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Saturday, October 10, 2026

Un manuscrit signé par Louis XIV a été trouvé dans un garage de Saint-Lambert

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Un document de 1689 signé par le Roi-Soleil, Louis XIV, et son ministre de la Marine, Colbert, a été trouvé dans le garage d’une maison unifamiliale de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud montréalaise. Le parchemin vieux de 337 ans était conservé dans une boîte en carton, au milieu d’un lot de papiers du XIXe siècle.

En dépit de son long règne de 72 ans, Louis XIV n’a laissé qu’une poignée de manuscrits portant sa signature dans son ancienne province de l’Amérique septentrionale. On en dénombrerait moins d’une dizaine dans l’ensemble des collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Le document découvert à Saint-Lambert se rattache à l’histoire du Bas-Saint-Laurent. Il s’agit d’un brevet du 24 mai 1689 confirmant la concession de la seigneurie de Rimouski à Augustin Rouer, un jeune homme de 22 ans. Avec ce papier en poche, le natif de Québec prenait possession d’un immense territoire de 100 kilomètres carrés comprenant l’île Saint-Barnabé.

Le brevet rédigé sous les dorures du château de Versailles a survécu à sa traversée de l’Atlantique de 1689 et au bombardement de Québec par les navires anglais de Phips l’année suivante. « Il est en très bonne condition pour un document qui a beaucoup circulé et qui s’est retrouvé dans un garage », lance avec étonnement l’archiviste Guillaume Marsan, de BAnQ. « Il n’y a pas de sceau royal, mais on a les signatures. »

Le centre régional de BAnQ de Rimouski a obtenu le document de la fille de son dernier propriétaire, décédé en 2018. Le papier faisant 24 centimètres sur 35 se trouvait dans l’une des deux boîtes en carton que le défunt avait posées sur une tablette de son garage de Saint-Lambert. « La famille avait fait du ménage pendant la pandémie et elle a eu le bon réflexe de nous l’apporter », relate Guillaume Marsan.

Ce genre d’histoire ne se termine pas toujours aussi bien. « Je connais plein de cas où des documents ont été trouvés dans une benne à vidanges », indique l’archiviste.

Enquête

Basé à Québec, Augustin Rouer n’a fait que de courts séjours de chasse et de pêche sur sa seigneurie éloignée de Rimouski. Dès 1694, le gentilhomme échange son fief forestier contre une minuscule parcelle de terre défrichée à l’île d’Orléans.

Au XIXe siècle, Rimouski est l’un des joyaux de l’empire foncier des seigneuresses Drapeau. L’avocat Ulric-Joseph Tessier de Québec en hérite en 1847 après avoir épousé la fille de l’une d’elles, Marguerite-Adélaïde Kelly. Le régime seigneurial est aboli sept ans plus tard.

Ce mode de distribution des terres n’est pas disparu pour autant. Incapables de racheter leur censive, des milliers de cultivateurs poursuivent le paiement de leurs rentes annuelles aux anciens seigneurs et à leurs héritiers.

Les pièces justificatives liées à ces redevances forment l’essentiel des documents se trouvant dans les boîtes de Saint-Lambert. « Les descendants des seigneurs conservaient ces papiers précieusement parce qu’ils voulaient recevoir une rente », explique Guillaume Marsan.

En 1935, le gouvernement du Québec met en place un syndicat chargé du rachat de ces rentes seigneuriales, que l’on transforme en taxes municipales. Devenus inutiles, les vieux papiers sont alors détruits, dispersés ou vendus à des antiquaires.

Le résident de Saint-Lambert n’avait apparemment aucun lien de parenté avec la famille Tessier. Il était toutefois reconnu pour être un passionné d’histoire et… de « ventes de garage ».

Collection

Au-delà du brevet de 1689 portant la signature de « Louis », l’archiviste Rénald Lessard souligne la valeur d’ensemble des deux boîtes trouvées sur la Rive-Sud montréalaise. « La collection n’a pas été dispersée, et c’est plutôt rare que ces choses-là arrivent », dit-il de son bureau de BAnQ, à Québec. « Souvent, l’héritier va se dire qu’il y a de l’argent à faire, il va la vendre à un antiquaire, qui la revendra ensuite à la pièce… »

La donatrice des boîtes de Saint-Lambert recevra quant à elle un reçu fiscal basé sur l’évaluation pécuniaire des documents de son père. « Il y a quand même des pièces qui ont une certaine valeur là-dedans », relève Guillaume Marsan. Ce dernier donne l’exemple d’une esquisse de l’embouchure de la rivière Rimouski qui date de 1880. « Elle a été dessinée pour confirmer les droits de pêche au saumon que détenait Ulric-Joseph Tessier. »

L’archiviste attire également notre attention sur une brochure de 1893 annonçant la vente des bouquins ayant appartenu à Tessier. « C’est un très beau document d’histoire littéraire, dit-il. En plus des ouvrages concernant sa pratique d’avocat et de juge, on y définit la valeur marchande des 500 livres de sa collection. »

Les papiers de Saint-Lambert ne seront pas tous conservés. C’est le cas des copies d’actes juridiques que le notaire remettait au client après avoir rangé l’original portant les signatures dans son greffe. « On ne peut pas commencer à garder des copies de documents qu’on a déjà », souligne Guillaume Marsan, qui s’affaire actuellement à l’examen minutieux du contenu des deux boîtes. « Une fois que le traitement est fait, on détruit les doublons. »

Le procédé peut surprendre pour des documents remontant tout de même au XIXe siècle. « C’est pas mal la norme, explique Rénald Lessard. On conserve l’acte au greffe, à moins qu’il y ait une belle copie avec valeur particulière par ses signatures ou différents critères. C’est vraiment le gros bon sens de l’archiviste qui joue aussi là-dedans. »

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