Margarita, une escort girl, soupçonnée d’avoir organisé un attentat meurtrier contre un haut gradé ukrainien qui a rejoint les rangs russes


Une Russe de 32 ans, présentée comme une escort et… biologiste de formation, est accusée d’avoir assassiné un ancien officier ukrainien qui avait rejoint les forces russes après l’annexion de la Crimée. Margarita Reut a été arrêtée à Sébastopol, en Crimée occupée par la Russie, à la suite d’une explosion qui a coûté la vie à Robert Shageev, 49 ans, rapporte notamment le quotidien britannique « The Telegraph ».
L’ancien militaire descendait un escalier lorsqu’une poubelle se trouvant à proximité a explosé. Robert Shageev a été tué sur le coup. D’après des sources russes citées par le quotidien britannique, l’opération aurait été commanditée par Kiev. Cette version des faits n’a cependant pas été confirmée de manière indépendante.
Elle aurait reconnu son implication
Margarita Reut aurait été arrêtée peu après l’explosion. Selon E2W News, un média spécialisé dans l’actualité russe, la trentenaire aurait reconnu son implication dans l’opération. Elle a depuis été placée en détention provisoire et fait l’objet de poursuites pour terrorisme ayant entraîné la mort.
La suspecte n’aurait manifesté aucun remords après son arrestation. Lorsqu’on lui aurait demandé si elle regrettait la mort de l’ancien officier, elle aurait répondu « non », rapporte Mash, une chaîne russe réputée proche des services de sécurité et citée par le « Telegraph ». Elle aurait par ailleurs envisagé de quitter la Russie après l’opération.
Les médias russes assurent que Margarita Reut proposait ses services sur des sites d’escorts. Mais la jeune femme possède également une formation de biologiste et aurait travaillé dans la fabrication de suppositoires vaginaux élaborés à partir d’extraits floraux.
Originaire de Iaroslavl, une ville située à environ 250 kilomètres au nord-est de Moscou, elle aurait aussi vécu à Sotchi et effectué régulièrement des déplacements en Crimée. Les circonstances dans lesquelles elle aurait éventuellement été recrutée par les services de renseignement ukrainiens restent, à ce stade, inconnues.
Une première arrestation en 2025
Margarita Reut avait déjà eu affaire à la justice russe un an auparavant. En juillet 2025, elle se trouvait à bord d’un train reliant Samara à Adler lorsqu’elle avait réagi à l’annonce d’une attaque ukrainienne de drones visant une gare de la région russe de Rostov. Selon le « Telegraph », elle avait alors lancé : « Bien fait pour vous, les Russes ! »
L’incident lui avait valu deux jours de détention pour avoir résisté à son arrestation. Elle avait également été condamnée à une amende équivalant à environ 300 francs pour avoir « discrédité » l’armée russe.
Les accusations auxquelles elle fait désormais face sont nettement plus lourdes. Si elle est reconnue coupable de l’attentat ayant tué Robert Shageev à Sébastopol, Margarita Reut risque jusqu’à 30 ans de prison, selon E2W News.
Il avait remis l’unique sous-marin ukrainien aux Russes
Le profil de Robert Shageev donne une dimension particulière à cette affaire. L’ancien officier était recherché par l’Ukraine pour haute trahison en raison de son passage dans le camp russe. En 2014, au moment de l’annexion de la Crimée par la Russie, Robert Shageev était commandant par intérim du « Zaporijjia », qui constituait alors l’unique sous-marin de la marine ukrainienne.

Au début de l’offensive russe, l’officier avait assuré que son unité résisterait jusqu’au bout. Il avait pourtant fini par remettre le sous-marin aux forces russes, avant de rejoindre lui-même l’armée de Moscou.
Robert Shageev aurait ensuite servi au sein de la flotte russe de la mer Noire. L’Ukraine l’accusait notamment d’avoir participé à l’invasion à grande échelle déclenchée par Moscou en février 2022.

Vladimir Poutine est-il aux abois, suite à l’échec de sa guerre en Ukraine ? Cherche-t-il à sortir du bourbier ukrainien ou, au contraire, pourrait-il mener des actions dans d’autres pays européens, dans une forme de fuite en avant, histoire de sauver sa peau ?
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Dans un long article très documenté, nos confrères de l’Express détaillent des scénarios possibles d’une attaque russe sur l’Europe. Mais est-ce si sûr ? Éclairage avec le professeur Tanguy de Wilde (UC Louvain), spécialiste des conflits internationaux et de la Russie.
Rationalité
« D’une manière générale, je dirais que Poutine est bien occupé avec la guerre en Ukraine, avec un front qui ne bouge plus beaucoup », nous dit Tanguy de Wilde. « Et avec une Ukraine qui réagit. Je ne pense pas qu’il y ait une fuite en avant. Par contre, qu’il y ait des tentatives de déstabilisation ou des menaces hybrides, oui, c’est probable. Par exemple en utilisant des gens ou en les payant pour mener des actions de déstabilisation. Une attaque en règle contre les pays baltes, la Suède ou d’autres ? Il y a encore une forme de rationalité qui n’a pas quitté Poutine. Engager des hommes au casse-pipe, ce serait étonnant. Une attaque frontale contre les pays de l’Otan, c’est très peu probable. On n’a pas affaire à quelqu’un dont la raison a disparu. Et l’option nucléaire, on n’y croit pas trop. » Y compris dans les états-majors des pays de l’Otan.
« Un climat de tension, oui. Un débarquement, c’est peu probable »

> Suède. Il existe une île appelée Gotland au large de la Suède, qui permet un large contrôle de la mer Baltique. Un débarquement russe y est-il possible ? « Ce serait un acte de guerre », répond Tanguy de Wilde. « Qui entraînerait une réaction de l’Otan. » À voir quelle serait la nature de cette réaction… « Vous savez, du temps de la guerre froide, Gotland était déjà très militarisée. En 2019, encore, on évoquait sa situation stratégique. Des drones, des mouvements navals, peut-être que l’on pourrait en voir. Un climat de tension, oui, mais un débarquement de troupes, c’est très peu probable. »
> Pays baltes. Estonie, Lettonie et Lituanie, anciens pays de l’URSS, sont une cible potentielle pour la Russie qui a une frontière commune avec les deux premiers. La Lituanie, elle, en a une avec l’exclave de Kaliningrad, territoire russe coincé entre Lituanie, Pologne et mer Baltique. Une sorte de cheval de Troie dans l’Union européenne. Les pays baltes comptent des minorités russophones. La Russie pourrait faire croire que ces minorités sont menacées ou maltraitées et prendre ce prétexte pour intervenir. Mais pas directement, via des soldats en uniforme mais sans signes distinctifs, comme on l’a vu dans le Donbass, en Ukraine. On les avait surnommés « les petits hommes verts ».
« Depuis l’indépendance des pays baltes », rappelle M. de Wilde, « le statut des minorités russophones est crucial. La Russie jouerait sur cette question pour dire que ces minorités sont maltraitées, ce qui n’est pas le cas. Que ce soit utilisé pour de la propagande, c’est évident. Mais quel que soit le prétexte, s’en prendre à un pays balte entraînerait une réaction de l’Otan. S’il s’agit des petits hommes verts, il n’y aurait pas de réaction de type musclé. Mais une forte inquiétude. On ne dira pas que c’est une agression caractérisée, on analysera l’incident. Et on mettra des troupes en état d’alerte. »
Extension ?
> Biélorussie. Et si la Biélorussie, alliée de Moscou, qui a laissé les troupes russes traverser son territoire pour envahir l’Ukraine, au début de la guerre déclenchée par la Russie en 2022, entrait elle aussi dans le conflit ? Elle obligerait l’Ukraine à déplacer des troupes vers le nord de son territoire, déforçant ainsi le front est et sud-est où se déroulent les combats. Même si les troupes biélorusses n’ont aucune expérience du combat, le flanc est de l’Ukraine pourrait être fragilisé et cela aiderait indirectement les Russes dans le Donbass. « Depuis le début, on en parle », dit Tanguy de Wilde. « Je ne pense pas que la Biélorussie le fera. Loukachenko (le dictateur de la Biélorussie, NDR) n’a pas d’intérêt à le faire. Cela dit, pour l’Otan, ça ne changerait rien a priori, puisque ce n’est pas un pays de l’Otan qui est attaqué. » Ce qui n’empêcherait pas des pays de venir au secours de l’Ukraine. « On va alors intensifier les moyens donnés à l’Ukraine plutôt que d’entrer en cobelligérance », analyse M. de Wilde.
> Pologne. La Pologne, membre de l’Otan, qui est occupée à se doter d’une des premières armées européennes, partage une frontière avec la Biélorussie et une autre avec l’exclave de Kaliningrad. Elle se prépare à tous les scénarios, comme le rappellent les confrères de l’Express, citant le Premier ministre polonais, Donald Tusk. Imaginons un déferlement de drones sur le pays. Qui pourraient s’en prendre à des infrastructures ou, en tout cas, tester les capacités de l’armée polonaise. Et, bien entendu, faire peur aux populations civiles.
« Ça dépend de ce que font les drones », dit le professeur de l’UC Louvain. « Est-ce qu’ils prennent des photos, est-ce qu’ils survolent des zones sensibles, sont-ils armés ? (…) Au-delà de cela et des interdictions de survol, on ne sait jamais, ou difficilement, d’où part le drone et ce que veut le drone. Toutes ces questions doivent être réglées et on est en droit d’abattre ces drones. »
En conclusion, « une fuite en avant de Poutine ne me paraît pas crédible », dit Tanguy de Wilde. « La question est plutôt de savoir comment gérer la situation, comment sortir par le haut, sans humiliation. La Russie ne peut pas gagner, l’Ukraine ne peut pas perdre. » Est-ce que la solution serait que Poutine soit renversé par un coup d’État ? « Il n’y a pas de tradition bonapartiste dans l’armée russe », estime M. de Wilde. « Et l’administration russe est très verticale. Ça aussi me paraît très peu probable. »
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