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Tuesday, October 13, 2026

Non, les frappes de Kiev en Russie n’ont pas démantelé de réseau de bots au Canada

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De nombreuses personnes ont affirmé sur les réseaux sociaux que le nombre de comptes automatisés (bots) propageant de la désinformation a grandement diminué, au Canada comme ailleurs, depuis que l’Ukraine a mené des frappes contre trois centres de données russes au cours des derniers jours.

Or, il n’existe aucune preuve que ce soit le cas, et beaucoup de publications appuyant cette hypothèse contiennent des informations trompeuses.

Soudainement, il est devenu un peu plus facile de respirer sur plusieurs réseaux sociaux. Beaucoup de gens l’ont remarqué. Il y avait moins de haine, moins de division et moins de provocation. C’est parce qu’il y avait moins de bots. Et il est assez clair d’où ces bots provenaient, s’était félicité sur X (nouvelle fenêtre), dimanche, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Les centres de données frappés appartiennent à l’entreprise russe Yandex, qui exploite entre autres un moteur de recherche du même nom. Celui-ci est considéré comme l’équivalent de Google en Russie.

Deux jours après la sortie de Volodymyr Zelensky sur X, son cabinet corrigeait le tir à la BBC et affirmait qu’il faisait référence à l'ambiance qui règne sur les réseaux sociaux et non pas à une diminution de l'activité des bots russes.

Au Canada, plusieurs publications au cours des derniers jours vont dans le même sens : depuis que ces centres de données ont été rendus inactifs, l’atmosphère sur les réseaux sociaux aurait complètement changé.

Un compte canadien sur X a affirmé que plusieurs comptes, dont celui de la première ministre albertaine, Danielle Smith, ont vu leur engagement chuter depuis les frappes. Pour ce faire, il a comparé le nombre de J’aime et de partages sur des tweets publiés par ces comptes. Il a remarqué, par exemple, qu’un tweet de Mme Smith publié le 5 octobre avait été vu 56 000 fois sur X, alors qu’un autre, publié le 11 octobre, n'avait été vu que 16 000 fois.

Les plus importants influenceurs séparatistes ont vu une ÉNORME baisse dans leur engagement depuis que les centres de données russes ont explosé! a-t-il écrit, affirmant à tort que Mme Smith est séparatiste.

Or, il n’est pas inhabituel que le nombre de vues sur les tweets de la première ministre varie. Un autre tweet publié le 7 octobre (nouvelle fenêtre), soit avant les frappes, a lui aussi été vu seulement 14 000 fois. Même chose pour un autre, (nouvelle fenêtre) publié le 29 septembre. D’ailleurs, un de ses tweets, publié le 9 octobre (nouvelle fenêtre), soit après le début des frappes, a été vu plus de 146 000 fois.

L’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM), des universités McGill et de Toronto, a mené une enquête préliminaire pour voir si le phénomène allégué s’est avéré au Canada. Les chercheurs ont analysé l’engagement suscité par les discussions en ligne au cours des trois dernières semaines sur X, tant dans le camp séparatiste que du côté fédéraliste. Ils ont aussi examiné des discussions provenant de comptes affiliés à plusieurs partis politiques, y compris ceux d'élus.

Selon leur analyse préliminaire, il semble n’y avoir eu aucun changement depuis les attaques contre les centres de données russes.

S'il y avait un impact majeur, au cours des cinq derniers jours, ce qu'on aurait vu, c'est qu'il y aurait eu moins d'engagement, moins de soutien pour ces comptes en ligne, ces idées en ligne. Et on ne voit pas ça. Ça n'exclut pas absolument la possibilité qu'il y ait une petite baisse, mais, en général, selon nous, on ne voit pas un grand changement, on ne voit pas une différence entre il y a sept jours et aujourd'hui. On n'a pas de réduction, explique le chercheur de l’OEM Aengus Bridgman.

Le chercheur de l'Observatoire de l'écosystème médiatique Aengus Bridgman.

Le chercheur de l'Observatoire de l'écosystème médiatique Aengus Bridgman

Photo : (Louis-Marie Philidor/CBC)

Selon lui, l’idée que nos opposants politiques soient des bots est très séduisante depuis quelques années.

C'est vraiment quelque chose d'attirant politiquement parce que c'est une explication pratique : ''Pourquoi mes concitoyens ne sont-ils pas d’accord avec mes idées politiques? Ah, mais, c'est parce qu'eux, ils ne sont pas vrais. Eux, ils sont des bots. Eux, ils sont des acteurs qui viennent d'un pays étranger'', illustre-t-il.

Les bots existent en ligne, ajoute M. Bridgman, mais on a tendance à percevoir ses opposants politiques comme des acteurs malveillants et inauthentiques, alors que, souvent, il s’agit de vraies personnes qui se mobilisent en ligne. C’est pourquoi la rumeur sur ces supposés robots russes a fait son chemin au cours des derniers jours.

La désinformation, la mésinformation, ça touche tout le monde. C'est très facile de tomber dans la désinformation, souligne Aengus Bridgman.

Des affirmations semblables ailleurs dans le monde

Le Canada est loin d’être le seul pays où la rumeur a eu une incidence sur les discussions politiques.

Par exemple, l’eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský a partagé un graphique sur son compte X montrant supposément que des comptes liés au parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD) avaient été beaucoup moins actifs au cours des derniers jours.

Si c'est confirmé, ça en dit long : des centres de données russes ont été frappés, et soudainement, l’activité en ligne d'AfD plonge, a-t-il écrit. Il a entre autres demandé que la Commission européenne enquête.

Pourtant, le média allemand Capital a démontré que le graphique en question ne reposait sur rien et avait fort probablement été généré à l’aide de l’intelligence artificielle (nouvelle fenêtre) (IA). La première publication à le contenir comportait d'ailleurs une mention contenu IA sur Instagram, selon le média allemand.

De plus, le tableau semble mesurer le trafic automatisé jusqu’au 13 octobre, alors qu’il a été publié au moins deux jours plus tôt. Aucune source d’information n’est donnée, et le graphique n'indique pas clairement ce qui est mesuré.

Un graphique en particulier a amplement circulé, montrant l’activité de bots recensée par l’entreprise Cloudflare, qui mesure régulièrement le trafic automatisé sur le web. Selon les données de Cloudflare, l’activité automatisée provenant de Yandex s’est effondrée au lendemain des attaques.

Il semble toutefois y avoir une confusion autour du terme bots employé dans ce contexte-ci.

Si Cloudflare fait, dans son blogue, la distinction entre les bots bénins et ceux qui sont malveillants, rien n’indique qu’il enregistre seulement le trafic automatisé malveillant. L’entreprise indique que le trafic de bots qu’elle enregistre désigne tout trafic Internet non humain.

Interrogé par le média britannique The Guardian (nouvelle fenêtre), l’expert en infrastructure Internet Michał « Rysiek » Woźniak explique qu’il ne faut pas mettre tous les bots dans le même panier. La diminution des activités des bots de Yandex pourrait tout simplement représenter un ralentissement des activités des crawlers, qu’on pourrait traduire par moissonneurs. Ces programmes sont lancés sur le web pour explorer différents sites afin de les indexer sur des moteurs de recherche.

Rien à voir, donc, avec les réseaux de bots, soit des comptes automatisés dont l’objectif est de manipuler l’opinion publique sur les réseaux sociaux.

Le Centre de lutte contre la désinformation, affilié au gouvernement ukrainien, a néanmoins affirmé que les frappes ont eu un effet sur la propagation de la désinformation russe.

Des résultats préliminaires indiquent que, malgré le manque de preuves montrant une diminution importante de l’activité provenant de réseau de robots russes, les frappes ukrainiennes ont eu un effet remarquable sur leurs opérations et sur l’efficacité de leur propagation automatisée de contenus malveillants, a fait savoir l’agence dans un communiqué (nouvelle fenêtre) publié mardi.

Sans offrir de preuves, le Centre affirme que des figures mettant en avant des opinions prorusses aux États-Unis et en France ont vu leur engagement diminuer, et que certains sujets artificiellement promus par la Russie ont eu une portée moins importante sur X.

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