80 ans du Rassemblement démocratique africain (RDA): la radicalité du PDG, section guinéenne du RDA [1/2]
Il y a 80 ans, du 18 au 21 octobre 1946, se tenait le congrès de Bamako, au cours duquel naissait le Rassemblement démocratique africain (RDA), le premier grand mouvement politique panafricain et anticolonialiste. En Guinée, une délégation de leaders politiques guinéens a participé au congrès de Bamako. Peu de temps après, ces responsables ont fondé la section guinéenne du RDA, le Parti démocratique de Guinée (PDG), qui a mené le pays à l’indépendance en 1958. Le fils d’un des acteurs majeurs de l’époque, Mamadou Traoré, dit Ray Autra, nous fait le récit de cette histoire.
De notre correspondant à Conakry,
C’est dans sa résidence proche de l’ancienne entreprise nationale des tabacs et allumettes qu’Alpha Oumar Traoré nous reçoit. Son père, qu’on appelait par son nom de plume « Ray Autra », c’est-à-dire Traoré à l’envers, a participé au congrès de Bamako : « La délégation guinéenne qui est partie à Bamako pour assister au congrès était composée de Madeira Keita, Sékou Touré, Mamadou Traoré – Ray Autra –, mon père, et deux autres personnes, liste-t-il. En Guinée, il y avait un vaste mouvement d’émancipation qui commençait à se créer. La Guinée était un peu en retard par rapport aux autres pays, qui avaient déjà créé leur section du RDA. »
Le PDG, section guinéenne du RDA, est fondé quelques mois plus tard, en mai 1947. Et il prend rapidement une orientation radicale, à l’opposé de la section ivoirienne du RDA.
Alpha Oumar Traoré tend un ouvrage : ce sont les actes d’un colloque organisé à l’occasion du 40ᵉ anniversaire du RDA. Le témoignage de son père Ray Autra y est consigné. La principale raison de la radicalité du PDG fut la violence de la répression coloniale en Guinée, expliquait-il : « Pour ma part, j’ai connu une trentaine de mutations qui, après ma Guinée natale, me conduisirent au Niger et au Dahomey, est-il écrit. En Guinée, je fus condamné à 2 ans de prison et à 5 ans d’interdiction des droits civiques. C’était seulement pour empêcher notre élection. J’ai connu en 1949, en l'espace d’une semaine, les prisons de Macenta, Kankan, Mamou, ma ville natale, et la gendarmerie de Conakry. »
À lire aussi«Les mères de la liberté»: l’histoire des femmes dans les luttes d’indépendance en Guinée
Une indépendance arrachée dans des conditions difficiles
C’est aussi la pression de la base, et notamment de la jeunesse et des syndicats, qui a poussé le PDG à réclamer l’indépendance immédiate, raconte Alpha Oumar Traoré : « Un groupe, comme les Abdourahmane Diallo, Sékou Touré, Adama Ndao, etc., a radicalisé la lutte et, sous la pression populaire, a décidé de voter "Non" à la Constitution. C’est pourquoi bien avant l’arrivée du général de Gaulle, la population était très motivée par cette option. Le 28 septembre, la Guinée a voté "Non" à la grande majorité. »
L’indépendance, effective quatre jours plus tard, le 2 octobre 1958, a été arrachée dans des conditions difficiles. Pour dissuader les autres colonies de suivre la même voie, la France a sanctionné la Guinée par le retrait immédiat de tous ses fonctionnaires, puis a cherché à la déstabiliser.
À écouter dans Archives d'Afrique2 octobre 1958, indépendance de la Guinée: la rupture avec Paris (1&2)
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.