Comment David Eby a perdu son pari en Colombie-Britannique
Une vague bleue a balayé la Colombie-Britannique, samedi, après la victoire du Parti conservateur de Lorne Doerkson aux élections anticipées de la province. La dernière élection d’un premier ministre conservateur dans la province remontait à 1928. Comment expliquer cette victoire, presque impensable cinq semaines plus tôt ? Le Devoir fait le point avec deux experts.
Au moment où ces lignes étaient écrites, le Parti conservateur avait remporté la victoire ou menait dans 64 des 93 circonscriptions. Les néodémocrates, le parti du premier ministre sortant, David Eby, ont vu leur nombre de députés passer de 47 à 27.
Peu après le dévoilement des résultats, M. Eby a annoncé sa démission de la tête du Nouveau Parti démocratique (NPD), malgré sa victoire dans la circonscription de Vancouver–Point Grey.
« C’est quand même une élection qui a montré des résultats que personne n’attendait », surtout un mois et demi plus tôt, affirme Frédéric Boily, professeur en science politique de l’Université d’Alberta, en entrevue avec Le Devoir.
Pour comprendre ce résultat, il faut d’abord revenir au 22 septembre dernier. C’est ce jour-là que David Eby a déclenché des élections anticipées, deux ans en avance, dans l’espoir d’obtenir un mandat plus fort — puisqu’il avait une faible majorité à l’Assemblée nationale —, particulièrement dans le contexte de la guerre commerciale avec les États-Unis. Son pari s’est finalement retourné contre lui.
« Les justifications pour déclencher cette élection étaient tout à fait faibles », fait valoir M. Boily, qui qualifie cette décision d’« erreur monumentale ». Même son de cloche pour Hamish Telford, professeur associé de science politique à l’Université de la vallée du Fraser, qui y voit « une erreur stratégique aux proportions épiques ».
Pour M. Telford, le calendrier a notamment joué contre le ministre sortant. Deux jours avant le déclenchement des élections, tout juste revenu d’un voyage en Afrique, Lorne Doerkson avait pris la direction par intérim du Parti conservateur, après la démission de Kerry-Lynne Findlay, au terme d’un mandat tumultueux.
« Cela a permis aux conservateurs de revenir au sein du parti et de se rassembler de nouveau sous la direction de Doerkson », note M. Telford.
« Les électeurs étaient prêts pour du changement »
Au-delà de la question du timing, les deux experts estiment que les Britanno-Colombiens voulaient du changement, après neuf années de pouvoir néodémocrate.
Le parti de M. Doerkson a principalement axé sa campagne sur des thèmes comme la réduction du déficit, la sécurité publique ou encore les ressources énergétiques. Mais, selon M. Telford, son programme a peu contribué à leur victoire. « Quand votre adversaire se tire une balle dans le pied, mieux vaut rester à l’écart pour ne pas être touché par des éclats. Les conservateurs se sont donc contentés de rester en retrait et de laisser le NPD échouer », dit-il.
Inconnu de la plupart des électeurs de la Colombie-Britannique jusqu’au 20 septembre, M. Doerkson a également su rallier l’électorat de droite en adoptant « un discours qui apparaît davantage comme étant de centre droit », selon M. Boily, comparativement à ceux de ses prédécesseurs Kerry-Lynne Findlay et John Rustad.
Même si l’élection d’un premier ministre conservateur n’avait pas eu lieu depuis près d’un siècle en Colombie-Britannique, cela ne signifie pas que la droite était absente de la scène politique britanno-colombienne jusqu’ici, soulignent les deux professeurs. M. Telford rappelle notamment les gouvernements issus de l’alliance entre les libéraux et les conservateurs dans les années 1940-1950, ceux du Parti Crédit social, ainsi que les gouvernements libéraux de Gordon Campbell (2001-2011) et de Christy Clark (2011-2017).
Lors des élections générales de 2024, les résultats étaient d’ailleurs déjà serrés entre le NPD, qui avait obtenu 47 sièges à l’Assemblée nationale, et les conservateurs de John Rustad, qui avaient fait élire 44 députés.
« Phénomène mondial »
La victoire des conservateurs en Colombie-Britannique s’inscrit aussi dans « le phénomène mondial » de la montée de la droite et de l’extrême droite, souligne Hamish Telford.
Au Canada, plusieurs provinces sont dirigées par un gouvernement conservateur, notamment l’Alberta, avec Danielle Smith, la Saskatchewan avec Scott Moe, et maintenant la Colombie-Britannique.
Au Québec, les conservateurs ont réalisé une percée historique lors des élections générales du 5 octobre dernier en remportant 19 sièges au Parlement. Frédéric Boily établit d’ailleurs un parallèle entre les conservateurs d’Éric Duhaime et ceux de Lorne Doerkson, en relevant une similitude : « la professionnalisation » des candidats.
« Les partis [conservateurs] doivent apparaître disciplinés et, tant pour les conservateurs du Québec que pour les conservateurs de la Colombie-Britannique, [lors des] élections [de 2022], [ils] apparaissaient beaucoup moins disciplinés », explique le professeur de l’Université d’Alberta. Lors des élections québécoises du 5 octobre 2026, les candidats du Parti conservateur étaient justement « plus disciplinés », note M. Boily : « On évitait jusqu’à un certain point les candidatures trop controversées. »
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