Procès Aramburu: une semaine à charge pour Romain Bouvier et Loïk Le Priol, les deux principaux accusés

Le procès de l’assassinat en 2022 de l’ex-rugbyman argentin Federico Aramburu s'est poursuivi toute la semaine. Quatre personnes sont jugées, dont deux sympathisants de l’ultra-droite, Loïk Le Priol, poursuivi pour assassinat, et Romain Bouvier, pour tentative d’assassinat. Famille, amis de Federico Aramburu et experts psychiatres se sont succédé à la barre tout au long de la semaine.
Soumis au regard de Maria Codino Aramburu, la veuve de leur victime, Loïk Le Priol, 32 ans, et Romain Bouvier, 35 ans, gardent la tête basse, lundi 14 septembre, pendant que la mère de l'ancien trois-quarts de Biarritz et des Pumas argentins, Cecilia Aramburu, évoque devant la cour d'assises de Paris son fils, tué à 42 ans. L'ex-rugbyman, dit-elle, a eu le tort de croiser des « personnes extrêmement violentes », « triplement armées : de haine, d'armes à feu et, semble-t-il, d'un sentiment d'impunité ».
Militants d'ultradroite fascinés par la violence, Romain Bouvier, étudiant en droit, et Loïk Le Priol, ex-militaire radié de l'armée, n'auraient jamais dû être ensemble et encore moins armés ce 19 mars 2022, quand ils ont chacun vidé leur barillet sur leur victime désarmée, épilogue sanglant d'une dispute alcoolisée sur la terrasse d'une brasserie parisienne. Sous le coup d'une enquête pour de graves violences dans le milieu de l'ultradroite, ils avaient interdiction de se rencontrer.
À « la douleur indicible de perdre son enfant » s'ajoute celle d'apprendre « que ces personnes n'auraient jamais dû être ensemble », poursuit Cecilia Aramburu, qui s'exprime en espagnol.
Loïk Le Priol et Romain Bouvier clament n'avoir fait feu que pour se défendre
Cecilia Aramburu n'est pas venue réclamer vengeance contre des hommes « qui restent des êtres humains ». Mais « toute possibilité de réinsertion ne peut venir qu'après une véritable prise de conscience de ce qu'est un humain, de ce qu'est l'autre. » « Ils ont besoin d'être placés dans un environnement où ils ne représenteront plus un danger pour le reste de l'humanité », poursuit-elle.
Loïk Le Priol et Romain Bouvier, qui encourent la perpétuité respectivement pour assassinat et tentative d'assassinat, nient avoir voulu tuer Aramburu et s'efforcent de convaincre qu'ils n'ont fait feu sur un homme désarmé que pour se défendre face à sa force physique. Un écueil de taille se dresse devant eux : le portrait d'un « Fede » jugé « solaire » par tous, dressé par l'enquête, n'étaye en rien celui d'un homme agressif ou enclin à la violence.
« Il donnait du bonheur aux gens, c'était un facilitateur de vie », décrit Thomas Lièvremont, deux fois champion de France à Biarritz. Devenus amis proches, ils devaient s'envoler ensemble pour l'Argentine le lendemain. « Il incarnait la gentillesse à l'état pur », il était « fiable, calme, généreux, respectueux », animé d'un « positivisme et d'un altruisme contagieux », portait « un regard positif sur le monde », énumère-t-il.
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Shaun Hegarty, ami et associé de Federico Aramburu, témoin de la scène, auditionné
Le 15 septembre, la cour d'assises de Paris a entendu Shaun Hegarty, rapporte notre envoyée spéciale sur place, Laura Martel. Ancien co-équipier d’Aramburu, devenu son ami et associé en affaires, Shaun Hegarty était à ses côtés lorsque le rugbyman argentin a essuyé les tirs des accusés. « Je suis ému, cela fait quatre ans que j’attends ce moment », souffle Shaun Hegarty, avant d’entamer son récit : une soirée festive, un dernier verre au Mabillon. L’ambiance d’abord légère qui s’envenime. Loïk Le Priol lui met de petites claques.
« Il dit qu’il sait se battre, qu’il est des forces spéciales… Ces claques, c’est une vraie provocation », pointe Shaun Hegarty. Mais c’est finalement Federico Aramburu, qui en partant, fait tomber Loïk Le Priol et déclenche une courte bagarre. « Pour nous après tout est fini, on va se coucher », insiste le témoin. Mais Romain Bouvier puis Loïk Le Priol vont retrouver les rugbymen sur le boulevard. « J'entends “ils sont là”, je vois Romain Bouvier, mais je comprends pas ce qu’il se passe », raconte Hegarty.
Pour lui, les quatre tirs sont « des pétards mouillés », l’arme « factice ». « Je suis en état de dissociation, j’ai pas conscience que Fede a pris deux balles ». Le Priol arrive à son tour, tire six fois en quatre secondes. « Je suis complètement hagard, je sers à rien. C’est seulement quand Fede me dit “je vais mourir” que mon cerveau se reconnecte », culpabilise Shaun Hegarty. Loïk le Priol « a clairement tiré sur Fede pour en terminer », insiste-t-il, réfutant toute menace qui aurait légitimé l’usage des armes. « J'avais espoir que les accusés reviennent sur leur déclaration, qu’ils disent “on a fait n’importe quoi” et montrent un peu d’humanité… Mais ce n’est pas le cas », déplore Shaun Hegarty. « Pour moi ils sont dangereux, ils méritent de rester le plus longtemps possible en prison. »
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Des experts psychiatres mettent en doute l'altération du discernement de Loïk Le Priol
Jeudi 17 septembre, les débats ont porté sur une éventuelle altération du discernement de Loïk Le Priol, qui plaide la légitime défense. Cela atténuerait sa responsabilité pénale. Il dit avoir craint pour sa vie et tiré « par réflexe », en relation avec un syndrome de stress post-traumatique dû à son expérience militaire au Sahel.
« Le discernement de Loïk Le Priol a pu être altéré dans une légère mesure à cause d’un syndrome de stress post-traumatique indiscutable », estime le docteur Zagury, premier à la barre. Une analyse que ne partagent pas les docteurs Coutanceau et Tellier, qui, à la différence de leur confrère, ont pu confronter les déclarations de l’accusé aux éléments du dossier.
« On ne peut pas se contenter du diagnostic de stress post-traumatique établi par l’armée en 2015 pour éclairer des faits de 2022 », critique Isabelle Tellier. Et la psychiatre de lister les signes de « troubles psychopathiques anciens » chez l’accusé, de ses défis récurrents à l’autorité dès 8 ans à ses nombreuses bagarres alcoolisées, bien avant son déploiement au Sahel. « C’est un monsieur qui a une très haute opinion de lui-même », « ce n’est jamais lui qui est responsable de son comportement, ce sont les autres, ou ce syndrome post-traumatique qu’il sort de son chapeau au gré de ses vicissitudes judiciaires », souligne l’experte. L’accusé, note-t-elle au passage, lisait Cicéron sur la légitime défense quand elle l’a rencontré.
En 2022, « Loïk Le Priol le dit lui-même, il est épanoui » : « aucun signe de stress, aucune stratégie d’évitement ». « Il n’arrête pas de dire sa peur face à deux rugbymen de 120 kg, mais qui va se colleter à eux si ce n’est lui ? Et il fuit ensuite vers l’Ukraine en guerre, tout est dissonant ! », pointe la psychiatre, qui conclut : « Les traumatisés de guerre ne courent pas après le danger, ils le fuient. »
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La douleur d'une épouse et de ses trois enfants, en quête d'une reconstruction
Maria Codino Aramburu, la femme de Federico Aramburu et mère de leurs trois enfants, a livré un émouvant témoignage à la barre, le 18 septembre 2026. « J’aimerais parler de nos 3 enfants » commence Maria Aramburu, arrimée à la barre pour contenir les tremblements qui parcourent son élégante silhouette. Et déjà sa voix teintée d’accent se brise : « ils avaient 10, 8 et 2 ans. La douleur qui a fait irruption dans nos vies n’est pas figée au 19 mars 2022; elle est quotidienne, vivante, évolutive ».
On repense alors à cette photo projetée en début de semaine : le couple et leurs trois enfants en pyjama, leurs sourires radieux en ce jour de Noël, 3 mois avant le drame. Maria raconte : ce 19 mars, le petit s’est levé à l’aube, ils regardent un dessin animé quand arrive la femme de Shaun Hegarty. « Shaun et Fede ont été pris dans une bagarre ». « Fede est à l’hôpital ? Il est vivant ? » Un signe de tête qui dit tout. « Je ne me rappelle plus trop, je m’effondre au sol, je me relève pour aller vomir », souffle Maria. Puis la maison s’emplit, les filles se réveillent, il faut leur dire. Sa voix s’étrangle : « C’est le pire moment de ma vie ».
À son petit garçon, elle dit d’abord qu’un dinosaure a mangé son papa. « Il avait besoin de savoir où était son papa et cette explication le réconfortait, à un moment où c’était impossible pour moi dire ce qu’il s’était passé. » « Aujourd’hui, poursuit-elle, « il a 7 ans et parle d’assassins. Si jeune... Il doit gérer cette blessure qui les accompagnera toute leur vie. Les filles se sont renfermées. Malgré la thérapie, c’est très dur ». La justice ne leur rendra pas leur père, mais « va s’insérer dans leur histoire de vie » dit-elle. Alors, de la cour, elle espère une décision qui les aide à se reconstruire, et des accusés, « la sincérité ».
Dans le box, Loïk Le Priol reste tête basse, Romain Bouvier est en larmes. Ils seront interrogés sur les faits à partir de lundi 21 septembre.
Une accusée dénonce une intimidation hors du tribunal
L’avocat d’une jeune femme qui comparaît dans le procès pour l’assassinat du rugbyman Federico Martin Aramburu a dénoncé mardi 15 septembre devant la cour d’assises de Paris une « tentative d’intimidation » visant sa cliente en dehors de la salle d’audience. Selon Me Florian Lastelle, l’accusée, qui comparaît libre, a trouvé des graffitis très explicites évoquant la scène de crime devant l’appartement qu’elle louait pour la durée du procès, au quatrième étage d’un immeuble à proximité du Palais de justice de Paris. Une plainte pour menaces et intimidations a été déposée, a ajouté l’avocat. Sa cliente « a été identifiée dans cette salle d’audience » et « sans doute suivie », a dénoncé Me Lastelle, s’en prenant à la barre, sans évoquer de nom, à « quelques individus (qui) s’improvisent chroniqueurs judiciaires et tweetent l’audience ». Sollicité par l’AFP, Me Lastelle n’a pas souhaité indiquer à qui il faisait référence.
Le député LFI Thomas Portes a assisté dans les rangs du public à la première semaine du procès, le commentant sur le réseau social X. « Commenter un procès est une liberté. Chercher à peser sur son cours n’en est pas une. Et lorsque cette frontière est franchie, c’est à la sérénité même de la justice que l’on porte atteinte. Cette atteinte est grave, parce qu’une justice qui ne peut plus juger à l’abri des pressions, c’est l’État de droit que l’on fragilise », a mis en garde l’avocat auprès de l’AFP.
« L’accusée se sent suivie », a-t-il dit à la cour. « Est en jeu sa sécurité personnelle » et cet incident porte « atteinte à la sérénité des débats », a ajouté celui dont la cliente est jugée pour tentative de complicité d’assassinat, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. « Les comportements que vous rapportez sont inadmissibles, irresponsables, condamnables », a réagi le président de la cour d’assises, Franck Zientara.
La jeune femme est l’ancienne compagne du principal accusé, Loïk Le Priol. Le soir des faits, c’est elle qui est au volant de la Jeep qui s’arrête à hauteur d’Aramburu et de son ami Shaun Hegarty, et dont descend Romain Bouvier qui fait feu quatre fois. Les deux avaient fui, Bouvier à pied, la jeune femme au volant de la Jeep avant que n’arrive Le Priol, qui devait tirer six fois, dont les deux coups de feu mortels. Elle affirme qu’elle avait pris le volant pour retrouver Le Priol et rentrer, en aucun cas dans une intention criminelle ou pour retrouver les rugbymen après une dispute.
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