Le BAPE appuie l’idée d’une promenade riveraine le long de la rivière des Prairies

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) se range du côté des citoyens de l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, dans le nord de Montréal, qui rêvent depuis des années d'une promenade riveraine le long de la rivière des Prairies.
Dans son rapport final sur le projet de réfection du mur de soutènement du barrage Simon-Sicard
, le BAPE recommande à la Ville de Montréal, à l'arrondissement et à Hydro-Québec de se concerter pour que ce projet puisse aller de l'avant, même si ce n'est pas à court terme.
D’une longueur de 1300 mètres, le mur de soutènement en amont du barrage Simon-Sicard longe la rivière des Prairies du côté de Montréal.
Construit en 1929, il présente des signes de détérioration. Hydro-Québec souhaite le renforcer avec une technique de stabilisation par remblai en paliers visant trois secteurs : le parc Louis-Hébert, la Résidence étudiante Ignace-Bourget et l’église de la Visitation. Le coût des travaux est estimé à 86 millions de dollars.
Dans son rapport, le BAPEestime que le projet est requis en vertu de la Loi sur la sécurité des barrages. Toutefois, des bonifications s’avèrent nécessaires pour une intégration harmonieuse dans un milieu de vie valorisé.
« Une occasion unique pour agir »
La première bonification recommandée concerne justement la promenade riveraine continue dont rêvent des résidents du secteur depuis une dizaine d'années.
Il faut savoir qu'une promenade existe déjà sur la plus grande partie du tracé qui longe le mur de soutènement du barrage. Elle est cependant entrecoupée par quelques résidences privées et institutionnelles, même si le fond de cour où passe le mur appartient à Hydro-Québec.
La Ville de Montréal et l’Arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville devraient évaluer avec Hydro-Québec, en concertation avec les propriétaires riverains, la possibilité que les remblais projetés et les lots riverains appartenant à la société d'État puissent accueillir ultérieurement une telle promenade
, écrivent les commissaires dans leur rapport publié cette semaine.
Les audiences publiques ont eu lieu du 2 juin au 8 juillet dernier. Le rapport a été remis à la ministre de l'Environnement le 29 septembre, en pleine campagne électorale québécoise.
Bien que les recommandations du BAPE ne soient pas contraignantes, elles réjouissent les citoyens du secteur, comme Jocelyn Duff, membre de la société d'histoire d'Ahuntsic-Cartierville et membre du Comité citoyen de la promenade du Sault, créé pour militer en faveur d'une promenade riveraine.
On accueille très favorablement le rapport du BAPE, parce que ce qu'il dit, c'est qu'il faut prévoir des remblais configurés dès maintenant pour accueillir la promenade, même si elle est différée, c'est-à-dire qu'elle ne se fait pas immédiatement, mais plus tard. Donc ça, c'est dans une perspective de développement durable, disent les commissaires
, affirme Jocelyn Duff.
Résident du quartier Ahuntsic, Daniel Gaudry abonde dans le même sens. Cette promenade continue est désirée depuis longtemps pour que l’ensemble de la population puisse profiter d’une telle promenade santé le long des berges, et surtout pour les gens défavorisés qui ne peuvent s’éloigner de la ville.
Les travaux d’Hydro sont une occasion unique pour agir, car une telle occasion ne se représentera probablement plus avant des dizaines d’années.

Le trait noir représente le mur de soutènement du barrage. En jaune, on retrouve les secteurs où un enrochement a déjà été fait. En rouge, les secteurs où les travaux seront faits entre 2027 et 2030.
Photo : Rapport du BAPE
Bien qu'il se réjouisse que la question d'une promenade riveraine soit la première recommandation du rapport, André Gravel, résident de longue date du secteur et membre de la section Ahuntsic de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées, aurait souhaité que les commissaires soient plus formels.
Peut-être que ça aurait pu être dit plus carrément, mais, vous savez, la responsabilité d'une Ville, c'est d'aménager des parcs, le territoire, c'est ça la responsabilité de la Ville de Montréal et de son arrondissement [Ahuntsic-Cartierville]. C'est pour l'avenir, c'est pour les générations futures
, dit-il.
Qu'en pense Hydro-Québec?
Dans une réponse écrite, Hydro-Québec rappelle que sa responsabilité est d’assurer la sécurité des personnes et la pérennité de ses ouvrages, tout en recherchant les meilleures solutions pour préserver l’environnement et la qualité de vie des communautés riveraines. Nous travaillons toujours à atteindre l'équilibre entre cette double responsabilité.
La société d'État dit examiner attentivement les recommandations formulées et dit poursuivre ses échanges avec le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, ses partenaires municipaux et les citoyens, dans un esprit de collaboration
.
Bien que la Ville de Montréal et l'arrondissement n'aient pas déposé de mémoires aux audiences du BAPE l'été dernier, la mairesse d'Ahuntsic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin, se dit favorable au projet.
Si on peut faire la promenade sur l'ouvrage d'Hydro-Québec plutôt que sur le terrain des gens, c'est sûr qu'on est ouverts à le faire!
Selon elle, le message du BAPE se résume à essayez donc de vous entendre pour que ce soit possible
.

L'enrochement a déjà eu lieu sur une petite section du mur de soutènement du barrage Simon-Sicard.
Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis
La mairesse approuve aussi la recommandation du BAPE concernant la coupe d’une trentaine d’arbres, dont près de la moitié dans le parc Louis-Hébert, en raison de l'ampleur des travaux qui s'échelonneront de 2027 à 2030. La coupe d'arbres matures fait toujours réagir les citoyens, rappelle-t-elle.
Hydro-Québec devrait informer la population environnante de l’évolution de sa gestion des arbres pendant les travaux
, écrit-on dans le rapport. Maude Théroux-Séguin estime que, souvent, les gens se mobilisent parce qu'ils n'ont pas eu l'information. Donc, en informant les gens, je pense que c'est un bon rappel que nos instances, à tous les niveaux, devraient toujours mieux communiquer avec le public.
Elle exprime cependant des réserves sur la recommandation qui concerne l'accès aux berges, un dossier défendu par la Fondation Rivières lors des audiences.
Le BAPE recommande de concevoir le projet afin que les générations futures puissent avoir accès aux berges de la rivière des Prairies et même y pratiquer des activités nautiques. Bien que l’Arrondissement n’envisage pas cette option pour le moment, il devrait, en collaboration avec Hydro-Québec, évaluer la possibilité d’adapter la conception des remblais pour prévoir l’accès à la rivière en terres publiques
, écrivent les commissaires du BAPE.
Maude Théroux-Séguin souligne que l'arrondissement travaille à ce que les citoyens aient accès aux berges le plus possible et que, justement, un peu plus haut sur la promenade existante, derrière l'école secondaire Sophie-Barat, un tel accès existe déjà. Est-ce que ça doit être à chaque 50 mètres, ou à chaque 100 mètres, je ne sais pas, mais il y a déjà des espaces pour faire ça.
Il faut penser au coût de telles installations et à combien de personnes elles profiteront, insiste-t-elle.
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