Existe-t-il un péché écologique?
C’est un moment très attendu par de nombreux chrétiens en France. La venue du pape Léon XIV du 25 au 28 septembre. Et à cette occasion, nous nous intéressons aux liens entre environnement et foi catholique avec cette question : existe-t-il un péché écologique ?
Cette question a été posée par le défunt pape François en 2022. Il a donc demandé à la Commission théologique internationale (CTI) de se pencher sur le sujet. Et le 2 septembre dernier, cette commission a publié un document intitulé Prendre soin de notre Maison commune : une réponse responsable et fraternelle au Dieu trinitaire.
Dans ce texte, la CIT apporte une réponse à cette question. Plutôt que d’utiliser les termes de péché écologique ou d’écocide, qui n’expriment pas suffisamment la dimension théologique, selon elle, la commission propose d’utiliser l’expression « péché contre la création et contre le Créateur » : détruire l’environnement est donc bien un péché pour l’Église.
« On est toujours un peu récalcitrant à parler de péché, parce que cela rappelle une époque où il y avait une dimension de peur liée au péché, je vais brûler en enfer si je fais ci ou ça, explique Laura Morosini, directrice Europe du mouvement Laudato si', dont l’objectif est de sensibiliser à l’écologie. Mais la question de savoir ce qui est bien ou mal, c’est une question fondamentale. On cherche quand même à savoir si je suis dans une vie bonne, ou si ce que je suis en train de construire, non seulement va se démolir mais va rendre la vie de mes descendants ou d’autres personnes plus pénible », affirme-t-elle.
Rejet d'anciennes conceptions écologistes chrétiennes
Le document publié par la Commission théologique internationale rejette d’anciennes conceptions écologistes chrétiennes, comme l’anthropocentrisme prédateur et le biocentrisme. L’anthropocentrisme prédateur, c’est de considérer l’Homme comme le maître absolu de la création. Croire qu’il peut se servir de la nature à sa guise, comme si les ressources naturelles étaient intarissables.
Pour feu le pape François, c’est cette notion qui a abouti à la crise écologique. Et le biocentrisme, c’est de considérer que tous les êtres vivants sont égaux. Cette notion n’est plus d’actualité. Laura Morosini : « On ne dit pas qu’un ver de terre et un être humain, c’est la même chose, mais on dit que le rôle de l’être humain, c’est d’être le gardien de la création. Et ça, c’est dans le livre de la Genèse. »
Religion catholique et biodiversité : un rapport ancien
Le lien entre la foi catholique et la Nature n'est pas nouveau, mais il a pris une place prépondérante avec le pape François qui avait une grande conscience écologique. C’est lui qui est à l’origine de l’encyclique du Laudato si' de mai 2015, sur la sauvegarde de la maison commune. L’encyclique, c’est une lettre solennelle envoyée par le pape aux évêques du monde entier et donc à tous les fidèles, pour insister sur la nécessité de préserver la nature. Et Laudato si', signifie « Loué sois-tu » en italien médiéval. C’est un hommage à un texte de saint François d’Assise, considéré comme l’un des premiers saints écologistes au XII-XIIIème siècle.
« Sainte Hildegarde de Bingen est avec François d’Assise une des grandes saintes, qu’on associe à la question écologique, une sainte allemande du XIIIe siècle, dit Laura Morosini. Elle dit, et c’était fréquent à l’époque, que Dieu se manifeste par deux moyens. L’un, c’est la Bible, le texte, et l’autre c’est la Création. »
La création, la Nature serait donc symboliquement l’égale de la Bible selon Hildegarde de Bingen. De quoi faire méditer certains puissants de ce monde qui se revendiquent chrétiens tout en détruisant l’environnement.
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