Berchem-Sainte-Agathe : des riverains se mobilisent contre la création d’un cimetière multiconfessionnel au Hoogveld

Entre la rue Hogenbos et la rue du Bon Pasteur, une vaste prairie, le Hoogveld, sur les hauteurs de Berchem-Sainte-Agathe… Le panorama qu’il propose et la vue sur les tours du centre de Bruxelles sont saisissants. Un site de cinq hectares, une riche diversité, des oiseaux qui piaillent et des riverains qui profitent de ce coin de nature encore préservé pour par exemple y promener leur chien.
Aujourd’hui, beaucoup craignent que "leur" Hoogveld change de visage. La pâture est située sur le territoire de Berchem mais la majeure partie appartient au CPAS de la Ville de Bruxelles. Ville de Bruxelles qui a répondu, comme nous l’expliquions il y a peu, à un appel de la Région bruxelloise et de son ministre des Cultes, Ahmed Laaouej (PS) qui veut augmenter la capacité d’un cimetière multiconfessionnel d’Evere et de ses parcelles musulmanes bientôt saturée.
"C’est un espace magnifique", nous dit Annick, riveraine du Hoogveld depuis 15 ans. "Si on y aménage un cimetière, on va perdre un espace avec sa biodiversité. Il y a des insectes, des oiseaux, des renards…" Pour Ismet, qui réside en face depuis 16 ans avec sa famille, "un cimetière, c’est trop de passages en plus, trop de voitures… Cela ne va pas être agréable si notre rue est constamment bloquée… Je ne comprends pas que ce site censé être protégé puisse faire l’objet d’un projet comme celui-ci."
Tant Annick qu’Ismet ont signé une pétition lancée cette semaine. "Les personnes qui signent proviennent surtout du nord-est de Bruxelles et principalement de Berchem-Sainte-Agathe", nous explique Christel Hendricx, du comité "1082 Nuances de Ver (t) s" qui a lancé la pétition.
Le Hoogveld est un poumon vert qu’il faut préserver
"Le Hoogveld est un poumon vert à haute valeur écologique qu’il faut préserver. C’est un lieu de promenades, de rencontres, de cohésion sociale…", ajoute Christel, maraîchère. "Lorsque j’ai appris l’existence de ce projet, par les réseaux sociaux, j’ai ressenti de la colère. Avec tout le respect qu’on peut avoir pour les défunts, il n’est pas du tout question ici d’opposer deux dynamiques potentielles", insiste Christel. "Le Hoogveld n’est pas le lieu pour ce cimetière. Berchem-Sainte-Agathe est une petite commune. On a déjà trois cimetières sur le territoire communal. La Région bruxelloise a reçu 14 projets à l’issue de son appel à projets pour un total de 16.300 places au total. Ce qu’on dit, c’est qu’il faut quelque chose d’assez équitable et équilibré entre les différentes communes par rapport à leur territoire et leur potentiel d’accueil, pour accueillir évidemment toutes les confessions."
Au sein du même comité, Philippe Carbonez se bat depuis des années pour préserver le caractère unique du Hoogveld. "Le Hoogveld a le statut de zone verte depuis 2001. Elle a été occupée par un fermier avec ses vaches jusqu’en 2018. Ensuite, il y a eu des réunions citoyennes pour savoir ce que ce lieu allait devenir. Plein de projets sont nés avec des maraîchers, des projets d’utilisation du terrain par une école spécialisée pour des activités d’horticulture… Jusqu’à présent, ça a toujours bien fonctionné. La commune a souhaité avoir un accord avec le CPAS de Bruxelles, propriétaire, pour protéger ce statut. Il était prévu que Bruxelles Environnement reprenne la gestion du site dans l’intérêt des citoyens aux alentours. Le Hoogveld doit rester ce qu’il est."
Un cimetière, c’est aussi l’accès en voiture
Selon Philippe Carbonnez, "un cimetière, c’est non seulement le lieu où on dépose les corps, mais c’est aussi l’accès en voiture dans un quartier comme le nôtre entouré de maisons qui se serrent autour du Hoogveld. Cela paraît difficilement imaginable d’accepter toute cette circulation, d’accepter l’aménagement. Et de toute façon, sur cette zone verte, on ne peut rien construire."
Interrogé il y a quelques jours par la RTBF, Christian Lamouline (Les Engagés), le bourgmestre de Berchem, allait dans le sens des riverains du Hoogveld expliquant que "ce qui pose problème c’est qu’une grande partie du terrain est en zone verte. Ce qui signifie que réglementairement parlant, on ne sait pas en faire un cimetière. Il est par ailleurs situé dans une zone essentiellement résidentielle. Des voiries et les places de stationnement ne sont pas adaptées pour la fréquentation d’un cimetière". Notons que le bourgmestre a pour sa part proposé d’aménager 300 places non pas au Hoogveld, mais dans son cimetière communal au bénéfice du cimetière multiconfessionnel.
Les initiateurs de la pétition espèrent en tout cas atteindre rapidement les 1000 signatures avant d’interpeller, dans un premier temps, le conseil communal de Berchem-Sainte-Agathe et ensuite directement le ministre Ahmed Laaouej.
"L’idée sera de rappeler qu’on a l’impression qu’on a mis la charrue avant les bœufs sans déterminer quels seront les réels impacts, aussi au niveau des sols, de la pénétration des eaux", ajoute Christel Hendricx.
Le respect des personnes qui ont le droit d’enterrer leurs défunts à Bruxelles
Quant à Philippe Carbonnez, il rejette toute tentative de récupération des extrêmes dans ce dossier puisqu’il concerne principalement le besoin d’augmenter le nombre de parcelles pour les défunts de confession musulmane. "On ne contrôle pas tout. Mais on veut vraiment insister sur le respect de toutes les personnes qui ont le droit d’enterrer leurs défunts à Bruxelles, puisqu’elles vivent à Bruxelles depuis longtemps. Ce risque de récupération existe mais on ne veut pas du tout lui donner de l’énergie ou des possibilités par le biais de notre interpellation."
Dans une récente vidéo sur les réseaux sociaux, l’échevin des Cultes de la Ville de Bruxelles, Khalid Zian (PS), se réjouissait de pouvoir présenter ce projet de cimetière au Hoogveld, les demandes d’inhumation ne cessant d’augmenter. "Nous étions dans l’obligation de donner une réponse concrète", expliquait le mandataire ajoutant que le cimetière du Hoogveld, s’il se concrétise, répondra aux besoins d’inhumation "pendant au moins 15 ans".
"Les 14 dossiers déposés témoignent de l’ampleur de cet enjeu", indique pour sa part le ministre Ahmed Laaouej. "C’est sur cette base solide que le gouvernement bruxellois va maintenant pouvoir travailler d’ici la fin de l’année, avec l’ambition partagée de donner aux communes les moyens de répondre à l’échéance légale de 2029."
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