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Wednesday, October 7, 2026

Passé le "plombier polonais" : comment la Pologne s’est hissée parmi les économies les plus dynamiques d’Europe

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C’est une ville en mouvement. Une ville qui se transforme à vue d’œil. Les gratte-ciel poussent comme des champignons. Dans leur ombre, les 231 mètres du gigantesque Palais de la culture et de la science, vestige de la Pologne communiste, paraissent presque minuscules. Varsovie se modernise à vitesse accélérée.

Et la capitale du pays n’est que la vitrine d’une transformation beaucoup plus profonde. En quelques années, la Pologne est devenue l’une des économies les plus dynamiques d’Europe. En 2025, la Pologne a enregistré 3,6% de croissance, loin devant l’Allemagne, la France ou la Belgique. Son PIB a franchi la barre symbolique des 1000 milliards de dollars, rapprochant le pays du top 20 des puissances économique mondiales. Quant au chômage, il reste extrêmement bas, autour de 3%. Le cliché du plombier polonais a sérieusement jauni.

Le retour des enfants du pays

Karol Bobrowicz a quitté la Pologne avec ses parents au début des années 2000. Ce jeune architecte de 26 ans vient de faire le chemin inverse pour se lancer dans le commerce en plein cœur de Varsovie.

"Ouvrir un restaurant ici, c’est beaucoup plus simple qu’en Belgique. On peut le faire directement par internet. J’ai eu la réponse de l’administration en un jour". Un mois plus tard, Karol ouvrait son comptoir à Bagels.

Même trajectoire pour Ingrid Pieńczykowska. Elle est née à Uccle il y a 26 ans. Ses parents ont quitté la Pologne dans les années 90. Elle a découvert Varsovie lors d’un stage. Deux ans plus tard, elle s’y installe. "Ici, je me sens en sécurité, la ville est propre et les pouvoirs publics font tout pour accueillir les nouveaux arrivants. Je bénéficie d’une réduction d’impôt pendant quatre ans". Son avenir, elle le voit désormais en Pologne.

Karol Bobrowicz et Ingrid Pieńczykowska ont fait le chemin inverse de leurs parents en venant s'installer à Varsovie © RTBF

L’Union européenne comme accélérateur

Cette nouvelle attractivité ne doit rien au hasard. L’adhésion à l’Union européenne en 2004 a été la première étape du miracle polonais. En 22 ans, le pays a bénéficié de plus de 277 milliards d’euros de fonds européens.

Mais pour l’économiste Witold Orlowski, membre du conseil économique du Premier ministre, l’argent européen n’explique pas tout. Le véritable accélérateur, c’est l’accès au marché unique. "Les fonds européens ont bien sûr été importants mais ils ne garantissent pas la croissance. Pour cela il a fallu développer nos exportations, notamment au sein du marché unique. Il s’agissait donc principalement d’une croissance tirée par le marché".

Le professeur d'économie Witold Orlowski est membre du conseil économique du Premier ministre polonais © RTBF

Pour pouvoir en profiter, la Pologne avait commencé à se transformer. Dans les années 1990, le pays engage des réformes brutales pour tourner la page du communisme et mettre en place une économie de marché.

"La Pologne a été le pays le plus radical de toute l’Europe centrale et orientale, le plus radical en matière de réformes de stabilisation et de privatisation. Au début, elles ont été très douloureuses, mais les fruits ont fini par arriver".

Le changement a d’abord provoqué un exode. Dans les années qui ont suivi l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne, quelque deux millions de Polonais ont quitté le pays. Mais le mouvement s’est aujourd’hui inversé. Près d’un million serait aujourd’hui rentré au bercail, attiré par une économie qui offre davantage d’opportunités qu’au début des années 2000.

Une pépinière de talents

Le secteur de la tech polonaise connaît une croissance spectaculaire. Le secteur informatique représente aujourd’hui près de 4,5% des richesses produites dans le pays.

Parmi les nombreuses success-stories du secteur, Blik fait figure de pionnier. Lancée en 2015, l’entreprise est spécialisée dans les systèmes de paiement mobile et en ligne. Son système permet d’effectuer des achats ou des virements bancaires, sans carte bancaire, à l’aide d’un simple code à 6 chiffres. L’entreprise revendique aujourd’hui 22 millions d’utilisateurs quotidiens.

Katarzyna Matuszczyk, directrice financière de l'entreprise BLIK qui revendique aujourd'hui quelque 22 millions d'utilisateurs quotidiens en Pologne © RTBF

Pour Katarzyna Matuszczyk, directrice financière de Blik, le secret tient notamment aux compétences disponibles sur le marché du travail. "Les gens ici sont très qualifiés particulièrement dans le domaine de la technologie. Nous avons beaucoup de spécialistes, de nombreux collaborateurs talentueux dans la cybersécurité… Des travailleurs bien plus compétitifs que ceux d’Europe de l’ouest".

Une combinaison devenue l’un des atouts majeurs du pays : des travailleurs hautement qualifiés, mais dont le coût reste inférieur à ceux d’Europe de l’ouest.

L’industrie, autre moteur du miracle

La Pologne ne mise toutefois pas tout sur les start-up et les applications mobiles. Son autre force, plus traditionnelle, c’est l’industrie. Elle pèse 25% du PIB dopée par les capitaux étrangers. "Après la chute du communisme, la Pologne manquait cruellement de capitaux, nous explique Witold Orlowski. Elle en avait besoin pour se développer. Ce sont les multinationales qui ont apporté une grande partie de ces capitaux. Elles ont installé ici leurs sites de production, attirées par une main-d’œuvre moins chère mais très bien formée".

Au sud-ouest de Varsovie, l'usine du groupe Hydro de Łódź fabrique des pièces en aluminium pour l'industrie automobile © RTBF

Pour s’en rendre compte, nous sommes allés à Łódź, à une grosse centaine de kilomètres au sud-ouest de Varsovie. Sur six hectares, l’usine très moderne du groupe norvégien Hydro fabrique des pièces en aluminium pour l’industrie automobile.

Le contraste est saisissant. Alors que le groupe a récemment fermé des sites de production en France, en Italie ou au Royaume Uni, il continue ici à investir plusieurs dizaines de millions d’euros dans des machines comme dans le personnel.

Anna, jeune employée ukrainienne travaille dans l’usine depuis 2023. "Je voulais trouver un emploi ici. Un de mes collègues m’a suggéré de postuler. J’ai obtenu ce poste très facilement". Autour d’elle, les lignes de production se modernisent, les effectifs continuent de grossir.

Maciej Zaborowski, directeur de l’usine Hydro de Łódź a du mal à reconnaitre son pays après 20 ans de transformations économiques. © RTBF

"En dix ou quinze ans, nos installations ont considérablement évolué, reconnaît Maciej Zaborowski, le directeur de l’usine Hydro de Łódź. Si l’on compare le pays que j’ai connu il y a 20 ans à celui d’aujourd’hui, il est difficile de décrire l’ampleur des changements qui se sont opérés."

Le revers de la médaille

Mais ce rattrapage spectaculaire a une faiblesse et elle pourrait devenir son principal défi : la démographie

Avec à peine un enfant par couple, la Pologne affiche l’un des taux de fécondité les plus bas d’Europe.

Le pays attire les investissements. Il attire les talents. Il fait même revenir une partie de ceux qui étaient partis mais cela ne suffira pas à compenser le manque de bras qui se profile. A terme, la mécanique du miracle économique polonais pourrait se retrouver confrontée à cette équation : comment continuer à faire tourner une économie en pleine expansion avec toujours moins d’actifs ?

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