129 élus municipaux ont démissionné en moins d’un an, dont 21 en Chaudière-Appalaches

La région de Chaudière-Appalaches compte 21 départs. Derrière ces nombreuses démissions se cachent un climat de plus en plus difficile et un manque important de ressources, selon des observateurs du monde municipal.
Entre le 2 novembre 2025 et le 9 octobre 2026, le ministère des Affaires municipales comptabilise 129 démissions à travers la province. Les régions de Chaudière-Appalaches, du Bas-Saint-Laurent (22) et de l'Abitibi-Témiscamingue (20) franchissent la vingtaine de départs en moins d'une année.
Le maire de Val-Alain, Daniel Turcotte, a déjà été victime d’insultes dans le passé. Cette petite municipalité de Lotbinière compte à peine plus de 1000 résidents.
Moi, les réseaux sociaux, c’est l’enfer. J’ai été très intimidé sur les réseaux sociaux. J’ai été intimidé verbalement
, raconte M. Turcotte, qui agit également à titre de préfet de la MRC de Lotbinière et de la Table de concertation des élus de Chaudière-Appalaches.

Le maire de Val-Alain, Daniel Turcotte, interpelle le gouvernement pour mieux aider les élus municipaux.
Photo : Radio-Canada / Gabriel Paré-Asatoory
Plus tôt cette semaine, la mairesse de Frampton, Gina Cloutier, a annoncé vouloir quitter son poste, à la suite de menaces et d’intimidation de la part de certains citoyens. Samedi, elle a confirmé à Radio-Canada poursuivre sa réflexion à la suite d'une vague de solidarité. Elle prendra une décision la semaine prochaine sur son avenir à la mairie de sa Municipalité.

Gina Cloutier, mairesse de Frampton.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Je suis vraiment pas surpris. Tous les élus municipaux subissent de l'intimidation toutes les semaines. C’est presque une normalité
, avoue le maire de Val-Alain.
Selon le magistrat, les réseaux sociaux sont en partie responsables du torrent d’insultes que reçoivent les élus des municipalités.
On pense qu’on a le droit de dire ce qu’on veut sur les réseaux sociaux. Souvent, [les gens] semblent oublier que les municipalités sont très très encadrées. On prend des décisions qui ne font pas nécessairement notre bonheur, mais on est obligé de les prendre
, dit-il.
En croissance, note la FQM
Le phénomène ne date pas d’hier, relate le président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers.
Ça fait des années qu'on voit ça.. Il y a eu même une croissance dans les dernières années.
Les citoyens ne doivent pas oublier que dans la majorité des municipalités de plus petite taille, les élus sont forcés d’occuper plus d’un emploi, rappelle Jacques Demers.
Dans la majorité des municipalités, ce n'est pas leur principal revenu. Il y a peut-être une limite aussi à absorber les coups d'un côté et de l'autre
, mentionne celui qui est également Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog.

Le président de la FQM, Jacques Demers, note une augmentation des menaces et de l'intimidation à l'égard des élus. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Une loi est pourtant entrée en vigueur en 2024. Instaurée par la Coalition avenir Québec, elle a pour objectif de mieux protéger les élus. Les citoyens qui menacent et intimident peuvent être sanctionnés d’amendes pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines de dollars.
On pourrait l'appliquer, on pourrait donner des amendes, on pourrait faire affaire avec la police de façon plus importante, mais je trouve tellement que c'est un dernier recours dans nos petites communautés
, se désole M. Demers.
Le président de la FQM souhaite davantage dialoguer avec les citoyens.Ce qu'on souhaite, c'est de trouver la meilleure façon de se parler plutôt que de mettre en application des restrictions tellement sévères
, affirme l'élu.
Manque de ressources
Les élus, mais également les employés des municipalités, sont touchés par la recrudescence des attaques personnelles, observe l’ancien directeur général de la municipalité de Saint-Antoine-de-Tilly, Raphaël Rioux.
Le manque de respect est de plus en plus frappant
, indique-t-il.
Conseillant désormais des municipalités, Raphaël Rioux déplore un manque de ressources, notamment d’aide psychologique.

Raphaël Rioux a été directeur général de Saint-Antoine-de-Tilly et de La Rédemption. Il est aujourd'hui président de la firme de conseil Services Rioux. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jérémie Camirand
Au niveau des ressources, c'est très très limité. La plupart des gens se découragent [...] Les gens vont prioriser la famille, leur santé mentale avant le rôle d'élu
, ajoute M. Rioux.
Il invite les différents paliers de gouvernement à repenser le modèle municipal qui limite les différents acteurs du milieu.
On fait face, en 2026, à un énorme de révision du modèle
, conclut-il.
Avec la collaboration de Philippe L’Heureux, Gabriel Paré-Asatoory et Flavie Villeneuve
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