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Thursday, October 22, 2026

Quand Van Gogh a-t-il observé «La nuit étoilée»?

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Une analyse astronomique de La nuit étoilée de Vincent Van Gogh a permis d’établir le moment exact que le peintre a choisi de reproduire dans son célèbre tableau. Cette analyse a permis de confirmer que la disposition des astres émaillant le ciel du tableau correspond à celle qui prévalait un peu avant l’aube du 22 juillet 1889, et non pas du 19 juin, comme on l’avait présumé précédemment. Qui plus est, dans leur compte rendu publié dans Scientific Reports, les scientifiques démontrent que ce ciel n’est pas le fruit de l’imagination de l’artiste, mais une représentation, stylisée bien sûr, néanmoins réaliste d’une observation astronomique attentive.

Les chercheurs ont fait appel à une méthode d’astronomie forensique qui consiste à comparer l’agencement des astres (planètes, étoiles, Lune) représentés dans un tableau avec leur position réelle à l’époque où il a été peint, obtenue par des simulations astronomiques. À ces mesures, ils ont ajouté des données climatiques historiques, des lettres que le peintre a écrites à son frère Théo et le champ de vision qui s’offrait à lui depuis la fenêtre de la chambre qu’il occupait à l’asile du monastère Saint-Paul-de-Mausole, situé à Saint-Rémy-de-Provence.

Les chercheurs ont d’abord vérifié la fiabilité de leur méthode, notamment sur deux tableaux de Van Gogh peints en 1888. Dans Nuit étoilée sur le Rhône, ils ont pu confirmer qu’il avait reproduit l’agencement des étoiles formant la Grande Ourse tel qu’il apparaissait vers 22 h 16 depuis sa chambre à Arles.

Pour Terrasse du café le soir, dont la date d’exécution du 14 au 15 septembre est relatée dans une correspondance, ils ont pu déterminer que les trois plus grandes étoiles sur le tableau correspondent à celles du Triangle d’été, soit Véga, Altair et Deneb, qui forment une figure géométrique qu’on appelle astérisme, juste après le crépuscule, vers 23 h.

Pour La nuit étoilée, les chercheurs ont mené une enquête sur le terrain afin de déterminer le champ de vision exact qu’avait Vincent Van Gogh pour peindre ce tableau. En se basant sur le paysage représenté, ils ont constaté l’étroitesse de ce champ de vision et, de ce fait, la portion restreinte de ciel qu’il pouvait contempler.

Configuration astronomique

Dans le tableau, la Lune est située au-dessus de Vénus, ce qui signifie qu’elle s’est levée en premier. Or, cette disposition était visible depuis la chambre autant le 23 juin peu avant l’aube, comme on l’avait initialement présumé, que les 22 et 23 juillet vers 3 h.

En revanche, en juillet, il est possible de voir aussi Aldébaran, l’une des étoiles les plus brillantes du ciel nocturne, qui figure sur le tableau, ainsi que l’amas des Hyades, plus précisément le 22 juillet, qui se trouve au centre du tableau. « Cet assemblage particulier de corps célestes présents dans le tableau renforce la possibilité que Vincent ait capté cette vue du ciel depuis son étroit champ de vision », écrivent les auteurs.

Selon l’hypothèse du 19 juin, c’est la constellation du Bélier qui figurerait au centre du tableau, mais, compte tenu de la position de Vénus, un tel scénario n’aurait été visible que pendant un intervalle extrêmement court qui n’aurait pas vraiment donné le temps nécessaire à l’artiste pour croquer cette configuration céleste.

De plus, le 19 juin 1889, la Lune en était à son dernier quartier avant d’être pleine. Par contre, dans le tableau, elle épouse la forme d’un croissant décroissant comme cela devait l’être le 22 juillet. Ces deux phases lunaires diffèrent catégoriquement, soulignent les chercheurs, ce qui rend « la période du 19 juin difficilement acceptable ».

Au centre du tableau, cinq étoiles particulièrement saillantes forment un astérisme en forme de triangle quand on les relie. Or, ce triangle présente une très grande similarité avec celui que l’on peut dresser à partir des cinq étoiles visibles à l’œil nu (les étoiles α, θ, γ, δ et ε) qui forment le squelette de l’amas des Hyades. Selon les chercheurs, cette représentation céleste particulière souligne la « résolution visuelle exceptionnelle du peintre », qui probablement aurait même perçu cette forme en V de l’astérisme de l’amas.

Une analyse physico-chimique indépendante du tableau confirme que cet astérisme central avait été délibérément prévu, car les sites particuliers sur le tableau où se trouvent ces étoiles avaient d’abord été laissés vierges pendant que Van Gogh appliquait le bleu du ciel. Et qu’il avait peint ces étoiles après coup dans ces espaces réservés.

Les chercheurs ont également remarqué que non seulement la disposition des étoiles, mais aussi l’inclinaison de la forme en V de l’amas par rapport à l’horizon correspond précisément à celle du 22 juillet vers 3 h.

Pour les auteurs, il ne fait plus de doute que cet astérisme « n’est pas un ornement fantaisiste imaginé par l’artiste, mais une synthèse visuelle de ce qu’il avait remarqué ».

Ciel dégagé et chaleur d’été

Par ailleurs, les données météorologiques du 22 juillet 1889 montrent que le ciel était suffisamment dégagé pour permettre une bonne visibilité.

De plus, dans sa correspondance épistolaire avec son frère, Van Gogh décrit le chant lancinant des cigales, qui est normalement associé aux grandes chaleurs de juillet. En l’occurrence, les températures enregistrées en juillet 1889 font état de longues périodes où le mercure atteint de 30 °C à 34 °C. L’artiste affirme à son frère avoir opté pour des lignes contorsionnées que lui inspirent les cigales qui virevoltent dans la chaleur du jour : un autre indice que le tableau traduit une nuit très chaude de juillet.

Selon les dates de ces lettres, il aurait commencé La nuit étoilée en juin, mais ne l’aurait pas expédié avant le 20 septembre, ce qui renforce l’hypothèse qu’il se serait inspiré de la nuit du 22 juillet.

La phase décroissante de la Lune, l’agencement céleste réunissant Vénus, le satellite de la Terre et les principales étoiles de l’amas des Hyades fournissent de multiples indices indiquant que Vincent Van Gogh a reproduit très fidèlement le ciel du 22 juillet 1889 vers 3 h du matin.

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