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Friday, October 2, 2026

“Seuls les morts ont vu la fin de la guerre” : cette citation du grand film de guerre La Chute du faucon noir est fausse, et voici pourquoi

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Grand film de guerre sorti il y a 25 ans, "La Chute du faucon noir" de Ridley Scott s'ouvrait, dès les premières secondes, sur une fameuse citation attribuée au philosophe Grec Platon. Sauf qu'il n'en est absolument pas l'auteur...

Après avoir tâté à peu près tous les genres possibles au cinéma, du drame historique au Péplum en passant par la science-fiction, le Thriller et le film policier, Ridley Scott signait à 64 ans un film de guerre qui fera date par son approche ultra réaliste des combats et son esthétisme global, source d'inspiration pour toute une génération de cinéastes et même de Game Designers : La chute du faucon noir. Tourné entre mars et juillet 2001, le film sortira dans une Amérique en guerre et meurtrie par l'attaque du 11 septembre 2001.

Relatant un fait réel, La Chute du faucon noir est directement inspiré du livre Black Hawk down : A story of Modern War de Mark Bowden, journaliste réputé du Philapdelphia Inquirer, qui est également coscénariste du film.

"Le film est extraordinairement fidèle à la réalité" lâchait Mark Bowden. Si les scènes de combat sont effectivement très impressionnantes, Ridley Scott a pourtant évacué le contexte politique, le point de vue somalien et l'aspect négatif du raid, qualifié de "désastre politique" par Bowden lui-même. "J'ai surtout voulu mettre en scène l'anatomie d'une guerre moderne" justifia le réalisateur de son côté; "la Chute du faucon noir est un film clinique, aussi proche du documentaire que possible".

"Comme j'ai surtout écrit sur ce qu'ont vécu les soldats américains, on a décidé que ce serait le coeur du film" expliquait Bowden dans une interview à L'Express. "Ridley Scott a fait tout ce qu'il a pu pour montrer que l'ennemi n'était pas qu'une bande de rebelles et qu'il y avait une logique derrière leur combat".

La guerre ne disparaît pas, elle fait partie de la condition humaine

Toujours est-il que le film s'ouvre dès les toutes premières secondes sur une citation supposée de Platon : "Seuls les morts ont vu la fin de la guerre". Mais dans quel récit qui serait parvenu jusqu'à nous le fameux philosophe Grec aurait prononcé cette phrase reprise partout en boucle ?

En réalité, c'est une fausse attribution. La phrase Only the dead have seen the end of war vient du philosophe américain d'origine espagnole George Santayana. Il l'a écrite en 1922 dans un ouvrage intitulé Soliloquies in England and Later Soliloquies; un recueil de courts essais et de méditations. Il s'agit de textes assez libres, souvent à mi-chemin entre l'essai, la chronique et la réflexion philosophique.

Plus spécifiquement, cette citation se trouve dans un passage intitulé Tipperary, qui porte sur la guerre. Santayana y réfléchit à la façon dont les hommes la vivent, aux sentiments qu'elle suscite et à son caractère récurrent dans l'Histoire. La phrase "Seuls les morts ont vu la fin de la guerre" exprime cette vision pessimiste : la guerre ne disparaît pas, elle fait partie de la condition humaine.

Columbia Pictures

Cette citation est souvent attribuée à Platon, notamment sur internet, et en particulier à partir de la fin du XXe siècle. Platon a pourtant écrit sur la guerre (dans Les Lois, par exemple), mais cette formule ne figure dans aucune de ses œuvres. Santayana est surtout connu pour une autre citation très célèbre, d'une brûlante actualité d'ailleurs, "Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter", ce qui a pu brouiller les pistes. A noter d'ailleurs que cette dernière citation avait été reprise par Oliver Stone dans son film JFK.

Le film de Ridley Scott s'inscrit donc dans une longue tradition de reprise de cette erreur. Les films, les discours et même certains ouvrages militaires l'ont reproduite. Le monument aux morts de l'Imperial War Museum de Londres a lui aussi été cité en exemple dans des discussions sur l'origine de la phrase, mais l'auteur véritable reste bien le philosophe George Santayana. Ceci étant posé, pas de quoi gâcher, évidemment, le plaisir de visionnage du film de Scott !

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