La mégafusée Starship en orbite : satellites, Lune, Mars… ce que ce succès change pour SpaceX

Pour son 14e vol, Starship s’est offert le tour de la planète, filant à plus de 28.000 km/h à quelque 275 km d’altitude. Une véritable prouesse. "C’est la première fois que l’on envoie un vaisseau aussi grand en orbite", commente Emmanuel Jehin, astrophysicien à l’ULiège.
Jusqu’ici, SpaceX avait volontairement privilégié des trajectoires suborbitales, plus sûres, afin de tester progressivement les différentes composantes de son lanceur. Plusieurs de ces essais avaient d’ailleurs connu une fin brutale, notamment au-dessus des Caraïbes. Après une dizaine d’années de développement et trois ans de vols d’essai de la fusée dans sa configuration complète, ce 14e vol constituait ainsi la toute première tentative de placer Starship en orbite.
Et la décision d’aller jusqu’au bout n’a pas été évidente. Lors de la montée, l’un des moteurs du vaisseau s’est arrêté prématurément, au point que SpaceX a un temps envisagé de ne pas poursuivre le test. Après quelques minutes de suspense, les ingénieurs ont finalement donné leur feu vert. Starship a donc pu accélérer jusqu’à près de 28.000 km/h, suffisamment vite pour tomber en permanence vers la Terre en suivant sa courbure, sans jamais l’atteindre.
Cette fois, SpaceX a donc transformé l’essai en réussissant à placer Starship en orbite. Une étape cruciale pour cette fusée conçue pour transporter des astronautes vers la Lune et, à terme, vers Mars. "Ils montrent qu’ils sont capables de placer cette fusée en orbite. C’est une très bonne nouvelle pour les futures missions, notamment pour de futurs voyages vers la Lune", se réjouit l’astrophysicien liégeois.
En fin d’après-midi, la mégafusée Starship d’Elon Musk a amerri avec succès dans l’océan Pacifique, mais bien plus tôt qu’escompté. Cet immense vaisseau a quitté l’orbite terrestre plus tôt que prévu, mais a réussi à déployer des satellites opérationnels dans l’espace et à revenir sur Terre pour finir sa course dans les eaux du Pacifique, un peu plus de trois heures après son décollage.
Mais atteindre l’orbite ne suffit pas. Pour que Starship tienne réellement ses promesses, SpaceX doit encore parvenir à rendre sa fusée entièrement réutilisable. L’objectif est simple sur le papier : récupérer ses deux étages après leur vol pour pouvoir les faire repartir, plutôt que d’en reconstruire de nouveaux à chaque mission.
"Quand vous récupérez une grande partie de la fusée, vous êtes tout de suite beaucoup plus opérationnel et surtout nettement moins cher. […] C’est ça le grand pari d’Elon Musk", résume Emmanuel Jehin.
Et avant Mars, il y aura la Lune. Une version modifiée de Starship doit servir d’alunisseur dans le cadre du programme Artemis de la NASA, c’est-à-dire transporter des astronautes depuis l’orbite lunaire jusqu’à la surface puis les ramener en orbite.
Mais pour y arriver, SpaceX doit encore résoudre un sacré défi : parvenir à ravitailler Starship directement dans l’espace. Le succès de ce 14e vol doit justement ouvrir une nouvelle phase d’essais, durant laquelle SpaceX prévoit notamment de tester ce ravitaillement en orbite. Une opération indispensable pour permettre au vaisseau de poursuivre son voyage au-delà de la Terre.
"C’est un des gros challenges", souligne l’astrophysicien à l’Université de Liège. Quant à Mars, il faudra encore patienter. "Mars, c’est le rêve de Musk. Mais ils n’en sont pas encore là", tempère Emmanuel Jehin.
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