Début de mandat hors de l’ordinaire pour Paul St-Pierre Plamondon
Pour le meilleur, diront certains, et pour le pire, diront d’autres, les premiers pas de Paul St-Pierre Plamondon à la tête du gouvernement québécois sortent du lot. Bilan de ses 10 premiers jours à titre de premier ministre.
Bien que porté au pouvoir le 5 octobre, le chef du nouveau gouvernement n’est officiellement entré en fonction que le 21 octobre dernier, après avoir prononcé les deux serments de sa charge de premier ministre. Ce jour-là, les 22 membres du Conseil des ministres ont été assermentés à leur tour. Leur première réunion a suivi quelques heures plus tard. Le surlendemain, leur chef annonçait avoir débloqué 28 millions de dollars pour créer 1000 places supplémentaires en halte chaleur cet hiver.
Une bonne part des ministres du gouvernement St-Pierre Plamondon ont toutefois dû patienter avant de connaître leur chef de cabinet — leur bras droit. La semaine dernière, Martine Tremblay, ancienne directrice de cabinet de René Lévesque, et Pascal Mailhot, ex-directeur de la planification stratégique de François Legault, avaient fait part au Devoir de leur étonnement devant ces délais. Finalement, ce n’est que vendredi que l’identité de ces 22 hauts conseillers politiques a été officiellement rendue publique.
Parmi eux, on peut compter des péquistes de longue date, comme Frédéric Alberro (Développement économique), conseiller en économie pour les premiers ministres Lucien Bouchard et Bernard Landry, ou encore Bruno-Pierre Cyr (Régions), qui revient au gouvernement après avoir été directeur de cabinet adjoint du maire Bruno Marchand (2021-2024).
Avoir représenté la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pas bloqué l’accès aux hautes sphères du nouveau gouvernement. La preuve : la vice-première ministre, Catherine Gentilcore, sera appuyée par un chef de cabinet issu de l’ère caquiste, Alexis L’Écuyer, qui a été conseiller principal de Simon Jolin-Barrette à la Justice. D’autres, comme Valérie Noël-Létourneau (Ressources naturelles) et Simon Berthiaume (Relations internationales), ont également eu des postes à la CAQ.
Candidate conservatrice en 2022, Jacinthe-Eve Arel sera directrice de cabinet du ministre délégué à l’Efficacité gouvernementale. Sa nomination a été dénoncée à hauts cris par certains, vendredi, notamment par Québec solidaire, qui souhaite son annulation.
Des candidats défaits demeurent impliqués
Aspirants députés péquistes lors de la dernière campagne électorale, Claude Villeneuve et Gabriel Coulombe héritent des rôles de chefs de cabinet à la Famille et à l’Éducation nationale.
D’autres candidats n’ayant pas réussi à se faire élire — Pascal Paradis et Alex Boissonneault, plus précisément — ont eu le droit à un autre traitement de la part du premier ministre. Devenu négociateur en chef du Québec, ce premier a représenté le Québec cette semaine au sommet Canada-Union européenne, duquel son premier ministre a choisi de s’absenter.
M. Boissonneault sera quant à lui directeur des communications du gouvernement et porte-parole de Paul St-Pierre Plamondon. À ce titre, il pourra s’exprimer au nom du premier ministre, mais seulement « au besoin », soutient-il. « Ce n’est pas quelque chose de systématique […] non plus », a-t-il affirmé en entrevue avec Le Devoir vendredi. « L’intention, ce n’est pas de faire en sorte que le premier ministre soit moins généreux de sa parole. »
Paul St-Pierre Plamondon continuera d’ailleurs d’utiliser ses réseaux sociaux, Facebook et X en premier lieu, pour communiquer avec la population. « On veut toujours être le plus efficace possible. […] On va s’exprimer de façon authentique, mais on va le faire toujours avec rigueur, puis avec respect », a-t-il assuré.
Rien de surprenant, selon Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval. « On peut faire quand même beaucoup de choses sur Facebook, encore. Il y a un niveau de contrôle qui est parfait pour un acteur politique qui veut cadrer ou recadrer son message. »
Nominations « partisanes »
Jeudi, l’embauche d’Alex Boissonneault a fait sursauter le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, qui a dénoncé une nomination partisane.
En entrevue avec Le Devoir le lendemain matin, sa leader parlementaire, Maïté Blanchette Vézina, s’est aussi étonnée de la nomination de Pierre-Luc Desgagné comme sous-ministre aux Relations internationales. Ce dernier, un ancien directeur de cabinet adjoint de Lucien Bouchard, a presque été candidat pour le Parti québécois aux dernières élections.
Cette décision, qui risque d’« alimenter le cynisme », affirme-t-elle, s’ajoute à un processus d’embauche empreint d’« improvisation », a souligné Mme Blanchette Vézina. « L’entrée en poste des directeurs de cabinet s’est faite très lentement. [Le premier ministre] a passé beaucoup plus de temps à se chicaner, déjà, avec Ottawa. »
À la fin de ces dix jours, Alex Boissonneault estime au contraire que l’entrée en poste de son chef est un succès, notamment sur le plan des relations avec le gouvernement fédéral. « On est en train de construire un rapport de force, le Québec s’affirme, et ça donne le ton. »
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