Blocage des lycées en France: la LDH dénonce une «dérive globale par rapport à l'État de droit» de la police

À la veille d'une nouvelle journée de mobilisation des lycéens, rejoints par les étudiants et plusieurs syndicats de l'éducation nationale, la Ligue des droits de l'homme (LDH) et plusieurs organisations syndicales ont dénoncé ce lundi 5 octobre des dérives, en particulier lors des interventions des forces de l'ordre. La LDH reproche aux autorités d'avoir fait le choix du tout répressif.
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Près de 2 000 personnes ont été arrêtées en une seule journée jeudi 1er octobre. Ce chiffre, qui s'approche du record historique des gilets jaunes fin 2018, est déjà parlant pour la LDH, qui dénonce aussi la multiplication des interdictions de rassemblement aux abords des lycées et les fermetures administratives d'établissements comme une atteinte disproportionnée au droit de manifester et à la liberté d'expression.
L'organisation critique aussi la disproportion des moyens employés, qu'elle qualifie de « dérive globale par rapport à l'État de droit », face à des manifestants mineurs pour la plupart : drones, LBD, lacrymogènes à outrance, ou effectif massif de policiers suréquipés mais pour beaucoup non-spécialistes du maintien de l'ordre.
Des méthodes d'intervention brutales
Pour la LDH, l'application des doctrines d'engagement prônée en matière de violences urbaines « est un choix grave, qui assimile les jeunes à des ennemis intérieurs à neutraliser avec des armes de guerre ».
Sa présidente Nathalie Tehio s'inquiète des consignes données aux forces de l'ordre. « Il y a ce que les sociologues appellent un chèque en gris puisque nous avons une consigne de Laurent Nunez, qui a été écrite, qui dit : "l'usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l'action pour rétablir l'ordre". Une chose pareille est compliquée à attaquer, parce qu'il ne dit pas expressément "allez-y, utilisez la force comme vous le voulez". Mais, qu'est-ce qu'il met comme priorité ? L'ordre et encore l'ordre. Là, on n'est pas sur un principe d'un État de droit où ce sont les libertés qui priment. Normalement, si on suit la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme, l'État doit protection aux manifestants. Et encore plus quand il s'agit d'enfants. »
Sur la base des retours terrain, la LDH estime d'ailleurs que les méthodes et la brutalité des interventions sont bien plus « facteurs d'escalade et de désordre que de maintien de l'ordre ».
Ce sont des pratiques d'interpellation qui sont extrêmement brutales et qui créent une terreur. Comment voulez-vous qu'ils se sentent légitimes à exercer un droit de manifester s'ils assistent à ça ? C'est extrêmement traumatisant, bien entendu, pour ceux qui le subissent, mais aussi pour tous ceux qui sont autour.
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Emmanuelle Jourdan-Chartier, vice-présidente de la LDH
Laura Martel
« La répression ne fera pas taire notre colère »
Pour certains syndicats étudiants qui ont rejoint la mobilisation, outre la répression, le musèlement du mouvement passe aussi par la focalisation des discours politiques et médiatiques sur les débordements.
C'est ce que dénonce Lucie, représentante du syndicat Solidaires étudiant.e.s, qui accuse le gouvernement en particulier de déplacer le débat. « Une poubelle brûlée, ça ne peut pas interdire à tous les lycéens et les lycéennes d'une ville de se rassembler pour se mobiliser pour leurs droits. Quelques dégradations ne justifient ni la surveillance par drone, ni la fermeture préventive des établissements. C'est pourtant ce que nous voyons aujourd'hui, explique la jeune femme. On peut fermer les lycées, on peut envoyer la police devant les établissements, mais demain, nos classes seront toujours surchargées, on n'aura toujours pas de profs, on continuera d'être triés par Parcoursup, nous continuerons de sauter des repas – c'est un étudiant sur deux qui saute des repas et un étudiant sur dix qui est à la rue. La répression ne fera pas taire notre colère parce que ce n'est pas la mobilisation de la jeunesse qui est notre problème. Le problème, ce sont les politiques qui détruisent nos conditions d'étude et nos conditions de vie. »
La LDH et ses partenaires ont annoncé saisir le Défenseur des droits et les rapporteurs spéciaux de l'ONU concernant « les ordres donnés » et « les violences commises par les forces de l'ordre ».
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