Paris Games Week: les jeux vidéo sont-ils écolos?

Le premier secteur culturel au monde peine à intégrer les enjeux environnementaux et considère encore le plus souvent la nature comme un décor (pixelisé) aux ressources inépuisables. Mais quelques jeux se distinguent.
C'est la plus grande industrie culturelle au monde, célébrée jusqu'à dimanche 25 octobre en France, à l'occasion de la 15e édition de la Paris Games Week : les jeux vidéo. Et comme toute industrie, son empreinte carbone n'est pas neutre, entre la fabrication des jeux, des consoles, la consommation d'électricité, les téléchargements, le streaming.
Avec plus de trois milliards de joueurs, le bilan carbone mondial du jeu vidéo serait équivalent à celui de la France, et il devrait atteindre en 2030 1,5 milliard de tonnes de CO2 : cela représenterait plus de 3 % des émissions totales de CO2 dans le monde, responsables de la crise climatique.
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Nature inépuisable
Le message écologique que pourrait porter le secteur ne saute d'ailleurs pas aux yeux, au moins pour la plupart des jeux grand public. Dans les jeux vidéo, la nature pixelisée est surtout un décor, aux ressources inépuisables.
« Ce sont des jeux dans lesquels, par exemple, vous avez besoin pour forger une armure d'aller récolter du minerai, de couper des arbres et de tuer des animaux pour récupérer du cuir. Toutes ces ressources-là, au bout d'un certain moment, vont réapparaître dans le jeu. La plupart des grands grands jeux mainstream continuent à considérer la nature comme un élément de décor plus ou moins inépuisable », relève Minh Xuan Truong, chercheur en sciences sociales de la conservation à l'université des sciences agricoles d'Uppsala en Suède, où il travaille sur la représentation de la nature dans les univers digitaux.
Zelda suscite des vocations avec son monde où « la nature reprend ses droits »
Mais certains jeux n'ont pas cette approche primaire. La nature et les questions d'environnement sont de plus en plus présentes, comme elles le sont d'ailleurs dans d'autres supports culturels, les livres ou les films, à mesure que la crise climatique s'impose dans nos vies.
« On est passé d'une nature qui était un décor à une nature qui devient de plus en plus un personnage des histoires, analyse Minh Xuan Truong. Il y a la possibilité, pour des jeux de niche, avec certaines questions environnementales, de prendre la lumière. Et il y a des jeux vraiment grand public comme Zelda : Breath of the Wild sur Switch. C'est un monde post-apocalyptique où la nature a repris ses droits. Il y a des gens pour qui cela a été une espèce de révélation. Des joueurs qui se sont mis à observer les insectes et les oiseaux dans le jeu se sont dit, quand ils découvrent qu'ils ont ce goût-là et cette appétence-là en jouant aux jeux vidéo : “Pourquoi ne pas le faire dans la vraie vie?” » The Legend of Zelda suscite des vocations naturalistes.
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Éducation à l'environnement
À partir du moment où ils touchent des milliards de personnes, les jeux vidéo ont du pouvoir. Et notamment le pouvoir de porter des visions écologiques, sans donner de leçons, sans être culpabilisant. « Cela reste difficile dans le monde du jeu vidéo de véhiculer de vrais messages écologiques, parce que les distributeurs peuvent être frileux et qu'on peut considérer que ce sont des questions qui ne vendent pas, estime Minh Xuan Truong. Je pense que c'est une espèce de plafond de verre qu'il reste dans les jeux très grand public. Mais c'est le média culturel le plus puissant actuellement en termes d'éducation à l'environnement, en termes d'éveil aux questions de la crise de la biodiversité. Je pense qu'il y a vraiment des choses à creuser à ce niveau-là. »
En attendant, on peut toujours lâcher sa console et aller se frotter à la nature, la vraie.
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