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Saturday, September 26, 2026

Pierre de Maere : « Ma plus grande phobie, c’est de provoquer l’ennui »

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Tess Meurice

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Votre album donne l’impression d’ouvrir votre journal intime, comme à l’écoute du titre « Mon paradis » qui évoque votre coming out, à l’âge de 18 ans.

Il est vrai que ce disque est moins métaphorique que le précédent. Pour la première fois, je parle de choses que j’ai réellement vécues. Mon coming-out a été une véritable libération. Je l’ai annoncé à ma mère en voiture, alors que nous roulions sur l’autoroute pour nous rendre à un spectacle. On aurait pu avoir un accident et mourir ensemble ! Heureusement, elle l’a pris avec beaucoup de calme et de bienveillance. Elle avait beaucoup d’amis gays, alors je n’avais pas vraiment peur de sa réaction. Mon père l’a également très bien accepté et m’a dit que cela ne changeait absolument rien. J’ai eu l’impression de renaître à 18 ans.

Pourquoi ce besoin d’être plus direct dans vos textes ? Pensez-vous que le public a parfois eu du mal à vous cerner ?

Oui. Dans ma musique comme dans la façon dont je m’habillais, c’était parfois un peu too much. Ma priorité était d’être beau à tout prix. J’étais trop focalisé sur l’image que je renvoyais, car j’avais peur que ma musique ne soit pas assez pertinente. Alors, j’en faisais des caisses. Ça a forcément créé une certaine distance avec les gens. Je n’ai plus envie d’entretenir une telle relation aujourd’hui. J’ai désormais besoin d’être compris et que l’on perçoive enfin la profondeur et le relief de mes textes. L’image reste importante, surtout quand on fait ce métier, mais je préfère aujourd’hui m’entourer d’amis créateurs qui vont me confectionner des vêtements cohérents avec le propos de mon album plutôt que de faire appel à de grandes maisons de luxe. Cela dit, la meilleure façon d’apprendre à me connaître, c’est de venir me voir en concert !

Avez-vous eu une adolescence heureuse ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir été un adolescent. Je suis devenu adulte beaucoup trop vite. Plus jeune, j’étais passionné par la photographie de mode. Je faisais des photos de mes amis, de ma sœur, mais aussi d’acteurs ou de mannequins. C’était passionnant, mais j’étais trop focalisé sur le travail. Je ne sortais pas en boîte de nuit et je m’empêchais de vivre des histoires d’amour. Mon adolescence a donc été très calme, car je m’interdisais de vivre une vie d’homme gay normale. Comme j’ai évolué dans un collège jésuite, le Collège du Christ-Roi à Ottignies, qui était hyper strict, je n’envisageais même pas que cela puisse être une possibilité. J’étais convaincu que ce serait la fin de ma vie sociale.

À ce point ?

Mes camarades de classe n’auraient jamais accepté mon homosexualité. À cette époque, j’avais besoin qu’on me remarque. La chanson et la photographie, c’était ma façon de séduire et de me faire des copains. Je ne voulais pas faire de ma sexualité un sujet. Comme j’étais considéré comme un artiste un peu loufoque, cela pardonnait toutes les manières que je pouvais avoir. Mes camarades de classe se disaient : « Il est bizarre, mais ce n’est pas grave, c’est un artiste ! » Alors, plutôt que de faire semblant avec les filles, je racontais que j’avais pour seule ambition de vivre seul dans un manoir en Écosse, entouré de plein de chats. J’étais déjà un peu fou. (Rires)

On vous présente souvent comme quelqu’un d’extraverti et sûr de lui. Vous l’êtes réellement ?

Ça dépend des jours. Ma plus grande phobie, c’est de provoquer l’ennui. C’est pour cette raison que, lors de ma première scène à l’AB Club, j’ai changé quatre fois de tenue et qu’il y avait des confettis comme si c’était une kermesse. En réalité, je ne me suis jamais vraiment senti légitime d’entrer dans une pièce remplie de gens que je ne connais pas et d’aller spontanément leur parler. Je me suis toujours dit qu’en devenant célèbre, j’aurais enfin une raison d’être intéressant. La notoriété a même renforcé ma confiance avec les garçons. Au lit, en revanche, je suis plus timide et pudique. Je n’ai jamais vraiment été à l’aise avec mon corps. Dans « I Don’t Wanna Sleep Tonight », j’évoque notamment la pudeur de ma première fois. J’y chante : « Tu écris dans mon livre d’or / Tu ris car il est encore vide / Et alors ? Prends-moi ! » J’aime démystifier la pudeur et la honte. C’est finalement tout l’objectif de cet album.

L’amour vous a-t-il permis de vous réconcilier avec votre corps ?

Oui, énormément. On me dit souvent que j’ai un physique de mannequin parce que je suis fin et élancé, mais j’ai toujours eu des complexes. Même aujourd’hui, lorsque je me vois torse nu, j’ai parfois l’impression de ressembler… à un violoncelle. L’amour m’a permis de poser un regard différent sur mon corps et d’apprécier des parties que j’avais longtemps occultées. Mon ventre, notamment.

Quel genre d’amoureux êtes-vous ?

J’ai besoin de liberté, d’espace et de temps pour moi car je suis quelqu’un de très occupé, notamment par mon métier. J’essaie aujourd’hui de ne plus être amoureux de la relation, mais de la personne que j’ai en face de moi. Je veux prendre le temps d’apprendre à la connaître. Auparavant, c’était plus difficile. J’ai connu des obsessions toxiques. J’ai couru après des garçons qui ne m’aimaient parfois pas en retour, comme je l’évoque dans « J’aurais fini par te plaire ». J’ai souvent donné trop de moi à des personnes qui ne le méritaient pas, mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas parce que je donne que je vaux moins.

Vous partagez un duo avec Clara Luciani sur le titre « Quasiment parfait ». Comment l’avez-vous rencontrée ?

Nous avons une meilleure amie en commun. Elle s’appelle Edie Blanchard, et c’est elle qui a réalisé la plupart de mes clips, dont « Je pense à vous » et « Un jour je marierai un ange ». On se connaît depuis cinq ans et on parle énormément de musique et d’art ensemble. C’est grâce à elle que j’ai rencontré Clara, qui est une fille géniale. Je la trouve hilarante. On s’est tout de suite bien entendus. Quand j’ai écrit « Quasiment parfait », j’ai immédiatement pensé à elle. Je lui ai envoyé la maquette après l’avoir peaufinée pendant un an. Elle a adoré la chanson et on s’est ensuite retrouvés en studio. Elle a écrit son couplet en un quart d’heure, alors que moi, j’y avais passé six mois. Elle m’a humilié, mais je suis très fier de cette chanson ! (Sourire.)

Vous vous êtes longtemps considéré comme un mauvais chanteur. Pourquoi ?

Je n’avais jamais pris de cours de chant. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir commencé dès l’âge de 15 ans. Cela m’aurait donné davantage confiance en moi au moment de promouvoir mon premier disque. Lorsque je me suis retrouvé sur scène pour la première fois avec des oreillettes, j’étais complètement à côté de la plaque. J’étais un mauvais chanteur, mais pas sourd pour autant… Je m’entendais chanter faux et ça me rendait dingue. Quand je revois mon passage dans « Quotidien », j’ai encore un peu honte. Pendant longtemps, j’ai eu peur qu’on ne me trouve pas suffisamment légitime pour faire ce métier. Aujourd’hui, je ne ressens plus du tout ce syndrome de l’imposteur. Je chante beaucoup mieux qu’avant. J’ai toujours été très dur avec moi-même. Je suis pire que mon premier hater !

Avec le recul, le succès du morceau « Un jour je marierai un ange » n’a-t-il pas été trop vertigineux ?

Ce succès m’a complètement dépassé, mais j’ai attendu toute ma vie de devenir célèbre. J’ai très bien vécu cette période d’ascension. C’est le fruit d’un travail acharné. J’ai tout de même conscience qu’il s’agit d’un succès assez exceptionnel pour de la pop francophone, qui n’est pas un style aussi populaire qu’on pourrait le croire. Cela crée forcément des attentes monstrueuses pour la suite de ma carrière. Je me plains d’ailleurs parfois bêtement auprès de mon équipe, parce que j’aimerais que mes nouvelles chansons rencontrent le même succès. J’ai appris que le succès d’un album se mesure désormais sur la durée. J’ai la triste certitude que je n’aurai probablement plus un morceau qui dépassera les 200 millions d’écoutes sur les plateformes de streaming. Ce n’est pas grave, je suis convaincu que mon deuxième album est meilleur que le précédent.

Craignez-vous tout de même l’échec ?

Oui, très fort. Mon assurance est liée à mon succès, et j’ai conscience que ce n’est pas une bonne chose. Il faudrait que je consulte un psychologue pour ça… Si mon album est un échec cuisant, je sais que je ne vais pas m’aimer. À tel point que j’aurais du mal à voir mes amis, à sortir de chez moi ou même à me regarder dans un miroir, certainement par honte. Je sais qu’une carrière est faite de hauts et de bas, mais je n’ai pas envie de connaître l’échec. Du moins, pas tout de suite, je vous en supplie !

Quels regards vos parents portent-ils sur votre art ?

Ils sont très encourageants, même s’ils ne connaissent rien au milieu artistique. Ma mère est architecte et mon père donne des conseils fiscaux. Ils n’ont pas la prétention de me guider dans ma carrière. Mon père me répète tout de même sans cesse : « Mange bien et dors bien ! » Il collectionne d’ailleurs tous les articles dans lesquels j’apparais. Je suis certain qu’il lira cette interview. Je sais même que son deuxième job, c’est de taper mon nom sur Google. Ma mère, même si elle me le dit moins, est très fière de moi. Elle adore me maintenir les pieds sur terre en me demandant des services tous plus loufoques les uns que les autres. C’est sans doute sa façon de croire que je suis encore son petit-fils chéri. Ça semble la rassurer.

« Je m’en souviendrai » est certainement la chanson la plus romantique du disque. À qui s’adresse-t-elle ?

J’ai écrit cette chanson pour un charmant garçon avec qui j’ai vécu ma plus belle histoire d’amour. Il m’aime pour la personne que je suis, et non pour mes chansons ou pour ce que je représente. On s’est rencontrés sur Hinge. Toutes mes relations sont nées grâce à cette application. Je pourrais en devenir l’égérie ! Lorsqu’il a écouté la chanson pour la première fois, nous étions à Istanbul pour son anniversaire, qui tombe le 31 décembre. Il neigeait, c’était magique. Il était allongé sur le lit et je lui ai mis le casque sur les oreilles. Au bout de quelques secondes, il s’est mis à pleurer, avant de s’effondrer en larmes en entendant la partie parlée. Je n’oublierai jamais ce moment.

Votre rêve le plus fou ?

J’ai une véritable passion pour les beaux hôtels. Dans quinze ou vingt ans, j’aimerais ouvrir mon propre établissement, qui compterait une douzaine de chambres et, sans doute, un studio de musique. Ce serait un lieu où l’on pourrait notamment organiser des résidences musicales. Une immense maison d’hôtes très luxueuse. Je tiens même un carnet dans lequel je répertorie tous les hôtels que je visite et que je note. Je voue aussi une passion depuis toujours à la Bretagne. J’aimerais m’y installer un jour !

En concert le 1er et 2 décembre à l’Ancienne Belgique (Bruxelles), et le 5 décembre à l’OM (Liège).

Play & Chill

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