Meurtre de Patricia Ferguson | « Il a continué à profiter de la vie, à la manière d’un prédateur »

Un peu plus de trente ans après le meurtre de Patricia Ferguson, sa fille connaîtra bientôt la peine qui sera réservée à Serge Audette, le meurtrier de sa mère. La décision concernant le sort du tueur de 72 ans, reconnu coupable d’homicide involontaire de la jeune mère monoparentale en mai dernier, sera rendue le 2 décembre.
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Quelques instants après le début des observations sur la peine, Sabrina Ferguson, la fille de la victime, a livré un témoignage poignant vendredi matin devant le juge Denis Galiatsatos, au palais de justice de Montréal.
En larmes, la jeune femme, qui n’avait que 11 mois lorsque sa mère a disparu, a affirmé que toute son enfance et son adolescence, elle a cru que sa mère l’avait abandonnée. « Je me sentais coupable, car si elle m’a abandonnée, c’est à cause de moi. »
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Serge Audette
« Je disais que j’étais adoptée », a avoué Sabrina Ferguson, qui a été élevée en Gaspésie, une fois prise en charge par des proches.
Toute son enfance, elle a vécu dans un monde où elle pensait qu’il était facile de se faire abandonner. De là, « s’est construit le sentiment de devoir plaire à tout le monde sans nécessairement me respecter », explique-t-elle.
Issue d’une famille monoparentale, Sabrina a aussi été privée de la possibilité de connaître la vérité sur son père biologique. Sans moyen de pouvoir demander à sa mère qui était son géniteur, elle vit dans l’ignorance, encore à ce jour. « Personne ne devrait avoir à grandir comme cela et à se questionner constamment. »
Toutes ces choses ont forgé en moi un dégoût pour elle, qui n’aurait jamais eu lieu d’être.
Prison à vie ?
Le procureur de la Couronne, Me Pierre-Olivier Bolduc, qui demande une peine de prison à vie, a justifié que le comportement de Serge Audette dans les décennies qui ont suivi le meurtre démontre qu’il n’y a pas eu de preuve de réhabilitation.
Il a continué à profiter de la vie, à la manière d’un prédateur
Trois ans après le meurtre, la Cour du Québec lui a collé l’étiquette de « délinquant dangereux », pour avoir agressé sexuellement trois femmes.
Le soir du 6 juin 1996, Audette et Patricia Ferguson passent la soirée au domicile de Serge, dans l’est de Montréal. Ils sont seuls tous les deux, puisque Mme Ferguson a confié son bébé à la voisine d’Audette.
Ensemble, ils consomment de la cocaïne. Puis elle disparaît, sans jamais laisser de trace, mis à part une note manuscrite sur la porte le lendemain indiquant à la voisine qu’elle est partie manger avec sa sœur. Selon le juge, c’est Audette lui-même qui a écrit le message, histoire de brouiller les pistes de la police.
Il a aussi demandé à la voisine de taire son nom aux policiers pour ne pas être impliqué dans l’affaire.
Sans corps ni preuve de violences, le cas Patricia Ferguson a été considéré pendant des décennies par les autorités comme une disparition. Le documentaire L’appartement 5 de la journaliste Marie-Christine Bergeron, diffusé sur la plateforme Crave, avait cependant relancé l’enquête policière en 2022, lorsque Serge Audette avouait avoir passé la soirée avec la victime.
Lors du procès, un témoin clé de la Couronne avait dénoncé le tueur, après qu’il est passé aux aveux en prison en 2022. Serge Audette lui avait confié que la soirée du meurtre avait « mal fini » et que les policiers n’avaient pas de preuves pouvant l’incriminer. Un échange de drogue contre des faveurs sexuelles avec la jeune mère de 23 ans était prévu cette soirée-là. « Ils ne la retrouveront jamais », avait-il répété à T. T.
« Ça explique nécessairement que lui le sait », a déclaré Me Bolduc lors de son plaidoyer.
Le corps de la femme de 23 ans n’a, à ce jour, jamais été retrouvé.
« J’invite la cour à ne pas le faire bénéficier du temps qu’il a volé à la justice », a conclu Me Bolduc.
L’avocate de la défense, Me Kristina Markovic, demande une peine de 14 ans.
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