On ne pensait pas l’usage des drogues aussi ancien : leurs dents « pourries » révèlent ce qu’ils consommaient il y a 25 000 ans

Alcool, tabac, cannabis, opium, champignons... l'Humanité connaît (et utilise) depuis longtemps ces substances psychoactives. Certaines, comme le tabac et les boissons alcoolisées, depuis plus de 10 000 ans. S'agissait-il d'une utilisation à visée médicinale ? Chamanique ? Ou encore sociale ou stimulante ? Difficile de le savoir.
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Jusqu'à présent, les plus anciennes preuves archéologiques connues de consommation régulière de drogues étaient principalement associées aux premières sociétés agricoles. Mais une découverte récente laisse penser qu'il pourrait s'agir d'un comportement ancré bien plus profondément dans l'histoire humaine.
La noix d’arec, une drogue très consommée en Asie
Des chercheurs se sont en effet intéressés aux origines de l'utilisation de la noix d'arec comme psychotrope. Il s'agit de la noix présente au centre du fruit de l'aréquier, qui pousse dans les régions tropicales et humides d'Asie et du Pacifique.
Substance légale et culturellement très répandue en Asie, elle est connue pour provoquer des effets stimulants. Elle contient en effet de l'arécoline, une substance qui procure à la fois une sensation de bien-être, une augmentation de la vigilance et une diminution de la sensation de fatigue. Si l'usage a également pu être médicinal (affection de la bouche, vermifuge...), il participe toutefois, on le sait aujourd'hui, à l'apparition de cancers oraux.
Fruit de l'aréquier avec en son centre la noix d'arec. © 2009, Jee & Rani Nature Photography, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Des squelettes aux dents très abîmées
Si l'on peut retracer avec certitude son usage sur plusieurs millénaires, l'origine de cette pratique restait floue, jusqu'à présent, en raison notamment de la difficile conservation des noix au cours du temps. Mais des observations archéologiques, réalisées sur les restes de squelettes découverts sur l'île indonésienne de Sulawesi, apportent des indices précieux.
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L'analyse de la dentition des deux chasseurs-cueilleurs, le premier datant de 25 000 à 16 000 ans et le second de 7 600 à 6 300 ans, a révélé d'intéressantes marques d'usure, totalement inhabituelles dans ces communautés préhistoriques. Pour les chercheurs, ces marques sont compatibles avec une consommation répétée de noix d'arec. De plus, des analyses biochimiques réalisées sur les tissus dentaires des deux individus a bien révélé la présence d'arécoline.
Les résultats ont été publiés dans la revue Science Advances. Ils indiquent donc que cette drogue était consommée il y a potentiellement 25 000 ans, soit bien avant le développement de l'agriculture.
L'usure inhabituelle des dents de deux squelettes retrouvés sur l'île de Sulawesi laisse penser à une consommation de noix d'arec. © Brumm et al. 2026, Science Advances
Une tentative de calmer des douleurs dentaires ?
Il est établi que les anciens habitants de Sulawesi ne possédaient pas de bonnes dents et étaient relativement sujets à des caries. Or, l'arécoline contenue dans les noix est connue également comme étant un analgésique naturel.
Pour les chercheurs, il n'est donc pas impossible que ces hommes aient sucé les noix d'arec pour apaiser leurs douleurs dentaires. Une idée pas forcément judicieuse, puisque la surface abrasive et dure des noix aurait fini par abîmer leurs dents au point d'en exposer la pulpe interne... « Cela devait être extrêmement douloureux, explique Adam Brumm, auteur principal de l'étude, cela aurait provoqué des difficultés à manger, tout en augmentant le risque d'une infection chronique. »
La noix d'arec (parfois appelée noix de bétel) : la plus ancienne dépendance à une substance connue au monde remonte à l'ère glaciaire. © Griffith universityCette découverte ne permet pas encore de savoir exactement pourquoi ces chasseurs-cueilleurs consommaient de l'arec. Elle montre toutefois que la recherche d'effets psychoactifs pourrait être profondément ancrée dans notre histoire. Peut-être l'Humanité explore-t-elle simplement les propriétés de son environnement depuis bien plus longtemps qu'on ne l'imaginait.
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