Biennale de Lyon: Akwasi Bediako Afrane, l’artiste ghanéen fait danser les déchets électroniques

Akwasi Bediako Afrane, 36 ans et plein de ressources, s’avère être un digne héritier du grand artiste ghanéen El Anatsui. Quand ce dernier nous éblouit avec ses tapisseries géantes et scintillantes assemblées à partir de capsules de bouteilles écrasées, son compatriote lui emboîte le pas avec une œuvre monumentale et amusante qui donne le sourire. « La danse du dialogue », présentée à la Biennale de Lyon, est composée à partir d’appareils électroniques jetés par l’Occident. Entretien.
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RFI : Vous êtes né en 1990 dans l’une des principales villes du Ghana, Kumasi, ancienne capitale de l’Empire ashanti, également connue pour être le lieu de naissance de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Kumasi est parfois nommée « la ville-jardin », à cause de ses nombreuses espèces de fleurs et de plantes. Comment êtes-vous venu à l’art dans un tel endroit ?
Akwasi Bediako Afrane : Je suis né dans une banlieue de Kumasi, à Ahinsan. En grandissant, nous vivions au sein d’une communauté passionnante où les enfants commençaient à créer des objets intéressants à partir d’objets récupérés et de matériaux trouvés. Puis nous jouions avec. J’ai donc grandi avec cet intérêt pour ces choses. En poursuivant ma carrière artistique, l’un de mes professeurs m’a conseillé de m’orienter vers l’utilisation de ces matériaux auxquels je me sens si attaché. Ma communauté à Kumasi a donc été très enrichissante et m’a beaucoup soutenue dans ma pratique et mon parcours artistique.
À la plus grande biennale d’art contemporain en France, à Lyon, votre installation multimédia nous invite à une Danse du dialogue très particulière.
Ce que vous voyez, c’est TC-2000, 2026, Dance of Dialogue. L’œuvre porte un regard critique sur notre nature de consommateurs de gadgets technologiques, mais aussi sur notre rapport au numérique et sur la façon dont nous essayons tant de nous en distancer. L’œuvre comporte des vélos, parce que je souhaite créer une expérience collaborative pour le public. Il faut que quelqu’un pédale pour que vous puissiez profiter pleinement de l’expérience.
Au-delà de cette installation aux Grandes Locos, ancienne halle ferroviaire, vous menez deux autres projets participatifs dans le cadre de la Biennale de Lyon : autour de l’économie du soin à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu et autour de la consommation raisonnée avec des habitants de deux quartiers lyonnais. Pourquoi la participation est-elle un élément si important pour vous ?
Parce que je crois que le réseau social humain est très important pour nous, tout comme la construction de la société. Ce travail s’inspire des circuits imprimés que l’on trouve dans les appareils électroniques. On se rend compte que chaque composant de ces appareils joue son rôle, communique avec les autres pour que l’appareil avec lequel on interagit fonctionne parfaitement. Je pense que c’est un modèle ou un schéma que nous pouvons étudier et aussi utiliser pour notre société.
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Votre installation est un véritable labyrinthe composé d’appareils électroniques mis au rebut : des cartes électroniques, des moniteurs, des serveurs, des imprimantes, des câbles Ethernet… Peut-on parler d’une « œuvre d’art faite de déchets » ?
C’est une question linguistique que j’envisage toujours sous l’angle de la géographie. Quand je viens en Occident, les gens qualifient ces appareils de déchets ou d’ordures. Mais lorsqu’ils sont acheminés, lorsqu’ils sont expédiés dans mon pays, le Ghana, nous les appelons matériaux « d’occasion ». Ils sont considérés comme des marchandises que les gens revendent. Nous les utilisons ensuite dans nos activités quotidiennes. Cela dépend donc de la personne qui s’y réfère. Mais pour ma part, je les considère comme des biens d’occasion qui peuvent être utilisés.
Vous transformez ces matières « amputées » en machines artistiques et micro-organismes robotiques. Ces « trons » sont aussi habités par une multitude de bruits. Comment avez-vous choisi ces sons ?
Je n’ai pas choisi les sons, ce sont les machines elles-mêmes qui les produisent. Pour moi, ce sont des caractéristiques intéressantes que je découvre dans ces appareils : le son, la lumière, la chaleur… Pour revenir à l’idée des déchets, ils révèlent les signes de vie qui subsistent au sein de ces appareils que les gens jettent. Il est donc très important pour moi d’amplifier ces sons, ces mouvements et ces lumières.
Au début, quand on s’approche de votre œuvre, il y a une multitude d’écrans, mais pas d’images. Combien d’écrans s’allument par l’électricité produite par les visiteurs ?
En réalité, la plupart des écrans de mon œuvre fonctionnent : quand ils s’allument, on voit alors le code vert d’entraînement de Matrix [symbole de la simulation informatique, NDLR], que je crée à partir du titre de l’œuvre, qui est également une référence à Matrix et à la façon dont nous servons de source d’énergie pour les appareils électroniques. Ainsi, si quelqu’un pédale, on commence à voir quelque chose s’afficher à l’écran.
Actuellement, vous êtes doctorant au département de peinture et de sculpture de l'Université Kwame Nkrumah des sciences et technologies (KNUST), à Kumasi. Quels sont les artistes qui vous ont donné envie de vous lancer dans l’art et qui ont inspiré votre travail ?
Honnêtement, il y en a beaucoup. Si je devais tous les citer, cela prendrait un certain temps, mais je vais essayer d’en mentionner quelques-uns. Au fil de mon parcours, tant pendant ma jeunesse que dans ma vie professionnelle, j’ai été inspiré par des artistes tels que Karî’kachä Seid’ou, Kwame Opoku-Bonsu, El Anatsui, Ibrahim Mahama, Kelvin Hazel, Dorothy Amenuke, Frederick Okai, Emmanuel Donkor Eyram… Ils sont vraiment nombreux.
18e Biennale d’art contemporain de Lyon, jusqu'au 13 décembre 2026.
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