Face à la crise des carburants, Emmanuel Macron annonce l’envoi de moyens militaires en Arabie saoudite

« La situation est grave » : Emmanuel Macron a annoncé jeudi l'envoi de « moyens militaires » en Arabie saoudite, défendant son action internationale pour faire baisser les prix du carburant, sans toutefois exclure de devoir, à terme, baisser les taxes pour éviter leur envol.
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Lors d'une interview au journal de 20H00 de TF1 et France 2, le président de la République a dramatisé les enjeux géopolitiques, encore un peu plus que lorsqu'il a reçu, la semaine dernière, les chefs de parti et candidats à sa succession à l'Élysée. S'il a assuré que les autorités faisaient « tout » pour « éviter » des pénuries, et que l'approvisionnement « en diesel, en gaz, en fioul » était garanti « d'ici à la fin de l'année », il n'a pas totalement écarté des problèmes début 2027 « si la crise devait empirer ». En cause, a-t-il réaffirmé : la guerre au Moyen-Orient, et les tensions extrêmes dans les détroits stratégiques d'Ormuz et de Bab el-Mandeb, ainsi que, dans une moindre mesure, la guerre en Ukraine.
Des moyens militaires à Yanbu
Emmanuel Macron a donc annoncé qu'il engageait des « moyens militaires, c'est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense, pour protéger » le site de Yanbu, principal terminal saoudien d'exportation de brut sur la mer Rouge mais aussi cible des Houthis du Yémen. Il a toutefois martelé ne pas vouloir « engager » la France dans le conflit entre le royaume et ces rebelles pro-iraniens.
Selon le chef de l'État, qui n'a pas exclu le recours aux avions de combat Rafale « selon les besoins », l'impact d'une détente sur ce site-clé peut s'avérer « immédiat sur le prix à la pompe ». Il a aussi mis en avant les « discussions avec les Iraniens et les Omanais pour rouvrir » le détroit d'Ormuz. Le message présidentiel est clair : la France, qui « a une grande diplomatie » et « pèse » dans cette région, peut « avoir des résultats » par son action internationale puisque les causes de la flambée des prix sont « géopolitiques ». « Notre intérêt, c'est plutôt de baisser les prix avant de baisser les taxes », a-t-il insisté.
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Mais face à de nombreux opposants qui réclament, eux, cette baisse des taxes, tout comme une majorité des Français selon les sondages, Emmanuel Macron s'est gardé de se l'interdire. « En fonction de l'évolution, il ne faut rien exclure », a-t-il reconnu. « On ne laissera pas les prix s'envoler pour les Français », a-t-il encore promis, alors que le gazole atteint déjà un niveau record autour de 2,40 euros le litre. Le chef de l'État a aussi relancé sa proposition de « double moratoire » dans le conflit ukrainien, concernant les frappes contre les infrastructures énergétiques et civiles en Ukraine et en Russie, ainsi qu'en mer Noire.
Le candidat LFI à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a réclamé jeudi un vote du Parlement sur l'annonce faite par Emmanuel Macron de l'envoi de « moyens militaires ». « Des troupes en Arabie saoudite, c'est s'installer sur un théâtre de guerre. Si la base est frappée, que ferons-nous ? Pas question de devenir belligérant. Donc l'Assemblée doit voter sur le sujet. Article 35 de la Constitution », a écrit Jean-Luc Mélenchon sur X.
La France pourrait être visée par une tentative d'attaque russe
Mais il s'est montré pessimiste sur les intentions de Moscou : une nouvelle mobilisation russe de 300 000 hommes pour tenter de s'emparer de « tout le Donbass » est « un scénario qui nous paraît crédible », a-t-il lâché. Il a aussi estimé que la France pouvait à son tour être visée par une tentative d'attaque à l'aide d'un drone chargé d'explosifs, comme à l'aéroport de Leipzig début août. Une attaque que l'Allemagne avait attribuée à la Russie. À un peu plus de sept mois de son départ de l'Élysée, Emmanuel Macron a aussi dû se justifier, face aux questions de Gilles Bouleau (TF1) et Caroline Roux (France TV), sur l'absence de marges de manœuvre budgétaires en raison de la dette de la France qui s'est considérablement creusée sous ses deux quinquennats.
« Je ne regrette pas du tout le "quoi qu'il en coûte" », c'est-à-dire les aides publiques mises en place lors de la pandémie de Covid, a-t-il assuré. Il a dit regretter plutôt de ne pas avoir « assez réformé le modèle social » pour faire baisser les dépenses. Sa précédente interview simultanée sur les deux grandes chaînes remontait à juin 2024. C'était trois jours avant une dissolution qui a provoqué son effacement précoce de la scène française, faute de majorité à l'Assemblée nationale dans un paysage politique fragmenté qui favorise l'instabilité et complique la donne financière.
Alors qu'il avait fait son mea culpa sur cette dissolution ratée, il a semblé jeudi l'assumer à nouveau pleinement. Mais il a estimé qu'il « serait mauvais » de dissoudre encore, si près de la présidentielle du printemps. Celui qui se pose en « garant » jusqu'au scrutin, et refuse pour l'instant de soutenir un candidat en lice, en a donc appelé à « l'esprit de responsabilité » des forces politiques pour adopter le budget « solide » et « juste » présenté par Sébastien Lecornu, avec 54 milliards d'euros d'effort.
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