Au Pakistan, l'avenir est incertain pour les étudiants afghans en médecine

Du jour au lendemain, en pleine année universitaire, des centaines d’étudiants afghans en médecine au Pakistan se retrouvent menacés de devoir interrompre leurs études et de rentrer en Afghanistan.
De notre correspondante à Islamabad,
Le 1ᵉʳ septembre, les autorités pakistanaises ont ordonné aux établissements de médecine et d’études dentaires d’expulser les étudiants afghans et d’organiser leur retour en Afghanistan. Cette décision pourrait avoir des conséquences particulièrement lourdes pour les étudiantes, qui ne peuvent plus poursuivre leur formation médicale dans l’Afghanistan des talibans. Pour les défenseurs des droits humains, cette mesure s’inscrit dans une politique plus large menée par Islamabad à l’encontre des ressortissants afghans sur fond de dégradation des relations entre Islamabad et Kaboul.
Depuis 2023, les autorités pakistanaises mènent une vaste campagne d’expulsion d’Afghans, au nom notamment de la sécurité nationale. Les autorités pakistanaises, elles, démentent toute expulsion générale des étudiants afghans. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères assure que ceux qui disposent d’un visa valide peuvent rester au Pakistan et terminer leurs études. Mais sur le terrain, plusieurs étudiants affirment avoir été renvoyés de leurs facultés ou de leurs dortoirs. Certains ont saisi les tribunaux à travers le pays et obtenu une suspension temporaire de la mesure. Pour les autres, la situation reste inchangée. Et derrière cette incertitude, ce sont des années d'étude et de sacrifices qui risquent d'être perdues.
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« Je suis sous le choc »
Sur le campus du Federal Medical College d’Islamabad, quelques dizaines d’étudiants en médecine sont rassemblés. Parmi eux, Shaqayq Danish, 24 ans, est étudiante en deuxième année. Elle fait partie de la cinquantaine d’étudiants afghans de cette université. Sur la pancarte qu'elle brandit est écrit : « L’éducation est un droit, pas une arme politique. » Elle confie : « Je suis sous le choc. Certains étudiants ont été expulsés de leurs dortoirs. D’autres ont été renvoyés de leurs facultés. »
Depuis la décision des autorités pakistanaises, Shaqayq ne peut plus aller en cours. Ce sont plusieurs années d’étude qui risquent de partir en fumée. « Nous nous sommes battues. Nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons fait tout notre possible pour arriver jusqu’ici, souligne-t-elle. Mais aujourd’hui, une fois encore, tout nous est limité. »
Pour les étudiantes comme Shaqayq, la décision est particulièrement lourde de conséquences. En 2022 déjà, elle avait dû interrompre ses études en Afghanistan après les restrictions imposées par les talibans sur l’éducation des filles. Pendant près de deux ans, elle a travaillé pour apprendre l’anglais et reprendre ses études ailleurs. « Toutes les voies sont actuellement fermées pour nous en Afghanistan. Si je retourne en Afghanistan, ce n’est pas seulement mon parcours et mon avenir qui seront réduits à néant, alerte-t-elle. Ma famille aussi en souffrira profondément. Pour ma mère et ma sœur, j’étais un espoir. »
Pour son camarade Amin Salimi, 23 ans, lui aussi afghan, il n’y a pas de doute sur la nature de cette mesure. Pour lui, c’est une décision complètement politique.
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Près de 2 millions de départ
Depuis 2023, les autorités pakistanaises mènent une vaste campagne d’expulsion de ressortissants afghans, invoquant des raisons de sécurité nationale, conduisant à près de 2 millions de départs. Muhammad Akif Sher, avocat à Islamabad et défenseur des droits des Afghans, dénonce une politique discriminatoire. « Lorsque nous, les avocats, représentons un étudiant afghan ou un citoyen afghan devant les tribunaux ici, au Pakistan, explique-t-il, malheureusement, les juges semblent avoir l’idée préconçue que le simple fait d’être afghan constitue en soi une infraction. »
La justice pakistanaise a depuis temporairement suspendu l'application de cette mesure dans plusieurs affaires à travers le pays. Mais, à Islamabad, pour Shaqayq et ses camarades, l’incertitude demeure. Et derrière son propre avenir, c’est déjà celui de son pays qu’elle imagine. « Avoir des médecins dans un pays est un besoin fondamental, conclut l'étudiante en médecine. Je voudrais que le monde entier imagine ce que serait leur pays s’il n’y avait aucun hôpital ou aucun médecin. »
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