Les Houthis du Yémen s’emparent du détroit stratégique de Bab el-Mandeb

Les Houthis pro-iraniens se sont emparés vendredi de la côte yéménite sur la mer Rouge, promettant face aux inquiétudes internationales une navigation « sûre » dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb reliant l'Europe à l'Asie, sauf pour leur ennemi saoudien.
Dans une offensive éclair, ces combattants, qui contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa et Hodeida, dans l'ouest du pays, ont avancé vers la mer Rouge en quelques jours à peine.
Tout ce qui était sous notre contrôle sur la côte occidentale est tombé
, a indiqué à l'AFP un responsable militaire du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et soutenu par Riyad.
L'Arabie saoudite voisine, premier exportateur mondial de brut, se retrouve prise en étau, alors que le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, est verrouillé par l'Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Navigation sûre
, sauf pour les Saoudiens
Mais les Houthis ont cherché à rassurer la communauté internationale.
La navigation est sûre pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d'accès.
Les pétroliers et navires commerciaux empruntent cette voie pour rallier la mer Rouge, puis le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l'océan Indien.
En cas de blocage, la seule alternative, beaucoup plus longue et coûteuse, est de contourner l'Afrique par le sud et le cap de Bonne-Espérance.
L'intensification du conflit yéménite, ainsi que les frappes américaines et iraniennes menées cette semaine dans les eaux du Golfe, ont fait flamber les cours du pétrole : le baril de Brent, référence internationale, a franchi le seuil symbolique des 100 $ US, s'établissant vendredi autour de 104 $ US.
Victoire éclatante
Les Houthis, qui avaient entamé leur offensive la semaine dernière, se sont emparés jeudi du port de Mokha et de l'île de Zugar. Puis, vendredi, de celle de Mayyoun (connue aussi sous le nom de Périm), située au cœur du détroit, et enfin de celles de Petite et Grande Hanich, d'après des sources gouvernementales.
Un témoin a raconté avoir vu des hommes armés se déployer le long de la côte de Bab el-Mandeb, à bord de véhicules militaires
.

Des affrontements ont opposé les forces gouvernementales yéménites soutenues par l'Arabie saoudite et les combattants houthis dans la région d'Al-Kadha, à l'ouest de la province de Taïz.
Photo : Getty Images / -
Pour tenter de stopper leur avancée, l'Arabie saoudite a mené des frappes sur l'aéroport de Mokha, selon la chaîne de télévision Almasira, affiliée aux Houthis.
Alors que les chefs de la diplomatie iranienne et saoudienne se sont entretenus jeudi de la situation dans la région, un conseiller du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a qualifié vendredi de victoire éclatante
la dernière percée des Houthis.
Abdulhamid Dhaifallah, un habitant de Sanaa, a lui aussi salué des succès majeurs, qui ont permis de libérer les îles de la mer Rouge en l'espace de 72 heures
. Ils se préparaient à ce front depuis quatre ans.
Après des années d'accalmie, le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.
Les Houthis avaient annoncé dans la foulée un blocus maritime de l'Arabie saoudite, visant des navires pétroliers ainsi que des infrastructures du royaume, notamment une raffinerie.
Précipice
Les affrontements au Yémen depuis la semaine dernière ont fait des centaines de morts dans les deux camps, principalement des combattants, et jeté sur les routes près de 46 000 personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations.

Cette image montre une explosion qui serait survenue à la frontière entre l'Arabie saoudite et le Yémen.
Photo : Reuters / Centre des médias des Houthis
Les Houthis ont également lancé une vaste attaque cette semaine contre l'Arabie saoudite, tirant notamment mercredi plusieurs missiles balistiques et drones vers des villes du sud du royaume.
Une image du programme européen Copernicus montrait vendredi une épaisse fumée noire s'élevant au-dessus du désert dans la zone visée.
Je pense que les Saoudiens ont tout essayé pour éviter cette guerre, mais je ne pense pas qu'ils aient encore le choix à ce stade.
Selon le média américain Axios, citant des responsables américains, le président américain Donald Trump aurait refusé d'ordonner des frappes contre les Houthis au Yémen, à la suite d'une demande de Riyad.
La situation au Yémen a fait l'objet d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, jeudi. L'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé un engagement actif
de cette instance pour s'éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux
.
À lire aussi :
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.