ESPNMLB eyes shorter regular season, expanding Division Series to best-of-7RTP DesportoMundial 2027: Francisco Neto pede Portugal fiel à identidade em LarneInquirerHeavy afternoon rains flood parts of KoronadalESPN DeportesDemandan a Jeanie Buss por venta de LakersDaily MaverickJOBURG FIRE: Mayfair family lose home in blaze as overcrowding, illegal connections fuel fire riskThe Jerusalem PostUK counterterror police arrest two Latvian men under National Security Act for RAF base incursionTechCrunchWatch the trailer for ‘The Altruists,’ Netflix’s show about the FTX scandalBusiness AMAI-bedrijf achter Manus haalt meer dan 500 miljoen dollar op na afgeblazen Meta-dealZDF heuteAktuelle Pressemitteilungen des ZDFGlobal NewsHamilton rocked by 2 suspected home explosions, 3 people hospitalizedThe Hollywood ReporterJennifer Coolidge Is Back as Karen for ‘The Watcher’ Season 2BillboardMariska Hargitay Praises Taylor Swift’s Acting — and ‘Best Cookies’ — on Emmys ‘SVU’ Set
The Daily Newsstand · Free, Always
Thursday, October 8, 2026

"Gaza est devenu un peu le trou noir de notre conscience internationale", insiste l'historien Jean-Pierre Filiu

Translate

Après Un historien à Gaza, vous revoici avec L’étrange aveuglement. Comment les grandes puissances fabriquent un monde sans droit, publié aux éditions Les Arènes. Nous sommes le 7 octobre, aujourd’hui, trois ans après la journée la plus meurtrière de l’histoire d’Israël. Question posée à l’historien que vous êtes : quelle est la coupure que cette date du 7 octobre 2023 opère sur la ligne du temps, Jean-Pierre Filiu ?

C’est une coupure toujours sanglante, toujours ouverte, on le voit aussi bien au Moyen-Orient qu’avec les répercussions dans le monde entier, mais c’est surtout un basculement avec la conviction pour les deux peuples, israélien et palestinien, que leur existence même est en jeu, d’où actuellement, toujours en cours, une guerre d’anéantissement de Gaza.

Si vous n’en êtes toujours pas revenu de Gaza, c’est d’abord parce que l’horreur vous rattrape encore tous les jours ?

Oui, elle me hante. Elle me hante parce que j’ai la conviction que Gaza est devenu un peu le trou noir de notre conscience internationale. Et il a suffi d’un cessez-le-feu en trompe-l’œil il y a un an, proclamé, claironné par Donald Trump, pour qu’on se désintéresse d’une zone où deux millions de femmes, d’hommes et d’enfants continuent de survivre dans des conditions extrêmes. Mais c’est aussi un triste troisième anniversaire pour la presse internationale, vu que ça fait maintenant trois ans en continu que cette presse internationale est interdite de Gaza. Elle ne peut donc pas rendre compte directement de l’horreur qui se déroule là-bas. Je rappelle que la moyenne quotidienne est de quatre tués par jour, dont un enfant, depuis un an de soi-disant cessez-le-feu.

Cela a quelles conséquences, cette non-présence de la presse internationale à Gaza ? Qu’est-ce que cela fabrique ?

Ça fabrique une réalité parallèle. Cela fabrique le fait que quand on parle de Gaza, ici, en Europe, à Bruxelles, à Paris, généralement on parle de soi, de ses engagements, de ses obsessions, et on a perdu le sens de cette réalité. Pour m’y être immergé pendant plus d’un mois, j’ai toujours du mal à trouver les mots tellement on a sombré dans le déni de toute forme d’humanité. Et donc c’est cette déréalisation de l’horreur qui engendre ce que j’appelle des pathologies de l’impuissance, comme on n’arrive plus à avoir le moindre impact, même les États, même l’Union européenne, sur ce qui se passe à Gaza.

Vous dites d’ailleurs que c’est la seule véritable victoire de Benyamin Netanyahou.

Quelle autre victoire peut-il revendiquer ? Aujourd’hui même, il y avait des manifestations devant le Parlement israélien pour mettre en cause sa gestion, ou plutôt son absence de gestion, le 7 octobre 2023, où il a laissé littéralement la sécurité et la défense d’Israël s’effondrer. Donc il a remporté une victoire médiatique. D’ailleurs, il considère cela comme le huitième front, la bataille de l’information, le huitième front, après les sept autres qu’il a ouverts à Gaza, en Cisjordanie, en Syrie, au Liban, en Iran, en Irak et au Yémen.

Je tente même un parallèle dans mon livre entre cette génération Gaza et la génération qui est la mienne et qui est scandalisée par l’incapacité des pouvoirs pourtant démocratiquement élus à enrayer le dérèglement climatique.

On ne voit pas ce qui se passe à Gaza. Pourtant, la Palestine et Gaza sont assez visibles dans toute une série d’endroits aujourd’hui, et notamment les manifestations des jeunes. Il y a les lycéens, les élèves qui manifestent en France et en Belgique pour le moment. Mais dans toute une série de manifestations de la "Génération Z" aux quatre coins du monde ces derniers mois, on a pu se rendre compte qu’il y avait quasi systématiquement soit des drapeaux palestiniens, soit des foulards palestiniens, des keffiehs. Et ça, c’est quand même sans doute le signe de quelque chose.

C’est surtout le signe d’une profonde incompréhension de ce que j’appelle la 'génération Gaza', face à la génération plus âgée comme la mienne, mais surtout face aux dirigeants : Qu’avez-vous fait pour empêcher cette horreur ? Quels sont les gestes concrets que vous avez pris ? Je rappelle que l’ensemble des membres de l’Union européenne n’ont accueilli que quelques centaines de blessés et de malades de Gaza. Je parle de blessés et de malades, dont certains risquent de mourir s’ils ne sont pas évacués d’une enclave palestinienne où le système de santé s’est totalement effondré. Donc même d’un pur point de vue humanitaire, sans parler du moindre courage politique, on n’a pas fait le strict minimum. Et je tente même un parallèle dans mon livre entre cette génération Gaza et la génération qui est la mienne et qui est scandalisée par l’incapacité des pouvoirs pourtant démocratiquement élus à enrayer le dérèglement climatique. On est dans une vraie crise du politique. Les monstres qui actuellement prolifèrent dans Gaza, ils sont en train de se répandre sur toute la planète. Ce déni d’humanité, ce piétinement du droit, ça ne peut pas rester éternellement contenu au Moyen-Orient. Et il est tout à fait normal que la génération la plus jeune, celle qui a un avenir le plus long sur cette planète, s’en inquiète beaucoup plus que les autres.

Vous dites d’ailleurs que cette jeunesse, elle ne s’en remettra jamais d’avoir vécu en direct ces deux années d’anéantissement de Gaza. Cela veut dire que ça peut fabriquer quoi ?

Ça fabrique surtout ce ressentiment à l’égard des décideurs, des personnes en position de responsabilité. Et ça fabrique une incompréhension, parce qu’il y a une distorsion entre les valeurs qui sont enseignées, qui sont respectées, qui sont mises en avant, et la réalité. Et la réalité, en tout cas au niveau européen, ce n’est rien. Et j’ai vu à Gaza que l’Europe n’y existe pas. Cela veut dire qu’une crise qui est probablement une des plus importantes dans la définition du monde où on vit, et je ne parle pas seulement du nombre de victimes qui est juste effarant, mais des valeurs, ou plutôt de la décomposition des valeurs que ça signifie, sur cette crise-là, que l’Europe a abdiqué. Elle a abdiqué toute possibilité de faire pression et d’exister. Et ça, l’Europe en paie d’ores et déjà le prix dans nos sociétés, mais il est évident, et ça, c’est le lien que j’essaie à chaque fois de faire dans le livre, que ça affaiblit l’Ukraine. En abandonnant Gaza, l’Europe a plus ou moins consciemment affaibli la résistance ukrainienne, donc fragilisé la sécurité de l’ensemble du continent.

Le destin de l’Europe est lié à Gaza ?

J’avais écrit dès le 31 décembre 2023 dans Le Monde que l’avenir de l’Europe se jouerait en 2024 à Gaza. Pourquoi ? Parce qu’à l’époque, Trump n’était pas revenu à la Maison-Blanche. Et on voit à quel point ça a été calamiteux pour l’ensemble des Européens et pour la construction européenne. Or, Netanyahou en Israël, mais aussi Poutine au Kremlin, ont tout fait pendant cette année 2024 pour favoriser le retour de leur président de cœur à la Maison-Blanche. Et on y est depuis maintenant un an et neuf mois, on voit les dégâts terribles, et on voit comment Gaza a servi littéralement de vitrine à Trump pour mettre en œuvre sa démolition du droit international. Et au lieu de s’y opposer pied à pied, qu’est-ce qu’on a vu ? On a vu les dirigeants européens se presser en Égypte, il y a un an, quand Trump annonçait son plan de paix pour Gaza, et littéralement prêter allégeance, et ensuite aller voter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, qui prenait pour base ce plan dont je dis volontiers à mes étudiants que s’ils me présentent un texte aussi médiocre, ils n’auront assurément pas la moyenne.

Mais qu’aurait-on pu attendre de l’Europe ?

Déjà, le titre de mon livre, c’est L’étrange aveuglement. Que l’Europe au moins ouvre les yeux. Oui, le Moyen-Orient est stratégique pour la stabilité extérieure et intérieure de l’Europe. Non, l’Europe ne peut pas se permettre, pour sa sécurité, sa prospérité et son avenir, de ne pas exister au Moyen-Orient. Et non seulement elle n’y existe pas, mais elle s’y couche, littéralement. Elle ne défend pas le moindre des principes qu’elle est censée incarner. Donc le deux poids deux mesures, c’était déjà affligeant entre l’Ukraine et Gaza. On est passé à la schizophrénie quand les mêmes mots désignent des choses différentes, quand les crimes sont commis en Ukraine et à Gaza, et maintenant on voit bien qu’on est dans l’hémiplégie. Il y a une partie du corps européen qui est toujours active en Ukraine, qui s’est condamnée à l’impuissance au Moyen-Orient, et malheureusement, ça peut être encore plus grave. Et au lieu de ça, on continue à dire les Etats-Unis vont s’en occuper, on va jouer les utilités ici ou là, on va envoyer un peu de sac de riz, si on est très volontaire, on va parachuter de l’aide, mais c’est n’importe quoi. Il faut une fois pour toutes qu’on comprenne que c’est notre avenir qui est en jeu à Gaza, entre Israël et la Palestine, et au Moyen-Orient en général, tout autant qu’en Ukraine. C’est tout aussi vital en termes de sécurité et de stabilité.

Vous parliez il y a un instant de Donald Trump et du peu de cas, on peut le dire, qu’il fait du droit international. Mais dans l’étrange aveuglement, vous identifiez d’autres renoncements qui ont mené à l’effritement du droit international et vous pointez notamment deux lignes rouges qui ont été fixées par deux autres présidents américains, démocrates. Est-ce que vous pouvez nous parler succinctement de ces deux lignes rouges ?

Pendant l’été 2013 avec Obama. Ligne rouge sur l’emploi des armes chimiques par Bachar al-Assad, la ligne est franchie, Obama ne fait rien. Résultat, Poutine quelques mois plus tard, envahit la Crimée et lance la guerre hybride dans le Donbass. Et on a la crise des réfugiés en 2015 qui va profondément affecter l’Europe et favoriser la montée des populismes partout sur fond d’attentats djihadistes. Donc franchissement de lignes rouges et l’Europe en paie le prix fort. Est-ce que l’Europe en tire des leçons ? Est-ce que l’Europe a une politique au Moyen-Orient ? Non. 2024, c’est à Rafah. Moi, j’ai vu littéralement Rafah au sud de la bande de Gaza se faire démolir jour après jour. Et là, c’est Biden qui dit à Netanyahou qu’il ne faut pas s’emparer de Rafah parce qu’à ce moment-là, l’étau sera total sur l’enclave palestinienne et on passera dans un stade de catastrophe humanitaire pratiquement inévitable. Netanyahou passe outre. Biden, là aussi, se couche et l’Europe ne fait rien. Et évidemment, on voit que depuis ces trois ans de guerre de Gaza, l’impact de cette guerre sans fin, de cette guerre atroce, est terrible dans nos sociétés. On voit la difficulté à avoir un débat digne de ce nom sur ce sujet. On voit comment, au niveau politique, il y a une paralysie acceptée ou imposée. Et ça, cela génère ces pathologies de l’impuissance et, inévitablement, des poussées aux extrêmes qui sont tout aussi impuissantes que les autres, mais qui font qu’il y a cette réaction de défis, d’abandon, qui se propage et qui parasite nos sociétés au plus profond.

"Je ne suis toujours pas revenu de Gaza, mais je suis bel et bien retourné en Syrie". C’est par ces mots que s’ouvre la dernière partie, le dernier chapitre de votre livre. Est-ce que vous y avez vu un peu d’espoir en retournant en Syrie 

Oui, et je vous remercie de me donner la possibilité de clore cet entretien sur une note plus positive. Je ne croyais plus à la chute de Bachar al-Assad dans l’immédiat. Ça a été une surprise. Ce sont des forces islamistes menées par un ancien membre d’Al-Qaïda qui l’ont emporté. Mais je suis retourné en Syrie. Je me suis immergé avec des jeunes révolutionnaires qui avaient échappé aussi bien à la répression de Bachar Al-Assad qu’à la traque des djihadistes. Et là, j’ai retrouvé ce que c’est qu’une société vivante, qu’une société qui s’exprime. Les défis sont monumentaux, la reconstruction ne fait que commencer, mais la liberté de parole, la vitalité de la société civile, la possibilité de critiquer ouvertement le pouvoir en place, ça, ça n’a pas de prix. Donc j’ai vu qu’effectivement, du plus profond d’une telle tragédie pouvait renaître l’espoir. Et c’est sur cette note-là que je clos mon livre, en disant qu’en regardant en face, plutôt que de persévérer dans notre étrange aveuglement, en regardant en face ces jeunes, ces femmes, ces hommes, en retrouvant le lien de notre humanité commune, et bien à ce moment-là, tout est de nouveau possible, au Moyen-Orient comme en Europe.

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette interview dans le podcast du Monde en direct.

View the original on RTBF Info →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.