Les Houthis frappent l’Arabie saoudite, l’Iran dément toute implication dans la guerre au Yémen
Les Houthis pro-iraniens du Yémen, galvanisés par leurs récentes avancées, ont de nouveau frappé lundi des cibles militaires dans l’Arabie saoudite voisine, l’Iran démentant de son côté toute implication dans ce conflit, nouveau front de la guerre au Moyen-Orient.
Le mouvement houthi a infligé ces derniers jours d’importants revers aux forces gouvernementales yéménites et à leur allié saoudien, renforçant au terme d’une offensive éclair son emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant l’Europe à l’Asie.
Il a aussi visé les infrastructures pétrolières de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus du seuil symbolique de 100 dollars.
Lundi, une frappe houthie dans l’ouest du Yémen a tué huit soldats des forces gouvernementales, selon deux sources militaires. Les Houthis ont eux ont revendiqué une nouvelle attaque « de grande envergure » au moyen de « dizaines de missiles balistiques et de drones » contre la base aérienne de King Khalid, à Khamis Mushait dans le sud de l’Arabie saoudite.
Un riverain a dit à l’AFP avoir vu de « nombreux missiles » tomber sur la base militaire et avoir entendu de fortes explosions.
« C’est la première fois qu’il y en avait autant », a-t-il raconté, affirmant que l’attaque avait provoqué un incendie « qui a duré très longtemps ».
Ryad a riposté par une cinquantaine de frappes, comme la veille, selon les Houthis.
Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume, a reçu lundi à Djeddah le chef du Commandement central américain (CENTCOM), l’amiral Brad Cooper, pour évoquer « les derniers développements dans la région », selon l’agence de presse officielle saoudienne SPA.
Il se rendra mardi en Égypte, pour y rencontrer son homologue Abdel Fattah al-Sissi et discuter des « développements régionaux », a annoncé la présidence égyptienne.
« Position de force »
Dans ce contexte tendu, l’Arabie saoudite a demandé le report d’une rencontre avec l’Iran, censée réunir lundi à Oman les pays du Golfe, selon la diplomatie iranienne.
« Invoquer la question yéménite comme raison [du report] est un prétexte », a estimé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, lors d’une conférence de presse à Téhéran.
« L’Iran n’intervient pas dans les affaires yéménites », a-t-il assuré, affirmant que les Houthis étaient « des acteurs totalement indépendants [qui] prennent leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts ».
Cette réunion devait porter sur l’avenir du détroit d’Ormuz, autre détroit clé pour le commerce mondial d’hydrocarbures, que l’Iran verrouille depuis des mois.
« Malgré les fortes pressions exercées par les États-Unis, l’Iran conserve un contrôle relatif sur Ormuz », souligne l’analyste politique Maziar Khosravi. Parallèlement, les derniers développements au Yémen « ont instauré un nouvel équilibre des pouvoirs dans la région et même à l’échelle internationale ».
« Il me semble donc que l’Iran [se rendait] à cette réunion en position de force », dit-il à l’AFP, face à une Arabie saoudite affaiblie.
« Intenable »
Le royaume est sous pression, entre les attaques des Houthis et ses pétroliers désormais menacés dans les deux détroits entourant son territoire.
Son oléoduc Est-Ouest, voie d’exportation de brut cruciale pour contourner le blocage d’Ormuz, est aussi à l’arrêt après des attaques de drones venues d’Irak selon Ryad.
Les avancées des Houthis ont aggravé « une crise que les États du Golfe jugeaient déjà intenable. Avec Ormuz entravé et Bab el-Mandeb de plus en plus vulnérable, la désescalade devient un impératif économique », estime Ali Vaez, du centre de réflexion International Crisis Group.
Après des années d’accalmie, le Yémen a été entraîné en juillet dans le conflit régional déclenché par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran fin février.
Les combats de ces dernières semaines dans l’ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et ont déplacé près de 86 000 personnes selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont au point mort, le président américain a de son côté affirmé lundi — de nouveau — être prêt à discuter.
« L’Iran veut conclure un accord rapidement et désespérément. Je choisirai si les États-Unis décident ou pas d’y répondre — nous sommes ouverts à l’idée », a écrit Donald Trump sur son réseau social.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.