Un sonore Trio Hermitage à la salle Pollack
Après deux ans en exil à la salle Oscar-Peterson de l’Université Concordia, le premier concert de la 135e saison du Ladies’ Morning Musical Club retrouvait la salle Pollack et accueillait le Trio Hermitage. Ce premier rendez-vous a permis au mélomane de retrouver un lieu de concert apprécié au centre-ville qui n’a pas pâti des récents travaux de rénovation.
L’entrée à la salle Pollack se fait toujours par le grand escalier menant à un imposant bâtiment dont la façade a été, elle aussi, rénovée et nettoyée. La mécène derrière toute cette opération n’est autre que Constance V. Pathy et, après plus 40 ans à la présidence du Ladies’ Morning, elle prête désormais son nom à l’immeuble qui abrite la salle où se tiennent les concerts de la société centenaire.
Lieu éclairé
Mme Pathy, ovationnée avant le concert, a présidé à la réfection d’une salle qui avait bien besoin d’un rafraîchissement. Le sas d’entrée est plus élégant quoiqu’un peu sombre, comme pour procurer un contraste accru avec une salle bien mieux éclairée, où dominent, désormais, les teintes gris et érable.
Le couloir central a disparu, les accès se faisant par les côtés. Les sièges sont nettement plus confortables, mais il semblait que les musiciens, notamment le violoniste, trouvaient l’éclairage un peu trop vif ou direct sur la scène. Dans les choix architecturaux étonnants, une multiplication de cabines de toilettes mixtes, mais pas d’urinoirs, et l’absence de solution, pour l’heure, dans la deuxième moitié de la salle, à l’endroit où se positionnait la console (le nouveau matériel est sans doute en attente de livraison). Il faudra aussi ajouter des plaques indiquant le côté pair et impair.
Acoustiquement, le cachet de la salle de 600 places est préservé, mais, assurément, c’est très sonore. À voir le volume atteint par le Finale du Trio opus 66 de Mendelssohn, on se demande comment sonnerait celui de Tchaïkovski ! Pour tempérer les choses, la salle dispose désormais de rideaux sur les parois. Mais il ne faudra pas en abuser, car cela coupe la respiration sonore et la réverbération.
La manière dont le son « coupait », pas sèchement, mais relativement fermement à la fin de mouvements, comme le 1er du même Mendelssohn, le démontre. Il y a tout de même aussi la possibilité de reculer la paroi derrière les musiciens. Elle était placée, dimanche, « à l’ancienne ». Un autre test pour la salle sera évidemment l’arrivée de l’orchestre. D’ailleurs, l’Université McGill n’a pas « remis Pollack sur la carte ». Conformément au changement de politique des années 2010, c’est une salle qui reste à vocation universitaire et usage interne. Le Ladies’ Morning en reste un de ses seuls locataires, voire le seul connu à ce jour.
Puissant trio
Il était très judicieux de tester la nouvelle configuration avec un trio, car on peut jauger de l’aération entre les instruments (correcte, mais pas impressionnante), du piano et de la sonorité d’ensemble, plutôt riche dans le médium.
Le Trio Hermitage, pour sa deuxième présence au Ladies’ Morning, est un ensemble d’une impeccable complicité et d’une qualité musicale remarquable. Contrairement aux Beaux Arts, jadis, ou aux Wanderer, aujourd’hui, la « petite étincelle » ne vient pas de perles que l’on entend au piano (Menahem Pressler, Vincent Coq), mais de la sonorité chatoyante, ronde et chaleureuse du violoncelliste Sergey Antonov. Ce dernier attire vraiment l’attention lorsqu’il « prend la parole ».
De fait, Antonov forme un dipôle avec le violoniste Misha Keylin, ce qui rendait judicieuse la programmation du tortueux 3e Trio de Schumann, dans lequel les musiciens russes, établis aux États-Unis, ont eu le très bon goût de ne pas surjouer le côté bouillonnant, privilégiant une agitation intérieure. Le pianiste Ilya Kazantsev n’est pas en retrait ; il s’insère ou cadre le discours avec solidité, ce qui profite à la fermeté des dessins rythmiques du 3e mouvement du Trio en do de Suk, mais manque parfois de retenue entre les voix des cordes dans Schumann.
On retient de ce concert, outre la découverte de la salle rajeunie, un ensemble d’une très grande cohésion, précision (3e mouvement de Mendelssohn, Finale de Suk) et complicité, développant une production sonore nourrie et harmoniquement riche. Ce fut une excellente entrée en matière pour une salle que nous avons eu plaisir à retrouver.
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