce à ça que les libéraux ont créé la surprise en conservant le pouvoir l'an dernier et ont pu conforter leur majorité depuis. Au Québec même, selon des études d'opinion, c'est 70% de la population qui est aujourd'hui défavorable à l'indépendance.
Champ politique fractionné
Ce retour inattendu est dû à la situation politique et au système électoral, un système à l'anglaise : un scrutin de circonscription uninominal à un tour, « first past the post », comme on dit en anglais, où le premier arrivé gagne, sans majorité absolue nécessaire. Cela favorise en principe un système bipartisan. Mais comme c'est le cas parfois dans les pays occidentaux, le champ politique est fractionné. Là, cinq partis se disputent les voix des électeurs. Le gouvernement sortant, qui avait laminé la concurrence lors des précédentes élections, n'a obtenu aucune concession de compétences de la part du gouvernement fédéral et a été atteint par l'usure du pouvoir. Les libéraux, fédéralistes, sortent d'une crise de direction qui leur a fait mal. Les conservateurs sont en phase de reconstruction et la gauche de Québec solidaire ne semble pas en mesure d'atteindre la première place. Ce sont les indépendantistes du Parti québécois, pourtant moribond il y a encore quelques années, qui paraissent les mieux placés pour remporter le scrutin à quelques heures de celui-ci.
Immigration
Et ils veulent donc organiser un référendum d'indépendance. Ce serait le troisième après les deux échecs de 1980 et 1995. C'est l'objectif ultime de leur chef, Paul Saint-Pierre Plamondon, dit PSPP, un avocat de 49 ans qui a fait ses études supérieures en anglais. Il a bien compris que le contexte n'est pas favorable à son projet. C'est pourquoi il a annoncé pour rassurer qu'il n'organisera pas ce référendum avant le départ de Donald Trump. En attendant, il a fait une campagne assez classique, évoquant les questions qui inquiètent la province : la crise des sans-abris, l'itinérance comme on dit au Québec, et le logement dont le prix augmente. Un phénomène qu'il n'hésite pas à lier à l'immigration. Il n'est pas le seul. C'est une recette qui fonctionne ailleurs et c'est une compétence du gouvernement provincial québécois. Depuis plusieurs mois, la question fait l'objet de va-et-vient incessants de la part du gouvernement sortant et de signaux contradictoires du gouvernement fédéral et de tous les partis. Cela ne facilite pas la vie et les espoirs des candidats francophones à l'immigration, qu'ils soient haïtiens, européens ou africains et pour qui le Québec, à la démographie déclinante, est une terre d'accueil depuis plusieurs années.
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