L'extrême droite enchaîne les rounds gagnants en France et se prépare à disputer le match présidentiel

Ce sont des élections indirectes qui ne passionnent ni les foules, ni les médias. Et pourtant, l’étape marquée par le Rassemblement National ce lundi est plus que symbolique. Pour la première fois, le RN va pouvoir s’allier avec l’UDR (Union des droites pour la République) d’Eric Ciotti pour former un groupe politique au Sénat français.
Pour élire les sénateurs, pas de citoyens dans les isoloirs mais des élus locaux, maires et conseillers municipaux et départementaux. C’est un système de grands électeurs tous les trois ans qui éclaire cette fois sur une nouvelle réalité : le RN commence à s’implanter partout, et plus seulement dans quelques bastions.
Ces élections indirectes rendent l’accès au Sénat difficile pour un groupe montant. Il faut d’abord conquérir les pouvoirs locaux et les postes de grands électeurs. L’évolution est plus lente. Paradoxalement, les électeurs peuvent choisir le RN à 31% lors des européennes en 2024 et les grands électeurs peuvent créditer ce même parti d’à peine 4% en 2026 au Sénat. Voilà pourquoi, le RN cherche à développer son assise locale pour gagner l’échelon supérieur.
Le Sénat français dans le palais du Luxembourg à Paris © AFP – Julie Sebadelha
4% au Sénat, ce n’est presque rien ? Oui mais…
En 2023, le parti d’extrême droite avait obtenu trois sénateurs supplémentaires. Il passe aujourd’hui à 12 sénateurs sur 348. Et même 15 avec leurs alliés de l’UDR. C’est une progression forte. Mais le barrage des grands électeurs et la difficulté du RN à conquérir de grandes villes restent très conséquents.
Après les municipales de mars 2026, le RN a conquis Perpignan comme seule grande ville de plus de 100.000 habitants. Le parti visait Toulon, Marseille, Nîmes mais n’a pas réussi à s’imposer. Ces échecs dans les grandes villes expliquent aussi le résultat compliqué du RN au Sénat.
Mais le Rassemblement National marque tout de même une étape importante. À partir de 10 sénateurs, un parti, ou une alliance de partis peut se constituer en groupe politique. Le RN et l’UDR vont donc pouvoir bénéficier des avantages d’un groupe. Cela veut dire des moyens matériels et financiers, des collaborateurs, du temps de parole et d’autres avantages de procédures.
Le président du RN Jordan Bardella le soir de l’élection sénatoriale, ce dimanche soir © AFP – Sébastien Dupuy
Présidentielle 2027, Marine Le Pen haut la main dans tous les scénarios
Dans huit mois, la France se choisira un nouveau président. Les sondages se multiplient et prédisent tous la même tendance. Un seul nom sur la première marche du podium : celui de Marine Le Pen. Ce serait la victoire suprême du RN.
La 4e sera donc probablement la bonne. Après trois candidatures et deux présences au second tour, l’égérie du Rassemblement National se prépare à devenir cette fois présidente.
Le dernier sondage réalisé pour RTL et M6 creuse même l’écart. Au second tour, Marine Le Pen serait créditée de 69% des voix en cas de duel face à Jean-Luc Mélenchon (et c’est le scénario le plus anticipé) et 57% face à Édouard Philippe.
Les sondages restent, rappelons-le, de simples photographies de l’opinion publique à un moment précis sur un échantillon limité de population. Mais ils influencent le débat.
Marine Le Pen signe un autographe le 4 juillet 2026 © AFP – Simon Wohlfahrt
Et si le verrou présidentiel saute ?
Ces dernières années, le RN a gagné en force au sein de l’Assemblée nationale. Le parti a obtenu 21% des sièges et influence fortement le débat parlementaire. Encore une fois, on voit bien la différence entre l’Assemblée et le Sénat. 21% contre 4%. La différence n’est liée qu’à la procédure de vote direct ou indirect.
Le Parlement européen est conquis à 31%. Et le RN progresse dans les municipalités avec une difficulté à conquérir les grandes villes. Il reste au parti la plus grosse part du gâteau à saisir. La présidence et le gouvernement. L’extrême droite n’a jamais atteint ces deux institutions de la Cinquième République.
Pour trouver sa place au gouvernement, le chemin le plus évident est de se saisir de la présidence. Si le 2 mai prochain, Marine Le Pen l’emporte, elle nommera un Premier ministre, probablement Jordan Bardella. C’est lui qui sera appelé à proposer des noms pour former un gouvernement. Dans ce scénario, le RN pourrait donc obtenir ses premiers ministres.
Édouard Philippe candidat de centre droit à la présidentielle 2027 © AFP – Sébastien Dupuy
Autre scénario : victoire d’Édouard Philippe et accord gouvernemental avec le RN
57% des intentions de vote pour Marine Le Pen, au 2e tour, face à Édouard Philippe, ce n’est pas encore une victoire assurée. Si le candidat de centre droit l’emporte, tout ne sera pas encore perdu pour le RN. Le Premier ministre nommé par le président pourrait décider de former un gouvernement avec le parti d’extrême droite.
Jusqu’à présent, une telle alliance n’a jamais été tentée. Souvent par volonté de faire barrage. Pour les partis de gauche et même de droite, difficile de vendre à son électorat de vouloir monter dans un gouvernement avec le RN. Une alliance à droite avec l’extrême droite n’a jamais été approuvée mais les équilibres des forces évoluent et le RN se rend, à chaque élection, plus indispensable.
Le RN scruté et attendu au tournant
Ce lundi, le média d’investigation Mediapart publie des conversations privées qu’il estime avoir pu authentifier. Des conversations du président du RN qui datent de 2013. Jordan Bardella avait alors 17 ans et explique que "le juif doit dominé (sic.) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur".
Jordan Bardella a démenti auprès du média, évoquant "des faux grossiers". Des révélations qui mettent à mal les tentatives du parti de dédiabolisation, de distance par rapport à un racisme prétendument passé. Si le RN enchaîne les rounds gagnants, son passé lui laisse cependant des cicatrices bien visibles.
Il reste sept mois avant la soirée du 2 mai. Mais déjà, le RN est au centre de tous les débats. Et de toutes les critiques.
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