Après la mort d’Arnaud Denis, l’alerte des victimes d’implants en polypropylène

Des associations de victimes de complications liées à des implants gynécologiques ont interpellé mercredi 23 septembre 2026 des responsables politiques sur leurs souffrances, ne cachant pas leur vive émotion au lendemain de la mort par euthanasie du comédien Arnaud Denis.
"Qui peut imaginer qu'en France, en 2026, des personnes meurent suite à des complications d'une pose d'implants en polypropylène, visant à traiter une incontinence, un prolapsus ou une hernie ?", a lancé Karine Prou, co-présidente de l'association Diva qui accompagne les victimes d'implants vaginaux en polypropylène.
"Il y a des douleurs qui conduisent à l'euthanasie ou au suicide", a-t-elle alerté au cours d'une table ronde sur les dispositifs médicaux gynécologiques, organisée par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, en montrant, la voix étranglée, les portraits d'"Elise" et "Karine", deux femmes victimes de ces implants et "qui ont mis fin à leurs jours".
Des complications liées notamment à une réaction de l’organisme ou à une mauvaise pose
"On pense à Arnaud Denis, 43 ans, qui nous a quittés hier" et qui "ces derniers jours (...) a reçu la même sentence que les 140 plaignantes des implants vaginaux. Un classement sans suite, incompréhensible", a-t-elle lancé.
En état d'invalidité sévère après la pose d'un implant anti-hernie en polypropylène, le comédien Arnaud Denis, qui avait créé un collectif alertant sur leurs dangers, s'est fait euthanasier mardi en Belgique à l'âge de 43 ans, pour mettre fin à ses souffrances.
Ces dispositifs en polypropylène sont aussi posés pour traiter l'incontinence ou le prolapsus.
Les complications - dues notamment à une réaction de l'organisme ou à une mauvaise pose - varient entre infections urinaires, lésions, ou douleurs chroniques qui empêchent de marcher, s'asseoir, avoir des relations sexuelles. Ces dispositifs s'incorporent progressivement aux tissus et leur retrait, difficile, peut être mutilant.
"Ce scandale sanitaire touche directement l'intimité et la santé des femmes. Des milliers de patientes sont condamnées à l'isolement, à la honte, c'est insupportable", s'est emportée Mme Prou.
Implants vaginaux : la plainte de 140 femmes classée sans suite
"En France, il y a un défaut de prise en considération du problème, ce qui est surprenant quand on sait qu'à l'étranger, les condamnations sont prononcées et les laboratoires ont été reconnus coupables. Et nous, en France, on nous dit "circulez, il n'y a rien à voir", a-t-elle déploré.
"Douleurs pelviennes, neuropathie, troubles sexuels, urinaires ou digestifs, difficultés à marcher, à rester assise ou à travailler. Ces complications peuvent être profondément invalidantes. Certaines femmes souffrent immédiatement ou peu de temps après la pose, d'autres, plusieurs années plus tard", a souligné de son côté la présidente de l'association Balance ta bandelette, Anne-Laure Castelli.
La plainte d’Arnaud Denis classée sans suite
Dans une lettre adressée à Arnaud Denis, le parquet de Paris a justifié sa décision : "Si la chronologie et un raisonnement par élimination permet d'estimer qu'un lien est possible entre vos symptômes et l'implantation du dispositif médical, l'absence de lien de causalité certain établi sur des bases scientifiques exigé par le droit pénal empêche de rechercher une infraction pénale tant concernant le fabriquant de la prothèse que les médecins ayant prescrit et posé ce dispositif". Son avocat, Me Courtois, a toutefois déposé une nouvelle plainte le 18 septembre avec constitution de partie civile, afin d’obtenir l’ouverture d’une instruction judiciaire.
Des dispositifs qui s’intègrent aux tissus et compliquent leur retrait
"En France, il y a un défaut de prise en considération du problème, ce qui est surprenant quand on sait qu'à l'étranger, les condamnations sont prononcées et les laboratoires ont été reconnus coupables. Et nous, en France, on nous dit "circulez, il n'y a rien à voir", a-t-elle déploré.
CHIFFRES Selon Me Pierre Debuisson, avocat du collectif Victimes françaises de prothèses de hernie, plus de 200.000 opérations de ce type sont réalisées chaque année en France. En se basant sur les études qu’il cite, 5 à 10 % des patients pourraient souffrir d’effets secondaires définitifs, soit au moins 100 000 victimes. D’autres études évoquent une proportion de 10 à 20 %, ce qui porterait le nombre de victimes potentielles entre 100.000 et 300.000. À ce jour, 216 signalements ont été déposés auprès de l’ANSM et Me Debuisson affirme avoir été contacté par plus de 500 victimes.
"Douleurs pelviennes, neuropathie, troubles sexuels, urinaires ou digestifs, difficultés à marcher, à rester assise ou à travailler. Ces complications peuvent être profondément invalidantes. Certaines femmes souffrent immédiatement ou peu de temps après la pose, d'autres, plusieurs années plus tard", a souligné de son côté la présidente de l'association Balance ta bandelette, Anne-Laure Castelli.
"Nous demandons la reconnaissance et l'étude du syndrome douloureux chronique des implants pelviens", a-t-elle ajouté. Selon elle, "plus de 100 femmes françaises se sont déjà rendues à leurs frais aux Etats-Unis pour une explantation".
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