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Wednesday, October 21, 2026

Manifestations à Bruxelles : l'amalgame entre violence et immigration de Theo Francken, "d’une naïveté assez confondante" selon Jean-Michel Lafleur

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Commentant les actes de vandalisme des derniers jours en Belgique, le ministre de la Défense, et ancien secrétaire d'État à l'asile et à la migration sous le gouvernement Michel, a directement fait le lien entre les casseurs et les populations issues de l'immigration. "Je pense qu’il y a une culture de violence, une culture de rue qui est extrêmement agressive. On voit ça à Bruxelles, on voit ça à Liège, on voit ça dans les grandes villes. Ça ne se passe pas à Lubbeek (la commune du Brabant flamand où il officie comme bourgmestre, ndlr.), je peux le dire", a-t-il déclaré.

Des propos qui ont suscité l’indignation de certaines associations et institutions publiques comme l’Unia (l’institution interfédérale de lutte contre la discrimination), pour qui Theo Francken se permet de faire un amalgame xénophobe sans le moindre élément de preuve.

© Belga Images

Taux de criminalité et immigration

Pour Jean-Michel Lafleur, il est en effet important de rappeler qu’aucune donnée statistique n’a encore été recueillie sur les émeutiers des dernières manifestations. Il cite néanmoins des travaux sur des faits similaires qui se sont déroulés en France en 2005. Les chiffres qui en résultaient ne permettaient pas d'établir un lien direct entre immigration et casseurs. "L’étude montre plutôt l’impact de facteurs comme les conditions socio-économiques, la discrimination, les relations avec les institutions et la ségrégation territoriale", relève le directeur du Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations de l’ULiège.

Il rappelle que les personnes issues de l’immigration sont souvent surreprésentées dans les statistiques carcérales ou de criminalité, mais que cette corrélation n’implique pas de causalité : "Ils représentent en général davantage les caractéristiques souvent associées à la criminalité, à savoir qu’ils sont plus souvent des hommes, plus souvent jeunes et plus souvent avec un niveau d’instruction faible". Une observation qui rejoint en partie notre Enquête s'intéressant aux mineurs impliqués dans les récentes dégradations à Liège : ces enfants sombrant dans la délinquance font partie de familles précarisées, pour qui l'attente des mesures d'aide devient trop longue.

Les mineurs sans-papiers abandonnés par l’État belge ?

La régularisation des personnes sans papiers tend d’ailleurs à diminuer le taux de criminalité parmi les populations immigrées. Selon Jean-Michel Lafleur, les mineurs sans papiers à Bruxelles sont notamment souvent victimes d'exploitation : "Une partie des mineurs sans papier est utilisée comme chair à canon par les bandes criminelles à Bruxelles (notamment dans le trafic de drogue, ndlr.), et il n’y a pas de places d’accueil suffisantes pour ces jeunes en centre fermé pour pouvoir démarrer des solutions et les encadrer".

D’autres se retrouvent en situation d’errance ou même soumis à de l’exploitation sexuelle. "Ici, on a une véritable question de politique publique défaillante qui ne répond pas à un problème social important qui est celle de ces mineurs non accompagnés", dénonce-t-il.

Les chiffres de la migration en Belgique

Ces 20 dernières années, la Belgique a connu une augmentation de sa population issue de l'immigration. Selon le chercheur, la population immigrée représentait 12% de la population en 2004, contre 20% aujourd’hui.

Jean-Michel Lafleur souligne également que cette population est extrêmement diverse : "Environ la moitié de ces immigrés sont des ressortissants européens. La construction européenne, la mobilité intra-européenne, donc de citoyens comme des Polonais, des Roumains, mais aussi des Français et des Espagnols, c’est l’un des moteurs principaux de l’immigration vers la Belgique".

Pour lui, le cœur de cette polémique relève davantage de l’œuvre de l’extrême droite, qui souhaite faire de l’immigration un sujet central du débat public, d'ailleurs de plus en plus à l'agenda politique en Europe, mais ne repose sur aucun fondement réel : "Croire que c’est parce qu’on aurait une nationalité ou une culture particulière qu’on serait plus enclin à la violence, me semble aussi d’une naïveté assez confondante".

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette discussion dans le podcast du Monde en direct.

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