'Midterms' aux États-Unis : tout comprendre aux bonnes affaires du clan Trump en Arabie saoudite en un graphique

"Je la serre, cette main, peu m’importe où elle a traîné". C’est ainsi que le président américain défend son "ami de longue date", le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. Cette main royale, la CIA affirme qu’elle a "validé" l’assassinat sauvage de leur confrère Jamal Khashoggi. En la saisissant à la Maison Blanche en novembre 2025, Donald Trump scelle une alliance aussi stratégique au Moyen-Orient que lucrative. 'MBS', comme s’abrège le Saoudien, vient de lui promettre 1000 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis. De quoi blanchir sa patte de tout soupçon ?
Jared Kushner, la ligne directe entre MBS et Donald Trump
Il faut dire que l’opération séduction date de bien plus longtemps. Dès 2016 et la première victoire du candidat républicain, le régime saoudien apprécie l’esprit commercial de Donald Trump : en lui donnant assez, il pourrait facilement donner en retour. Une promesse de 100 millions de dollars de contrats d’armements et une réception en grande pompe au Palais de Riyad, c’est assez donné pour que la Maison Blanche ferme les yeux sur l’autoritarisme du prince à l’intérieur du royaume.
Pour faciliter la communication, les Saoudiens s’appuient sur Jared Kushner, gendre de Donald Trump et conseiller du président sur le Moyen-Orient, un espace géopolitique sur lequel il n’a aucune compétence. Kushner représente alors pour Riyad un canal direct avec le président des États-Unis. Le jeune envoyé spécial et le prince héritier cultivent leur proximité. Appartenant tous les deux à une nouvelle génération, ils s’échangent des textos et partagent des moments dans le palais de MBS au milieu du désert saoudien.
Jared Kushner au palais de Riyad, le 20 mai 2017. © MANDEL NGAN / AFP
Et quand Donald Trump quitte la Maison Blanche, c’est vers son nouvel ami que se tourne Jared Kushner. Pour lancer sa société d’investissement privé, il sollicite un soutien au Fonds souverain d’investissement saoudien (le PIF), véritable levier de l’influence saoudienne dans le monde. Les membres du PIF sont sceptiques, "[son] expertise n’est pas pertinente au regard de l’objectif du fonds", s’inquiètent-ils. Mais leur président, c’est Mohammed ben Salman. Et Jared Kushner repart avec 2 milliards de dollars.
Conflits d’intérêts en pagaille entre le clan Trump et l’argent saoudien
À la suite du gendre, c’est l’ancien Secrétaire du Trésor de Trump, Steve Mnuchin, qui fait la queue devant le guichet du PIF saoudien. Il obtiendra un milliard de dollars pour son fonds d’investissement à lui. Puis c’est la Trump Organization, multinationale familiale de l’ex-président, qui touche d’un contracteur saoudien presque 30 milliards de dollars pour des projets immobiliers au Moyen-Orient, dont une Trump Tower à Djeddah.
Sauf qu’entre-temps, Donald Trump est redevenu président des États-Unis. Il est aussi toujours président de la Trump Organization. Les plus gros contrats immobiliers sont signés avec l’Arabie saoudite, et sa fortune personnelle explose, passant de 4 à 7 milliards de dollars entre 2024 et 2025, selon les estimations du magazine Forbes.
Jared Kushner a lui aussi retrouvé son poste de conseiller au Moyen-Orient et de négociateur dans les grands conflits de la région, tout en recevant toujours l’argent des Saoudiens à travers ses sociétés privées. Dernier gros coup : le rachat de l’américain Electronic Art pour 55 milliards de dollars. Un effort que Kushner partage avec… le PIF, le fonds souverain d’investissement saoudien. De quoi nourrir les accusations en conflit d’intérêts, voire en corruption de ce proche collaborateur du président. C’est ce qu’estime Peter Baker, journaliste au New York Times, pour qui "Jared Kushner a été instrumentalisé par les Saoudiens pour se protéger des conséquences de l’assassinat de Khashoggi".
De là à parler d’ingérences dans la politique extérieure des États-Unis ? En pleine guerre avec le régime iranien, c’est depuis la tribune de la conférence annuelle du PIF que Donald Trump proclame la victoire, et remercie son "grand ami" MBS. Quelques semaines avant les élections législatives de mi-mandat, les deux 'amis' ont franchi une ligne rouge pour un grand nombre de membres du Congrès, républicains comme démocrates : un accord sur un programme nucléaire civil en Arabie saoudite. Pour beaucoup, cet accord serait la porte ouverte au développement secret d’un nucléaire militaire, dans une des régions les plus inflammables du monde. Les bonnes affaires du clan Trump se passent définitivement de leçons de morale.

L'héritier et le président : retour sur les liens entre Trump et MBS
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