Christian Clot : L'éducation est la clé de l'adaptation au changement climatique

Face à des canicules d'une intensité extrême, quand le thermomètre commence à se rapprocher des 50° celsius, les limites physiologiques et surtout cognitive deviennent presque infranchissables. Le corps humain est incapable de supporter durablement des seuils de chaleur aussi élevés.
De ce fait, il faut sortir d'une idée dangereuse qui consiste à penser que si nous ne parvenons pas à atténuer suffisamment l'augmentation des températures, nous trouverons toujours le moyen de vivre avec un climat plus chaud. Ce ne sera pas le cas. Ce qu'il faut faire, c'est préparer les individus à de nouvelles conditions de vie, tout en continuant à réduire les causes du dérèglement. Et dans les deux cas, c'est de l'adaptation, car cela demande obligatoirement des changements comportementaux !
Partir de l'humain
Pour y parvenir, il faut certes accélérer la végétalisation des villes, multiplier les zones de fraîcheur, isoler les logements, climatiser les lieux sensibles, et notamment les écoles et les hôpitaux, mais aussi et surtout faire de la pédagogie. Aucun effort ne sera suffisant si les individus ne comprennent pas les transformations en cours, ne savent pas comment agir et n'ont pas le sentiment de pouvoir conserver une existence désirable.
Et pour bien faire les choses, il faut partir de l'humain. Or, nous procédons trop souvent en sens inverse. Nous concevons d'abord des systèmes avec l'objectif qu'ils soient durables et résilients, puis nous espérons que les individus réussiront à s'y conformer.
Autre problème, nous commettons l'erreur de croire qu'après une canicule, un incendie de grande ampleur ou une catastrophe majeure, il y aura enfin une réaction collective. Cela n'a pas été le cas avec la crise sanitaire de la Covid, ni avec les méga-incendie de Los Angeles et ce ne sera pas davantage le cas avec les chaleurs hors normes de cet été. Après un choc, notre cerveau a généré un trauma qu'il doit «guérir», ce qui prend du temps, et la mémoire a en suite en partie altérer ce que nous avons vécu. Cela veut dire qu'un événement extrême peut provoquer une prise de conscience sans produire une transformation durable.
Apprendre l'adaptation
C'est pourquoi il faut que nous adoptions une autre approche en considérant qu'il faut apprendre l'adaptation. A ce titre, l'éducation est la clé du changement parce qu'elle éclaire le chemin et donne aux individus les moyens d'agir. Pourtant, nous enseignons encore trop peu aux élèves comment appréhender une situation nouvelle, coopérer entre eux et trouver des solutions. Ces compétences devraient être travaillées dès l'école primaire à travers des projets collectifs où les enfants peuvent agir ensemble et assumer une responsabilité commune.
C'est aussi le but du dispositif immersif Climate Sense, conçu par le Human Adaptation Institute, qui permet d'expérimenter physiquement, dans un cadre sécurisé, ce que signifie concrètement vivre à 50° celsius. L'information seule ne suffit pas. Pour changer, nous avons aussi besoin de ressentir et de nous projeter. Et donc d'agir.
Enfin, rappelons que les responsabilités et les leviers à actionner ne peuvent pas être les mêmes pour un citoyen, un dirigeant d'entreprise, une collectivité ou un État. Chacun doit et peut agir à son échelle, en fonction de ses moyens et de ses possibilités. En mettant la barre trop haut, nous créons des situations de blocage.
A terme, l'adaptation dépendra de notre capacité à construire collectivement un projet de société adapté à un climat qui sera radicalement différent, ce qui est nécessaire pour réussir à conserver des conditions de vie désirables.
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