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Thursday, October 22, 2026

Mark Carney entreprend une visite de trois jours en Turquie

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Le premier ministre Mark Carney est arrivé jeudi en Turquie pour entamer une visite de trois jours visant à renforcer les liens politiques et économiques avec ce pays allié de l’OTAN.

Le cabinet de M. Carney a précisé qu’il s’agissait de la première visite bilatérale officielle d’un premier ministre canadien en Turquie. M. Carney avait déjà rencontré le président turc, Recep Tayyip Erdogan, en Turquie plus tôt cette année, dans le cadre du Sommet de l’OTAN.

Peu après son atterrissage, jeudi, M. Carney a déposé une couronne au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, père fondateur de la Turquie.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, et le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, accompagnent M. Carney lors de ce voyage.

De hauts responsables gouvernementaux ont déclaré que le Canada cherchait à renforcer ses liens politiques, économiques et sécuritaires avec la Turquie lors d’une réunion d’information organisée à l’intention des journalistes avant le départ.

La volonté de M. Carney de diversifier les échanges commerciaux au-delà des États-Unis et de trouver de nouveaux investisseurs internationaux pour les projets d’infrastructure canadiens s’inscrit parfaitement dans le renforcement des liens avec la Turquie, a remarqué Kerim Uras, ancien ambassadeur de Turquie au Canada.

Les économies canadienne et turque ont toutes deux besoin d’options de rechange au marché américain, de plus en plus protectionniste, a expliqué M. Uras lors d’un entretien. Bien qu’aucun des deux pays ne puisse remplacer les États-Unis par un seul partenaire, le renforcement des liens entre les puissances intermédiaires devrait faire partie de la voie à suivre, a-t-il ajouté.

« On pourrait résumer cela ainsi : la doctrine Carney rencontre le pragmatisme turc », a indiqué M. Uras, désormais chercheur senior au Centre d’études turques modernes de l’Université Carleton.

Les entrepreneurs turcs ont l’habitude de travailler dans des périodes de troubles géopolitiques, a noté M. Uras. Le pays se trouve au carrefour de l’Europe et du Moyen-Orient, avec le conflit russo-ukrainien de l’autre côté de la mer Noire au nord, et des frontières au sud et à l’est avec la Syrie, l’Irak et l’Iran.

« Je décrirais la Turquie comme un îlot de stabilité aujourd’hui, au sein d’un voisinage très troublé », a affirmé M. Uras.

Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, la Turquie a négocié un accord avec les deux pays afin de permettre les exportations de céréales, alors que la guerre menaçait l’approvisionnement alimentaire essentiel de nombreux pays en développement.

Le Canada et la Turquie entretiennent des relations diplomatiques officielles depuis 1944. Le gouvernement fédéral estime à 76 000 le nombre de membres de la diaspora turque vivant au Canada.

La question du libre-échange

Des discussions techniques sont en cours concernant un accord de libre-échange entre le Canada et la Turquie. Les échanges commerciaux bilatéraux entre les deux pays ont totalisé 4,3 milliards $ en 2025, les exportations turques vers le Canada représentant la majeure partie de ce montant.

M. Uras a qualifié ce volume d’échanges de « dérisoire » par rapport à la taille des deux économies.

« Avec un peu d’effort, nous pourrions quadrupler ce chiffre très rapidement et je suis sûr qu’il existe une volonté commune d’y parvenir », a-t-il déclaré.

De hauts responsables gouvernementaux ont indiqué que MM. Carney et Erdoğan mettraient l’accent sur le libre-échange et les progrès réalisés sur d’autres dossiers clés au cours de cette visite.

Ils n’ont pas précisé s’il y aurait des annonces officielles concernant de nouveaux accords à l’issue des rencontres entre les dirigeants à Ankara.

Bessma Momani est professeure de sciences politiques à l’Université de Waterloo et chercheuse senior au Centre for International Governance Innovation. Lors d’une entrevue, elle a jugé que les relations entre le Canada et la Turquie avaient jusqu’à présent été « peu importantes », mais qu’il y avait des raisons pour que le Canada cherche désormais à resserrer ses liens avec ce pays.

Si la Turquie est une « puissance industrielle et de consommation », Mme Momani a souligné que la dépendance du pays vis-à-vis de la Russie et de l’Iran en matière d’énergie constituait un point faible.

« Je pense que leur talon d’Achille a toujours été l’énergie. Et c’est un domaine dans lequel le Canada a potentiellement quelque chose à offrir », a-t-elle noté.

Lorsque Mme Anand a accueilli le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, au Canada en juin, ils ont visité la centrale nucléaire de Darlington, près de Bowmanville, en Ontario.

M. Uras a indiqué que la société d’ingénierie canadienne AtkinsRéalis — fabricant du réacteur CANDU en service à Darlington — est l’un des principaux candidats pour fournir deux centrales nucléaires dont la construction est prévue en Turquie.

Un haut responsable gouvernemental a fait remarquer aux journalistes que la présence de M. Hodgson lors de ce voyage témoignait de l’importance des projets énergétiques dans les discussions avec la Turquie.

Au-delà du nucléaire, M. Uras a indiqué que les entrepreneurs turcs s’intéressaient vivement à divers projets à travers le Canada dans des secteurs tels que les minéraux critiques, le transport maritime et la construction. En tant qu’alliés de l’OTAN, le Canada et la Turquie ont également des opportunités de collaboration en matière de dépenses de défense, a suggéré l’ancien ambassadeur.

M. Uras, qui a été ambassadeur de Turquie au Canada de 2018 à 2023, a noté que son mandat avait été davantage marqué par ce qui ne pouvait pas faire l’objet d’échanges entre les deux pays.

En 2019, le Canada a interdit les exportations d’armes vers la Turquie en réponse à l’incursion militaire de ce pays en Syrie. Il a étendu cette interdiction après que des conflits ultérieurs dans la région ont révélé que des technologies de fabrication canadienne, notamment des pièces de drones, avaient été détournées vers l’Azerbaïdjan.

Le Canada a levé cette interdiction en 2024, malgré les critiques des groupes de la diaspora arménienne.

M. Uras a déclaré qu’il ne s’attendait pas à ce que des problèmes persistent concernant l’embargo sur les armes. Le Canada et la Turquie ont « remis les compteurs à zéro » lorsque M. Carney est arrivé au pouvoir, a-t-il ajouté.

Une diplomatie « pragmatique »

Le gouvernement Erdogan fait actuellement l’objet d’une surveillance étroite au niveau international en raison d’informations faisant état de persécutions officielles à l’encontre des militants LGBTQ + dans le pays.

Human Rights Watch et des experts indépendants des Nations unies ont condamné les descentes de police coordonnées menées ces derniers mois contre des organisations de défense des droits des personnes LGBTQ + en Turquie.

Le Canada ne s’est pas joint à l’Allemagne, à la France et à d’autres pays dans une déclaration commune publiée le mois dernier pour condamner ces raids contre la communauté LGBTQ + en Turquie.

Les responsables gouvernementaux n’ont pas souhaité indiquer aux journalistes si M. Carney prévoyait d’aborder cette question lors de ses entretiens privés avec M. Erdogan.

Un haut responsable a affirmé que l’approche du Canada en matière d’affaires internationales était « fondée sur des principes et pragmatique », ajoutant que le Canada reconnaissait que tous ses partenaires ne partageaient pas ses valeurs.

Mme Momani a noté qu’aussi terribles que soient les descentes menées par M. Erdogan contre la communauté LGBTQ +, la Turquie n’était pas le seul pays au monde à s’éloigner des valeurs progressistes. Elle a ajouté qu’elle s’attendait à ce que M. Carney adopte une approche différente de celle de son prédécesseur, Justin Trudeau.

« Je ne pense tout simplement pas que le gouvernement Carney souhaite en faire une priorité, contrairement au gouvernement Trudeau, qui était peut-être un peu plus enclin à considérer la politique étrangère comme un outil permettant d’imposer ses valeurs sociales », a expliqué Mme Momani.

M. Carney a fait valoir que les discussions à huis clos sur les questions de droits sont plus productives que le fait de « faire à distance la leçon aux pays ».

M. Uras a reconnu que la « diplomatie du mégaphone » ne contribuait pas à rapprocher les valeurs entre alliés, mais il a ajouté que cela pourrait faire l’objet d’une discussion entre les dirigeants.

« Au lieu de quitter la table des négociations, discuter de ces questions à huis clos autour de cette même table est une approche bien plus saine. Je suis sûr que nous pouvons discuter de tout ensemble et que nous saurons nous écouter mutuellement », a-t-il plaidé.

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