"Le magnétisme" : le nouveau trimestriel La Recherche est disponible

Dans l’histoire des mathématiques, il y aura sans doute un avant et un après 2026. En quelques mois, les progrès de l’intelligence artificielle ont été tels que la question n’est plus de savoir si les chercheurs l’utiliseront, mais comment ils travailleront avec elle (p. 90). Emmanuel Breuillard, titulaire de la chaire de mathématiques pures à l’université d’Oxford, va jusqu’à prédire la disparition prochaine de la médaille Fields : "Comment distinguer, dans une découverte, ce qui revient à l’humain et ce qui revient à la machine ? Et comment continuer à récompenser un individu lorsque cette frontière devient impossible à tracer ?"
Un "téléscope" pour voir plus loin
Le bouleversement dépasse la seule question des prix : propriété intellectuelle, publications, évaluation des chercheurs, recrutement, formation des étudiants… Tout l’écosystème va être transformé en profondeur. Après deux mille ans, les chercheurs de ces domaines disposent enfin d’un « télescope » pour voir plus loin.
Reste que celui-ci n’a rien d’immatériel. L’explosion de l’IA réclame toujours plus de puces, de mémoires, de centres de données et d’électricité. C’est précisément là que notre dossier consacré au magnétisme rejoint cette révolution. La spintronique, née notamment des travaux d’Albert Fert, exploite le spin de l’électron – sorte de mini-aimant – pour stocker et traiter l’information (p. 20). Elle pourrait demain rapprocher mémoire et calcul, et rendre certaines architectures informatiques moins énergivores. Le magnétisme nous emmène bien au-delà de nos ordinateurs. Invisible, il se manifeste de l’échelle de l’électron jusqu’à celle des galaxies, en passant par celle de nos neurones.
Une réalité très concrète au réchauffement climatique
Et si l’IA offre aujourd’hui aux mathématiciens un nouveau télescope, le magnétisme nous rappelle que tout instrument permettant de voir plus loin commence par obéir aux lois naturelles du monde. Un monde physique qui, cet été encore, s’est rappelé à nous avec force. Les vagues de chaleur qui ont frappé une partie de l’Europe donnent une réalité très concrète au réchauffement climatique.
Dans notre grand entretien (p. 6), Eleni Myrivili, responsable mondiale de la lutte contre la chaleur à l’ONU, insiste sur l’urgence de préparer nos villes à ces températures extrêmes. La question n’est désormais plus seulement de savoir jusqu’où la science et la technologie nous permettront d’aller, mais dans quel monde nous devrons apprendre à vivre.
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