Riad Yassin Abdallah, ambassadeur du Yémen en France: «Nous pouvons vaincre les Houthis»

Riad Yassin Abdallah est l’ambassadeur du Yémen en France, ancien ministre des Affaires étrangères (2015) et ministre de la Santé (2014-2015). Il revient sur la contre-offensive lancée par les troupes gouvernementales contre les rebelles houthis : les premiers résultats après cinq jours de combats et les objectifs.
RFI : Le gouvernement a lancé cette semaine une contre-offensive après avoir perdu du terrain face aux rebelles houthis ces dernières semaines. Quelles sont les nouvelles du front que vous avez ?
Riad Yassin Abdallah : Oui. Comme vous pouvez le constater, la situation dans mon pays est très grave actuellement. Et pourtant, nous faisons tout notre possible pour vaincre les milices houthies, qui ont attaqué début septembre la ville de Mocha et la côte de Bab el-Mandeb. Comme vous le savez, la milice houthie utilise toutes sortes d'armes, y compris des missiles. Elle ne tient aucun compte des civils ni des infrastructures. Son seul objectif est de semer la destruction. Bien sûr, elle a lancé son offensive en coordination avec le régime iranien afin de déstabiliser la région et de mettre le détroit de Bab el-Mandeb dans une situation critique.
Le détroit de Bab el-Mandeb, c’est l’un des lieux où se concentrent aujourd’hui les combats. Il a donc été pris par les Houthis le mois dernier. C’est l’un des objectifs de cette contre-offensive. Qui le contrôle aujourd’hui ?
Aujourd’hui, nos forces combinées, qui ont lancé leur contre-offensive il y a quelques jours, contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb [les forces gouvernementales ont progressé mais le contrôle est toujours disputé, NDLR]. Nous contrôlons également l'île de Perim. Cette île revêt une importance capitale, car elle se trouve au milieu du détroit. Nous contrôlons donc désormais Bab el-Mandeb, et nous faisons actuellement de notre mieux pour progresser vers d'autres zones, depuis le détroit de Bab el-Mandeb jusqu'à Hodeïda. Bien sûr, des combats se poursuivent aux alentours de Taïz. Je pense que nous arrivons à un stade où nous allons réellement vaincre les Houthis, du moins dans cette région.
Dans la partie sud du pays ?
Oui, dans le sud du pays.
Vous évoquez des avancées des troupes gouvernementales. Lorsque les Houthis ont lancé leur offensive en septembre, elles ont tout d’abord reculé. Malgré le soutien de l’Arabie saoudite. Et alors même que la tension montait depuis deux mois. Est-ce le signe qu’il y a une coordination difficile entre toutes les unités qui composent les forces loyales au gouvernement ?
Oui, bien sûr, il y a toujours eu des difficultés dans des situations comme celle du Yémen, où l'on trouve différentes parties et différentes forces en présence. Mais que s'est-il passé aujourd'hui ? Nous avons officiellement lancé ce que l'on appelle « l'aube du Yémen » ou « l'avènement du peuple yéménite ». Et nous nous unissons autour d'un seul objectif : vaincre la milice et mettre un terme à son expansion.
Votre objectif, celui du gouvernement aujourd'hui, c'est de reconquérir l'ensemble du pays, de vaincre les Houthis sur l’ensemble du territoire ? Pas de revenir aux lignes qui avaient été celles du cessez-le-feu ces quatre dernières années ?
Oui, oui, notre but, notre objectif est de vaincre les Houthis et de mettre en œuvre notre plan visant à avancer jusqu’à la capitale, Sanaa, qu’ils contrôlent. Nous avons commencé à ouvrir plusieurs fronts, notamment à Al-Bayda, à Marib et dans d’autres régions du Yémen, où nous pouvons vaincre les Houthis. Je pense que le moment est venu de mettre fin au contrôle exercé par cette milice sur le Yémen.
Un point encore sur cette situation militaire. L’Arabie saoudite et le gouvernement yéménite, le président yéménite ont appelé Donald Trump à s’engager à leurs côtés dans cette bataille contre les Houthis. Les États-Unis pour l’instant ne souhaitent pas s’engager dans cette bataille. Est-ce que vous pouvez avancer sans le soutien des États-Unis ?
Oui, je pense sincèrement que les seuls qui se sont battus et les seuls qui se battront, ce sont les Yéménites. Et nous sommes capables de libérer notre pays des milices houthies. Ce dont nous avons réellement besoin de la part de la communauté internationale, y compris des États-Unis et d’autres pays européens, c’est, outre un soutien politique, qu’elle adopte une position ferme à l’égard du régime iranien qui soutient les milices houthies. Qu’elle soutienne notre gouvernement et notre peuple par tous les moyens à sa disposition. Je pense que ce soutien nous aidera à persévérer. Cela prendra peut-être plus de temps si nous ne bénéficions pas d’une intervention directe des États-Unis ou d’autres pays. Mais au bout du compte, nous sortirons victorieux et nous atteindrons nos objectifs. Lorsque nous demandons à la communauté internationale de nous soutenir, nous ne lui demandons pas de venir se battre à notre place.
La coalition internationale, qui soutenait le gouvernement yéménite, aujourd'hui se résume principalement à l'Arabie saoudite. Il n'y a pas un sentiment de solitude de la part des autorités internationalement reconnues ?
Nous constatons de nombreux changements sur la scène politique, notamment au Moyen-Orient. Bien sûr, l’alliance plus large que nous avions envisagée lors de son lancement en 2015 nous fait quelque peu défaut. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous ne puissions pas surmonter ces défis et ces difficultés. Nous pensons aujourd’hui que, quoi qu’il arrive, nous commençons peu à peu à faire face aux difficultés et aux défis qui se sont présentés ces dernières années.
Un point sur la situation humanitaire aussi au Yémen. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacés par ces nouveaux combats. Les besoins humanitaires ne cessent de se renforcer au Yémen. La population yéménite a-t-elle quelques raisons d’espérer, de croire en un avenir meilleur ?
Les Yéménites font preuve d’une grande résilience et ont su s’en sortir, surtout au cours des dix dernières années, alors que nous nous efforçons de survivre et de retrouver une vie normale. Malheureusement, ce sont les milices houthistes qui se livrent à toutes sortes d’actes de destruction. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation humanitaire très grave. Comme vous le savez, certains réfugiés se sont rendus en bateau à Djibouti. Ils sont environ 4 000. Nous comptons plus de 200 000 personnes déplacées de leurs foyers, qui s’ajoutent à celles que nous comptions déjà auparavant. C'est désormais le sud du Yémen, notamment Aden et d'autres localités, qui supporte l'essentiel du fardeau. Bien sûr, nous avons besoin du soutien de tous : de la communauté internationale, des ONG et de tous nos voisins en cette période difficile. Et je pense que si l'aide humanitaire ne s'intensifie pas dans les mois à venir, la situation va malheureusement s'aggraver et devenir encore plus difficile pour tout le monde. C'est donc, selon moi, le moment de lancer un appel à chacun pour qu'il se mobilise et soutienne notre peuple.
À lire aussiDIRECT - Yémen: pourquoi le conflit s'embrase-t-il à nouveau?
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.